mercredi 7 avril 2010

Mahabalipuram – Les hasards du voyage

Lors du passage de la frontière entre la Turquie et l’Iran, cinq mois auparavant, j’avais rencontré un allemand,
Christian, qui s’était laissé piéger par le blocus iranien : il avait passé la frontière sans argent liquide, pensant pouvoir retirer des Rials avec sa carte visa. Hors, il n’y a pas de transactions bancaires possibles entre l’Iran et le reste du monde. Le voyant bien mal parti, et son réservoir de moto presque vide, je lui avais donné un billet de cinquante euros qui, je l’appris plus tard, lui avait servi tout juste à traverser le pays jusqu’au Pakistan. Je lui avais payé le voyage en Iran, et il s’en sentait redevable mais je lui avait expliqué par email que ce n’était pas important, qu’il pourrait rendre la pareille à quelqu’un d’autre. Voir cet article.

J’arrivai à Chennai ce samedi 3 avril avec 250 roupies en poche, c’est-à-dire 4€. Je voulus tout d’abord retirer de l’argent avec ma visa, mais je rentrai dans 3 différents distributeurs sans succès, ceux-ci n’étant pas reliés au réseau visa. Plus loin un quatrième en présentait le logo, mais s’avéra hors-service. Je commençais bien! Je voulus aller à l’office d’enregistrement des étrangers, puisqu’il faut apparemment s’enregistrer dans les 14 jours après son arrivée sur le territoire. Je galère dans cette grande ville de 6 millions d’habitants, étouffante dans sa chaleur humide, et son vacarme permanent. J’ai l’impression que c’est pire que Mumbai. Arrivé à l’office, fermé. Mais bien sûr, c’est samedi. J’étouffe ici, je veux du calme, tant pis pour l’enregistrement. Des étrangers que je rencontrerai plus tard me diront tous qu’ils n’étaient pas au courant de cette démarche et qu’ils ne l’ont jamais faite. Moi, avant qu’ils me disent cela, j’ai déjà pris ma décision, je vais aller dans ce village côtier cinquante kilomètres au sud, Mahabalipuram, plus calme à ce qu’on m’a dit. Je demande mon chemin à un Sri Lankais étudiant à Chennai, et il m’indique exactement les bus à prendre, et arrête un rickshaw collectif, dans lequel il monte avec moi. Pour le remercier, je lui paye une noix de coco et nous trinquons. Je grimpe dans un bus de ville bondé, et malgré les fenêtres ouvertes laissant s’engouffrer le vent, je transpire à grosses gouttes. Transfert à la gare routière pour un bus à 0,30€ qui me mènera deux heures et cinquante kilomètres plus loin au sud, à ma destination. La ville de Chennai s’étend sur une vingtaine de kilomètres le long de la côte du Golfe du Bengale, puis laisse place à quelques forêts et une plage exposée à l’est.
Je débarque, je demande à un rickshaw de m’emmener dans une guest-house bon marché, au calme. Il m’emmène bien sûr chez son frère qui me fait une chambre pour 150 roupies la nuit. Je lui dis rester quatre nuit, et que je le payerai le lendemain sans faute. En effet, il ne me reste que 200 roupies. J’espère vraiment que je pourrai retirer de l’argent en ville. C’est une sorte de petite station balnéaire de plage du style de Biscarrosse-Plage, mais en ambiance indienne bien sûr. Et le seul guichet de retrait du coin ne fonctionne pas non plus. C’est bien ma veine!
Je retourne à la guest-house, installe mes affaires, je me dis que les choses vont bien s’arranger, et puis j’ai bien sûr ma petite réserve d’euros bien cachés dans tous les cas mais je n’ai pas envie d’y toucher jusqu’en dernier recours. Je décide d’aller me prendre une petite douche quand je tombe nez à nez avec Chris, l’allemand, qui en sort! Quelle bonne surprise. Nous passons alors un bon moment à discuter de nos voyages respectifs. Lui est parti en tour du monde et de tous les continents en moto sur trois, ce dont nous n’avions pas eu le temps de nous entretenir lors de notre précédente rencontre. Il a fait de considérables progrès en anglais, qu’il bafouillait quelques mois auparavant, et a aussi pris de la bouteille dans le voyage, il connait maintenant un tas de choses. Puis, sans que j’y aie même pensé, il me propose de me rembourser ce que je lui avais donné en Iran. Je lui dis que ce n’était pas important, mais il insista au vu de mes déboires actuels qui ressemblent aux siens, et puisqu’il a encore un paquet de roupies et qu’il quitte le pays dans une semaine.
La boucle est bouclée. Il prend une photo pour immortaliser cette scène, qu’il mettra dans son blog de voyage à moto.
Les hasards comme cela sont vraiment extras. J’en redemande. Nous parlons d’ailleurs de cela, car Chris en a eu quelques hasard, des rencontres avec des voyageurs à plusieurs points sans se concerter. On lui a même raconté l’histoire de onze rencontres hasardeuses entre deux voyageurs sur la route des épices. Je rêve en silence de ces rencontres que je ferai peut-être à mon tour. Cela m’était déjà arrivé de rencontrer par hasard en Iran par deux fois Branko et Kadri à Masuleh, petit village, et à Ispahan, ville incontournable.
Sans compter qu’on a dormi dans le même hôtel à Yazd une nuit sans même le savoir. Et cette rencontre avec Chris est un nouveau hasard.
La veille de mon départ de Mahabalipuram, je me dirige vers le centre-ville pour aller manger un bout, car la guest-house est au village un peu éloigné de l’activité populaire, et je choisis tout à fait par hasard de changer de chemin, pour une fois. Je m’engouffre dans une allée secondaire, puis une autre pour passer dans de lieux moins fréquentés, mais qui possèdent aussi leur lot de vendeurs ambulants de rue, marchands de thé et de noix de coco. Et au sortir de ce passage, je croise deux touristes d’une cinquantaine d’année. Mais, mais, je les reconnais! Nous nous dévisageons quelques secondes avant de nous souvenir de ces discutions que nous avons eues au Silk Road Hotel de Yazd, en Iran. C’est un couple de hollandais qui vont dans le sud-est asiatique, tranquillement, en vélo, depuis l’Europe. Encore un hasard, assez étonnant. D’ailleurs, il me sera heureux car dans les quelques instants de notre rencontre, ils me donneront un tas de conseils, simples et peut-être évidents, mais très utiles, pour mon échappée en bicyclette, puisqu’ils viennent de traverser l’Inde de cette manière.
Avec Chris, nous avons pensé que ces coïncidences sont peut-être un peu influencées par le facteur que la plupart des lieux de rencontre sont des conseils du Lonely Planet (une rencontre dans un village paumé pas même connu des cartes les plus précises aurait beaucoup plus goût de coïncidence). Aussi, le chemin a son importance. En gros, les chemins des voyageurs sont souvent soit de grandes traversées mythiques (route de la soie, des épices...), soit des expéditions géographiques (Amérique nord-sud, tour des côtes d’Afrique, etc...). Je pense tout de même que c’est assez incroyable, malgré tout cela, que ces rencontres arrivent, puisqu’il faut tout de même combiner le même jour, la même heure, le même lieu...

Voilà, à part ces quelques pensées, qu’ai-je pu bien faire dans ce village de pêcheurs? Et bien j’y ai mangé du bon poisson grillé ou en sauce masala. Mais aussi de bon plats du sud, idli, parota, thalie, que l’on mange avec les doigts bien entendu. En gros une large feuille de bananier est l’assiette, le riz dedans, on verse une des sauces épicée dessus et on mélange, on pétrit avec la main droite. Puis, essayant de faire une boule, on la lève à la bouche en essayant de ne pas s’en mettre partout. Moi j’aime bien, ça évite de la vaisselle tout ça.

J’avais dit au propriétaire de la guest-house que je le payerai le deuxième jour, pour les quatre nuits à rester. Mais c’est qu’il était méfiant le bougre, et il me demandait toutes les deux minutes quand on se croisait, de la payer. «Money? Money?», disait-il d’une voix à peine perceptible, en s’approchant tout doucement de moi. De plus près, je pouvais voir ses yeux injectés de sang, j’en eus la chair de poule. Avec le recul, c’est soit la chaleur, soit de la drogue. J’opte pour la deux, car j’en ai vu d’autres comme cela plus tard, comme un pêcheur tout frêle sur la plage, qui s’approchait de moi de la même manière, avec cette même voix imperceptible, ces yeux terrifiants, et ces mêmes mots «Money? Money?». Celui-ci était en train de mendier. Après que je l’ai payé, le proprio devint plus gai à mon contact, et son attitude de la veille avait disparue, laissant place à un être un peu plus jovial. Oui, je crois qu’il doit y avoir des affaires de drogue dans le coin.

Je me suis baigné à la mer quelques fois. L’eau est chaude, mais je veux dire vraiment chaude, c’est agréable, on y resterait des heures. Et je me demande depuis combien de temps je ne me suis pas mis dans la mer... depuis l’été dernier en Grèce dans la Méditerranée, qui était bonne mais pas tant! En sortant de l’eau, et en se promenant sur la plage avec Chris, on rencontre deux jeunes indiens, qui s’étonnent ou se réjouissent qu’un allemand et un français aient fraternisé! Je me souviens qu’avec ce même allemand, à la frontière iranienne, un des changeurs de monnaie au black s’était aussi réjoui qu’un français aide un allemand, en me voyant lui passer un billet. Tout cela étonne bien évidemment à cause des nombreuses guerres qui opposèrent ces nations. C’est assez surprenant, et on en a presque honte, que des gens de ces pays connaissent si bien notre histoire, alors que nous ne savons quasiment rien de leurs pays à eux.

Trois jours et quatre nuits à Mahabalipuram, les coupures de courant dans tout le district. Les heures de coupures sont données dans le journal pour chaque semaine. Le matin, il est six heures, lorsque le ventilateur s’éteint. Et l’on sait qu’il va bientôt falloir se lever. À 6h30, de grosses gouttes perlent de notre peau, dans le lit, c’est la transpiration assurée sans ventilateur, dès que le soleil nous envoie ses premiers rayons. À neuf heures, l’électricité revient. Mais le ventilateur n’est plus utile, je suis déjà en ville à me promener, à tailler la conversation avec un tailleur de pierres comme il y en a beaucoup à Mahabalipuram.

Chris a été à Chennai pour faire embarquer sa moto pour Kuala Lumpur. Une de ses connaissances lui a donné un livre en français d’un type qui raconte son périple cycliste du nord au sud de l’Amérique. Chris me l’offre alors, et ceci achève de me convaincre. Je vais faire ce tour à vélo!

Mercredi, bus pour Pondichéry, cent kilomètres au sud, où je suis censé retrouver Alex pour trois jours, et trouver un vélo pour plusieurs semaines. La petite station balnéaire m’a bien plu, une petite croix dans la carte des lieux que j’ai bien appréciés sur cette terre.

6 commentaires:

Branko Skokan and Kadri Rull a dit…

Life's ways are wonderful, aren't they !? :-)
Enjoy incredible India !
Hello to Christian !

Kadri and Branko

Anonyme a dit…

hello xavier

thank you for the link very nice pictures on the blog i like this with the money very much

see you

Anonyme a dit…

Comme quoi le hasard fait bien les choses ?!?! ^^

p.s: j'adore ta photo avec les marches et les pieds ?! ( Ce sont les marches d'un maison ou d'un temple ? )

toortoth a dit…

Hi Branko, Kadri and Christian (I guess you are the 2nd comment). Again we are all together in this article!

Oui, je commence a aimer le hasard qu'un temps je théorisais par amusement, parce que peut-etre je ne le laissais pas encore assez se manifester de lui-meme.

La photo des marches, ce sont donc mes pieds sur les marches de ma chambre en guest-house. Les petits dessins a la craie sont devant toutes les maisons ou chambre et sont destinees a chasser les mauvais esprits, enfin si j'ai bien compris. Mais je n'en sais pas encore beaucoup a ce sujet. Il semble que c'est au printemps que les habitants font cela (le printemps indien commençant en janvier).

PS: je ne sais pas qui est le 3eme commentaire. S'il-vous plait, signez ou selectionnez "Nom/URL" dans la liste avant de laisser un commentaire.

PS2: J'effacerai systematiquement les commentaires avec des saloperies dedans, comme ce fut le cas sur un precedent article. Je ne tolere pas cette vulgarite de bas-etage. Pour tout grief ou insultes, un message email direct sera accueilli avec plaisir.

Marie U a dit…

C'etait Marie U le 3 eme comment . (dsl, j'ai clické plus vite que mon ombre et loupé la signature )

Anonyme a dit…

Merci pour cette aventure en trois dimension (avec le retour à deux de tes anciennes histoires plus la page web de l allemand) du coup je vais etre en retard au boulot et en plus mon colloc viens de rentrer ds la douche ...

tes récit sont vraiment agréables à lire, ça me donne envie de partir...

bonne route et à bientôt,
yvan

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