courant de où il va et comment il y va. Il part un peu avant nous, mais nous le reverrons plus tard dans la journée. En stop, nous redescendons aisément jusqu'à Doğubeyazıt, puis dépensons nos dernières pièces turques, dont on n'aura aucune utilité en Iran, en quelques fruits pour les repas de la journée.
En moins de 10 minutes, un type dans son Peugeot Partner nous ramasse, pour nous emmener 30km plus loin, où il doit bifurquer en plein milieu d'un désert pour aller chez lui. C'est un kurde très marrant, et enthousiaste d'accueillir tant de nationalités en même temps dans sa voiture. Il nous raconte qu'il a deux « madames ». Une kurde ici même qui s'occupe de leurs 5 enfants, et une turque en Allemagne à qui il rend visite une fois l'an et qui s'occupe de leurs 3 enfants! C'est assez commun dans la région à ce que j'ai cru comprendre. Il nous lâche 10km avant la frontière, s'éloigne lentement puis fait tout à coup demi-tour pour nous emmener finalement jusque là-bas.
Nous arrivons à la queue pour le tampon de sortie de Turquie. Directement, l'homme de devant nous accueille chaleureusement. « Bienvenue dans notre pays! Si vous avez besoin de quoi que ce soit, voici ma carte, appelez-moi près de Zanjan, et je vous ferai visiter la région avec ma voiture, vous pourrez rester chez moi, surtout n'allez pas à l'hôtel, etc. etc.! ». Pendant ce temps, Kadri se pare d'un foulard pour cacher ses cheveux. En Iran, il est interdit aux femmes de montrer leurs cheveux, leurs bras, leurs jambes. Le foulard est obligatoire. Nous verrons plus tard toute l'importance que cela revêt (même pour les étrangères qui doivent se plier aux règles).
Branko et Kadri donnent leurs passeports et passent sans problème. Le douanier turc paraît plus suspicieux lorsque je lui présente le mien. Le petit rire quand il s'interroge sur ma barbe ne le détend pas cette fois. Il gratte la photo du passeport, pour vérifier si ce n'est pas falsifié, puis le tord dans tous les sens. A la fin, comme il n'a trouvé rien à redire, il m'engueulera tout de même prétextant qu'il est trop humide. Allez savoir...
Nous recroisons l'Allemand à ce moment-là qui a déjà fait un tas d'aller-retours entre bureaux et douanes pour faire passer sa moto. Quelle perte de temps! Il a encore l'air un peu perdu, et même un peu naïf. Et là, après avoir fait passer sa moto dans le no man's land entre Turquie et Iran, qu'il a les tampons de sortie, qu'il n'a qu'une solution c'est d'entrer en Iran, il pose LA question à l'iranien de passage : « Savez-vous où est le prochain guichet VISA pour retirer de l'argent? ». voilà, c'est fait, la galère commence pour lui : l'Iran est sous embargo économique, et ni VISA ni Mastercard ne sont utilisables dans le territoire. Il est seulement possible d'emmener du liquide en euros et dollars et de le changer sur place. L'allemand n'a bien sûr aucune information là-dessus! Et il n'a en plus pas de cash sur lui...
Bref nous sommes tous les 4 devant la grosse grille noire, porte de Turquie. Bruit métallique, la grille s'ouvre automatiquement, les douaniers turcs, suspicieux et énervés, suivent tous nos gestes afin d'épier tout mouvement suspect qui pourrait égayer leur journée. Nous passons la grille, qui se referme derrière nous. Nous sommes maintenant coincés dans l'exacte frontière d'un mètre, pas plus, entre cette grosse grille noire turque et cette grille colorée, vert blanc rouge, porte de l'Iran. Derrière celle-ci, personne. Nous attendons près de 10 minutes, songeant que peut-être le poste iranien a déjà fermé (dans certains guides, ils parlent d'horaires capricieux). Peut-on planter la tente dans cette étroit passage d'un mètre de large? Le point d'interrogation vient de tomber quand un douanier iranien en costard se pointe et donne l'ordre à deux gardes d'ouvrir la barrière, et à qui nous prêterons main forte car les roulettes sont un peu rouillées. D'où êtes-vous? Allemagne, Estonie, Slovaquie, France. OK ils emmènent l'allemand et sa moto d'un côté et nous de l'autre. Un militaire nous escorte, super sympathique, on plaisante football pendant les 20 minutes à poireauter pour vérification des passeports. On m'a signifié qu'en tant que français, je devais saisir mes empreintes digitales quand on me le demanderait. L'information n'a pas dû bien passer car ils ont quelque peu oublié. En même temps l'Allemand se pointe alarmé, on lui demande de payer une assurance de transit pour sa moto, et on lui a bien signifié qu'il n'y a pas de distributeur VISA avant Téhéran (ce dont je doute aussi d'ailleurs), et il est à sec de carburant! On ne peut pas faire mieux question conneries! Je l'avance de 50 euros parce qu'il était vraiment dans la merde. Il est tellement reconnaissant qu'il veut me confier son appareil photo, pour que je lui rende en se retrouvant quelque part, quand il aura l'argent pour me rembourser. Je refuse, car premièrement je veux pas m'encombrer de son appareil photo, et deuxièmement c'est bon je fais confiance. Et puis même si on se recroise pas, tant pis, au moins je l'aurai dépanné, et ces 50 euros auront valeur de symbole à réutiliser pour dépanner d'une manière ou d'une autre les personnes qu'il croisera. Tout cela fait sourire un des iraniens qui nous tournent autour : « Un français qui aide un allemand, c'est fort ». Ah les clichés...
Branko et Kadri donnent leurs passeports et passent sans problème. Le douanier turc paraît plus suspicieux lorsque je lui présente le mien. Le petit rire quand il s'interroge sur ma barbe ne le détend pas cette fois. Il gratte la photo du passeport, pour vérifier si ce n'est pas falsifié, puis le tord dans tous les sens. A la fin, comme il n'a trouvé rien à redire, il m'engueulera tout de même prétextant qu'il est trop humide. Allez savoir...
Nous recroisons l'Allemand à ce moment-là qui a déjà fait un tas d'aller-retours entre bureaux et douanes pour faire passer sa moto. Quelle perte de temps! Il a encore l'air un peu perdu, et même un peu naïf. Et là, après avoir fait passer sa moto dans le no man's land entre Turquie et Iran, qu'il a les tampons de sortie, qu'il n'a qu'une solution c'est d'entrer en Iran, il pose LA question à l'iranien de passage : « Savez-vous où est le prochain guichet VISA pour retirer de l'argent? ». voilà, c'est fait, la galère commence pour lui : l'Iran est sous embargo économique, et ni VISA ni Mastercard ne sont utilisables dans le territoire. Il est seulement possible d'emmener du liquide en euros et dollars et de le changer sur place. L'allemand n'a bien sûr aucune information là-dessus! Et il n'a en plus pas de cash sur lui...
Bref nous sommes tous les 4 devant la grosse grille noire, porte de Turquie. Bruit métallique, la grille s'ouvre automatiquement, les douaniers turcs, suspicieux et énervés, suivent tous nos gestes afin d'épier tout mouvement suspect qui pourrait égayer leur journée. Nous passons la grille, qui se referme derrière nous. Nous sommes maintenant coincés dans l'exacte frontière d'un mètre, pas plus, entre cette grosse grille noire turque et cette grille colorée, vert blanc rouge, porte de l'Iran. Derrière celle-ci, personne. Nous attendons près de 10 minutes, songeant que peut-être le poste iranien a déjà fermé (dans certains guides, ils parlent d'horaires capricieux). Peut-on planter la tente dans cette étroit passage d'un mètre de large? Le point d'interrogation vient de tomber quand un douanier iranien en costard se pointe et donne l'ordre à deux gardes d'ouvrir la barrière, et à qui nous prêterons main forte car les roulettes sont un peu rouillées. D'où êtes-vous? Allemagne, Estonie, Slovaquie, France. OK ils emmènent l'allemand et sa moto d'un côté et nous de l'autre. Un militaire nous escorte, super sympathique, on plaisante football pendant les 20 minutes à poireauter pour vérification des passeports. On m'a signifié qu'en tant que français, je devais saisir mes empreintes digitales quand on me le demanderait. L'information n'a pas dû bien passer car ils ont quelque peu oublié. En même temps l'Allemand se pointe alarmé, on lui demande de payer une assurance de transit pour sa moto, et on lui a bien signifié qu'il n'y a pas de distributeur VISA avant Téhéran (ce dont je doute aussi d'ailleurs), et il est à sec de carburant! On ne peut pas faire mieux question conneries! Je l'avance de 50 euros parce qu'il était vraiment dans la merde. Il est tellement reconnaissant qu'il veut me confier son appareil photo, pour que je lui rende en se retrouvant quelque part, quand il aura l'argent pour me rembourser. Je refuse, car premièrement je veux pas m'encombrer de son appareil photo, et deuxièmement c'est bon je fais confiance. Et puis même si on se recroise pas, tant pis, au moins je l'aurai dépanné, et ces 50 euros auront valeur de symbole à réutiliser pour dépanner d'une manière ou d'une autre les personnes qu'il croisera. Tout cela fait sourire un des iraniens qui nous tournent autour : « Un français qui aide un allemand, c'est fort ». Ah les clichés...
Ces iraniens qui nous tournent autour, après avoir passé la frontière, ce sont des types qui guettent les touristes et autres frontaliers pour changer leurs liras turques, dollars ou euros, à un taux très intéressant (pour eux!). Vraiment fatigants, ils sont une dizaine à te parler dans toutes les langues, 3 mots seulement, à donner des prix dont tu n'as pas idée, et vont même jusqu'à marchander avec toi à l'intérieur même du bureau de change officiel, sous les regards éteints des fonctionnaires corrompus. On se doutait de ce premier contact et nous chassons ces moustiques à la citronnelle de l'indifférence, pensant qu'en s'éloignant un peu de la frontière, les dollars seront moins visibles dans les pupilles des iraniens.
Nous décidons, vu que la journée est bien passée de parcourir les 40km qui nous séparent de Maku, première ville-étape et d'y passer la nuit. Assez facilement quelqu'un nous prend dans sa voiture. Nous commençons par essayer de nouvelles habitudes d'autostop : le pouce levé est fortement déconseillé car il est équivalent au majeur tendu chez nous (en gros ‘‘fuck you’’!). De plus, les femmes ne sont pas sensées arrêter les voitures (ce qui les apparenteraient à des prostituées, chassées comme les sorcières ici), alors Kadri doit garder ses mains dans les poches, difficile pour elle, qui a du caractère!
A l'arrivée à Maku, les premiers contacts sont bizarres, et nous affrontons d'étranges regards peu rassurants. Non pas effrayants, mais c'est plutôt comme si nous étions incongrus, 3 chèvres au milieu d'un troupeau de yacks. On arrive à communiquer, plutôt à l'aide du turc. En fait, la région où nous entrons, le nord-ouest de l'Iran, est peuplée d'azéris (Azerbaïdjan), qui parlent donc l'azéri, 75% similaire au turc.
On se trouve un hôtel bon marché, une chambre avec 3 lits, pas de douche, et des toilettes qui sont une aventure olfactive si je puis dire. Nous commençons par là même à utiliser cette nouvelle monnaie mystérieuse dont l'utilisation est quelque peu compliquée. En gros, la devise est le Rial. 1 euro = 14500 Rials. La nuit à l'hôtel nous coutera 20000 Rials chacun, soit 1,4 euros. Mais bon rien à voir avec un hôtel européen. Nous on s'en fiche, tant qu'on a un toit pour pas un rond. Pour en revenir à la monnaie, ce qui est déroutant, c'est que les gens parlent en Toman. 1 toman = 10 Rials. Donc parfois on nous donne un prix en Rials, parfois en Tomans, et il est difficile de savoir duquel il s'agit au début, quand on ne connait pas la valeurs des choses. Le pire, c'est que si le billet est de 10000 Rials, qu'il y a écrit 10000 dessus, le type va te dire « c'est un billet de 1000, regarde, c'est évident ». On est pas sorti de l'auberge!
Nous décidons, vu que la journée est bien passée de parcourir les 40km qui nous séparent de Maku, première ville-étape et d'y passer la nuit. Assez facilement quelqu'un nous prend dans sa voiture. Nous commençons par essayer de nouvelles habitudes d'autostop : le pouce levé est fortement déconseillé car il est équivalent au majeur tendu chez nous (en gros ‘‘fuck you’’!). De plus, les femmes ne sont pas sensées arrêter les voitures (ce qui les apparenteraient à des prostituées, chassées comme les sorcières ici), alors Kadri doit garder ses mains dans les poches, difficile pour elle, qui a du caractère!
A l'arrivée à Maku, les premiers contacts sont bizarres, et nous affrontons d'étranges regards peu rassurants. Non pas effrayants, mais c'est plutôt comme si nous étions incongrus, 3 chèvres au milieu d'un troupeau de yacks. On arrive à communiquer, plutôt à l'aide du turc. En fait, la région où nous entrons, le nord-ouest de l'Iran, est peuplée d'azéris (Azerbaïdjan), qui parlent donc l'azéri, 75% similaire au turc.
On se trouve un hôtel bon marché, une chambre avec 3 lits, pas de douche, et des toilettes qui sont une aventure olfactive si je puis dire. Nous commençons par là même à utiliser cette nouvelle monnaie mystérieuse dont l'utilisation est quelque peu compliquée. En gros, la devise est le Rial. 1 euro = 14500 Rials. La nuit à l'hôtel nous coutera 20000 Rials chacun, soit 1,4 euros. Mais bon rien à voir avec un hôtel européen. Nous on s'en fiche, tant qu'on a un toit pour pas un rond. Pour en revenir à la monnaie, ce qui est déroutant, c'est que les gens parlent en Toman. 1 toman = 10 Rials. Donc parfois on nous donne un prix en Rials, parfois en Tomans, et il est difficile de savoir duquel il s'agit au début, quand on ne connait pas la valeurs des choses. Le pire, c'est que si le billet est de 10000 Rials, qu'il y a écrit 10000 dessus, le type va te dire « c'est un billet de 1000, regarde, c'est évident ». On est pas sorti de l'auberge!
Le lendemain, nous allons changer de l'argent, et nous découvrons sur la pendule de la banque qu'il est seulement une demi-heure plus tôt qu'en Turquie. Déjà c'est assez marrant que le décalage horaire se fasse en demi-heure (mais une fois qu'on est dedans la journée se déroule en 24h normales, je précise pour les nuls en maths). Mais il était indiqué dans notre guide 1h30 de décalage. Bon, on ne comprend pas mais on s'en fiche, on avance. On décide de prendre un bus pour Tabriz, qui se situe quelques 200km plus loin, puisque ça ne coûte que un euro! En Iran, les transports entre grandes villes sont vraiment donnés apparemment, mais je verrai plus tard que les tarifs sont très aléatoires, les modes de transport variés et la barrière de la langue n'arrange pas les choses.
A la gare des autobus, on est tout de suite assailli par une nuée de moustiques cherchant à refiler des billets pour un peu plus que le prix. Ça nous énerve assez vite, mais nous arrivons à nous frayer un chemin vers le guichet officiel où nous attendent les billets à prix normal. Kadri, habituée à négocier, ayant un caractère assez rentre-dedans parle aux types et se fait vite rembarrer. Mais d'une manière peu habituelle. En gros, les types ne lui répondent pas directement, baissent les yeux. On laisse passer l'histoire 5 minutes et je vais seul chercher les billets au guichet et tout se passe très bien. On comprendra après coup, et il faudra s'y habituer, qu'ici les femmes ont un statut spécial qui leur permet de se la fermer et de ne parler aux hommes (qui ne sont pas de leur famille) qu'en cas de nécessité. S'il y a un homme en compagnie d'une femme, c'est lui qui prendra toutes les décisions et qui discutera. De plus, les hommes ne peuvent pas s'adresser directement à une femme, en l'occurrence Kadri, car cela pourrait être mal interprété ou je ne sais quoi, ils sont gênés et baissent souvent les yeux.
Nous ferons la route dans un vieux bus Mercedes un peu pourri. Juste avant le départ le chauffeur en faisait la vidange, avait les mains et les outils dans le moteur, et avait répandu de l'huile partout autour, ce qui ne vas pas en nous rassurant. Entre Maku et Tabriz, c'est plutôt désertique, il y a des petits monts arides sur les bords, comme des tas de petites pierres. Ça sent le gasoil, dans la rue, dans le bus, dans les voitures, un peu partout en fait. Sur les bords de la route, on peut observer des casses d'autobus, ou de 205 Peugeot, avec des carcasses de véhicules rouillés qui sont sans doute là depuis plus de 10 ans et le seront encore dans 10 ans. Je fais un petit somme pour me réveiller à Tabriz.
A la gare des autobus, on est tout de suite assailli par une nuée de moustiques cherchant à refiler des billets pour un peu plus que le prix. Ça nous énerve assez vite, mais nous arrivons à nous frayer un chemin vers le guichet officiel où nous attendent les billets à prix normal. Kadri, habituée à négocier, ayant un caractère assez rentre-dedans parle aux types et se fait vite rembarrer. Mais d'une manière peu habituelle. En gros, les types ne lui répondent pas directement, baissent les yeux. On laisse passer l'histoire 5 minutes et je vais seul chercher les billets au guichet et tout se passe très bien. On comprendra après coup, et il faudra s'y habituer, qu'ici les femmes ont un statut spécial qui leur permet de se la fermer et de ne parler aux hommes (qui ne sont pas de leur famille) qu'en cas de nécessité. S'il y a un homme en compagnie d'une femme, c'est lui qui prendra toutes les décisions et qui discutera. De plus, les hommes ne peuvent pas s'adresser directement à une femme, en l'occurrence Kadri, car cela pourrait être mal interprété ou je ne sais quoi, ils sont gênés et baissent souvent les yeux.
Nous ferons la route dans un vieux bus Mercedes un peu pourri. Juste avant le départ le chauffeur en faisait la vidange, avait les mains et les outils dans le moteur, et avait répandu de l'huile partout autour, ce qui ne vas pas en nous rassurant. Entre Maku et Tabriz, c'est plutôt désertique, il y a des petits monts arides sur les bords, comme des tas de petites pierres. Ça sent le gasoil, dans la rue, dans le bus, dans les voitures, un peu partout en fait. Sur les bords de la route, on peut observer des casses d'autobus, ou de 205 Peugeot, avec des carcasses de véhicules rouillés qui sont sans doute là depuis plus de 10 ans et le seront encore dans 10 ans. Je fais un petit somme pour me réveiller à Tabriz.

1 commentaire:
Très beau geste que d'aider l allemand et quelle aventure! as tu des photos?
Yvan
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