dimanche 25 octobre 2009

Iran – Ispahan/اصفهان - La moitié du monde

Au terminal routier de Téhéran, je m'assieds à côté de deux femmes, dont l'une me regarde d'un air insistant. Une quarantaine d'années, elle semble en effet européenne, et ce n'est pas commun
de croiser des européens en Iran. Je la salue : « Salam!
- Hello, I am Italian, where are you from? me demande-t-elle, question classique pour commencer une discussion.
- Sono francese, dis-je en m'essayant à l'italien.
- Ah bonjour!, je suis moitié-française, moitié-italienne! »
Annick donne des cours d'italien à l'université d'Ispahan. Elle est accompagnée de Maryam (une autre), une iranienne de Kerman, et nous passerons le trajet de bus jusqu'à Ispahan à discuter. J'aime les coïncidences entre les gens qui voyagent, qui vivent dans divers pays : la fille d'Annick a vécu à Lausanne pendant que j'y étais aussi. La coïncidence ne va pas jusqu'à l'avoir rencontrée, du moins je ne pense pas. Au fil du trajet, nous échangeons des idées et des expériences à propos de la culture iranienne qui nous a changé tous deux à notre manière. Quand elle a été affecté à l'Iran il y a un an, elle n'imaginait pas qu'elle s'attacherait autant à ses habitants, et qu'elle y prendrait du plaisir. Comme sa famille, elle a eu peur de cette affectation dans un pays instable. Et elle a découvert qu'en fait d'instabilité, il n'en était rien. Le pays est malheureusement stable, alors que ses habitants aspirent à la même liberté que les citoyens des pays dont ils voient illégalement les émissions télévisées.
Dans le bus, on nous distribue, comme à l'habitude, des boissons et des petits biscuits. Je songe que le prix de ces produits en France correspond au prix du billet de ce bus en Iran! Nous traversons une partie du désert iranien, mais il pleut. C'est la première fois que je vois le désert, et il pleut. Enfin, ça ne me démoralise pas pour autant, et je suis impatient de voir Ispahan, ville millénaire appelée « La moitié du monde », rien de moins!

A l'arrivée, je suis attendu par surprise par des amis de la famille de Narges, qui m’avait hébergé à Téhéran. Encore une nouvelle famille en excès de gentillesse et d'hospitalité! Famille simple et modeste, Ali et sa femme, et leurs deux garçons de 16 et 10 ans. Je serai encore reçu comme un roi. Tous les midis, j'aurai mon petit lunch de préparé, et le soir de bons repas qui m'attendent. Ali me donne tous les conseils possibles sur Ispahan, et me montre des photos avant l'heure de ce que je suis censé voir dans la ville. Mais comme d'habitude, plutôt que de suivre méthodiquement un guide, qu'il soit un livre ou un bout de papier de mon hôte, je suivrai mon instinct et les diverses rencontres qui feront de mon passage à Ispahan un moment unique, et non une visite touristique classique, reproduisant les photos que l'on verra dans tous les foyers d'aventuriers ayant « visité » le sauvage Iran avec un tour operator.

Samedi 24 octobre, c'est parti pour la visite de la ville, Ali me dépose sur la grande place centrale de l'Imam, avant d'aller au travail. La place de l'Imam (Khomeini), l'avenue Khomeini, la mosquée de l'Imam... depuis la révolution volée, un grand nombre de places et monuments ont été renommés au nom de cet homme qui prit le pouvoir en profitant de la révolution du peuple. Avant, les noms étaient en l'honneur d'anciens rois ou personnalités ayant façonné l'histoire de la perse.
Je suis donc sur cette place, je vais voir la grande mosquée, majestueuse. Je regarde autour, un type m'interpelle, il se présente en français, « zizou le nomade ». Apparemment il a vécu à Paris et me lance un tas d'interjections familières en français. Je sais que c'est pour m'amadouer afin que j'achète des tapis qu'il me présentera juste après. Si j'avais été italien ou allemand, il aurait fait la même chose dans ces langues, et aurait vécu à Rome ou Berlin. Ils sont tout de même forts ces types qui disent parler toutes les langues. Mais on les repère facilement en leur posant les questions auxquelles ils ne s'attendent pas, celles pour lesquelles ils n'ont pas de réponses. Ainsi, cela devient plus amusant de jouer à leur jeu. Après avoir visité son magasin, je me dirige vers une autre petite mosquée sur la place bien jolie. A l'intérieur, la personne qui surveille le lieu attend que les différents touristes en groupe quittent la salle pour venir me faire un petit tour guidé, me présentant les détails que l'on ne peut remarquer sans l'explication d'un connaisseur. J'ai beaucoup apprécié ces informations, et je me demande toujours pourquoi il m'a choisi moi, en quoi il a vu que cela pouvait m'intéresser et surtout, qu'a-t-il vu de vraiment différent des autres touristes? Je veux dire, il y a peut-être quelque chose dans mon attitude qui incite les gens à m'accoster et à vouloir passer un peu de temps avec moi ou m'aider. Plus tard, je discuterai avec des gens, des voyageurs à qui cela arrive très rarement. J'aurai un début de piste lors de ma rencontre avec un psychologue à Persépolis, mais nous n'y sommes pas encore!
En sortant de cette petite mosquée, un jeune étudiant, Nima, vient me voir et me propose en cinq minutes de m'héberger au sein de sa famille. Je dois malheureusement refuser, puisque je suis déjà chez quelqu'un, mais je lui promets que si je reviens une autre fois à Ispahan, je le contacterai. Puis nous passons un long moment ensemble, et je ferai une partie de la visite en sa compagnie, que j'apprécierai donc beaucoup, écoutant chacune de ses anecdotes avec délectation. Nous marchons beaucoup, du centre jusqu'au fameux pont aux 33 arches (si-o-seh pol), au-dessus d'un fleuve sans eau. Nous revenons et je dois le quitter. C'est justement l'heure d'appeler Parham, le fils d'Ali qui m'héberge, après sa sortie des cours, pour qu'il me guide cet après-midi dans la ville. Nous nous rejoignons à l'entrée du bazar, où je rencontrerai encore une fois Kadri et Branko, qui sont ici pour leur dernier jour à Ispahan! Encore une heureuse rencontre, après laquelle nous continuerons donc la visite à quatre. Parham nous guide à travers le bazar puis la gigantesque mosquée Jameh, ou mosquée du vendredi (c'est-à-dire du dimanche musulman si vous suivez!). A l'entrée, les gardiens font des noises à Parham, lui interdisant de nous accompagner. Kadri, Branko et moi, nous ne comprenons pas trop, nous n'avons même pas le droit de lui parler deux minutes pour avoir des explications. J'entends le mot police dans leur discussion en farsi, ce qui m'inquiète un peu plus encore. Parham, de loin nous fait signe d'avancer sur le chemin de la visite, et il nous rejoint par un chemin plus ou moins caché. Difficile d'avoir des explications correctes, lui-même semblant ne pas savoir vraiment non plus. Il commence à nous faire la visite, nous expliquant beaucoup de choses intéressantes que je ne décrirai pas ici, puisque vous pouvez les trouver sur Wikipédia ou dans l'Encyclopédie Larousse Universelle. Mais le gardien revient à la charge et les ennuis pourraient bien recommencer. Par chance, un iranien d'un certain âge et comprenant l'anglais s'en mêle, nous lui expliquons que Parham est un ami, qu'il nous montre la mosquée tout naturellement. En gros, nous comprenons que s'il ne possède pas une carte personnelle de guide touristique, il peut être dénoncé à la police comme guide illégal. L'homme qui s'est interposé calme le jeu, mais nous en serons quittes pour une surveillance rapprochée du garde. En nous collant aux baskets, il nous rend la visite bien sinistre. Je n'écoute plus vraiment les explications de Parham, qui parle par ailleurs avec une voix hésitante. Nous sommes tous sous pression, la peur du faux geste, c'est plus que désagréable, c'est limitant. Le monument, bien que majestueux, en perd de sa superbe.
Je suis bien content lorsque nous sortons de là et que nous nous éloignons. Retour au centre de cette ville bien étendue. Je compte mentalement le nombre de kilomètres parcourus dans la journée : plus de 16 kilomètres! Je comprends que mes pieds me réclament le calme. Sur les derniers moments passés avec Kadri et Branko, deux mollahs (sorte de prêtre pour les chiites) nous accostent, vêtus de leur sorte de djellaba, de turbans, et arborant une grande barbe. Ils parlent français et c'est pourquoi ils sont intéressés. Ils nous posent beaucoup de questions, a priori seulement pour parler et s'entretenir avec nous, mais je préfère répondre évasivement lorsqu'ils demandent où nous logeons, quel hôtel exactement. En effet, je ne souhaite pas attirer plus de problèmes, et leur soutenir que nous sommes à l'hôtel, car il est interdit aux iraniens de loger des étrangers. Ces mollahs ont l'air très aimables, et il n'y a pas de raison, si on considère qu'ils sont l'équivalent des prêtres, qu'ils nous embrouillent. Mais le gouvernement et les lois étant contrôlés par des religieux sans scrupules, mieux vaut faire profil bas.
Mes deux amis en route pour l'Inde nous quittent et je me retrouve avec Parham pour prendre le bus direction de l'appartement. Dans le bus, certains jeunes me regardent avec un sourire, je sens qu'ils aimeraient me parler. L'un d'eux ose faire le pas, avec un petit niveau d'anglais, mais Parham pourra traduire. Ils sont donc tous étonnés, ces iraniens, de me voir dans un bus. A Ispahan, ville splendide et historique, il y a plus de touristes qu'ailleurs, généralement des groupes en Tour Operator. Et ils prennent des bus spéciaux ou des taxis (qu'ils payent trois ou quatre fois plus qu'un iranien normal). Alors ces personnes dans le bus s'interrogent, se demandent pourquoi je ne prends pas le taxi, c'est plus confortable. Je leur demande s'ils sont contents de me voir, et d'avoir l'occasion de me parler, de me poser des questions. Ils me répondent par l'affirmative, définitivement. Je leur réponds que je suis aussi content qu'eux de les rencontrer, de pouvoir moi aussi savoir qui ils sont, ce qu'ils pensent. Je crois qu'ils comprennent un peu, mais tout de même, le bus, ce n'est pas confortable pour un européen! Bref, moi le confort, tout relatif, d'un taxi, je m'en contrefiche et je me satisfais pleinement de cette rencontre, comme de toutes les précédentes dans tous les bus ou métros du monde.
Le soir, pour bien remplir la journée, j'étais invitée par Annick, la franco-italienne rencontrée dans le bus, dans un restaurant du centre. Elle est venue accompagnée d'un jeune de son université qui enseigne le français, et le parle extrêmement bien pour quelqu'un qui n'est jamais sorti du pays! Je mangerai du Dizi (pour une fois que je retiens le nom, je le dis) et je me suis régalé. Avant le plat, il nous est servi le thé et des petits gâteaux, c'est un peu l'apéro iranien.

Dimanche, encore une journée de visite et de marche m'attend. Je commence tout d'abord par une petite mosquée, enfin plutôt un mausolée, dont les deux minarets vacillent lorsqu'on en agite un. Ceci est dû, parait-il, à des morceaux de bois disposés comme des briques dans la structure. Bref c'est rigolo une minute, mais ça ne casse pas trois pattes à un canard. De toute façon, l'attraction en ce lieu, c'était moi! Un groupe de femmes en tchador, des iraniennes en visite de tous âges, viennent me parler, rient, prennent un tas de photos avec moi. Je ne comprends vraiment rien cette fois à ce qu'elles me racontent, mais c'est un moment assez cocasse. Ensuite, je me dirige vers un temple du feu zoroastrien à trois kilomètres de là. C'est quoi ça? Le zoroastrisme est la première religion monothéiste, et le dieu est une sorte d'homme-oiseau appelé Mazada-machin-chose. C'était la religion des perses avant que les arabes ne les envahissent et les islamisent. Il en reste une communauté d'un million je crois. Je n'en ai pas rencontré durant mon passage, ou alors j'ai oublié de leur demander. La philosophie descend plus ou moins du bouddhisme, ou le contraire. Ils vénèrent le feu dans un temple appelé Ateshkadeh. Et puis voilà, alors je suis allé voir ce qu'il reste d'un de ces lieux, situé sur une colline.
En marchant le long de la grande avenue qui y mène, je rejoins deux allemands qui doivent faire la même chose que moi. De derrière, je les vois éviter avec indifférence un homme, mécanicien, qui les accoste. Quand je passe à mon tour à côté de cet homme, il me lance la même question probablement : d'où viens-tu? Nous sommes à un endroit où il n'y a jamais de touristes qui passent, ou alors c'est très rare, car généralement les touristes prennent un taxi pour passer par là. Le type est un mécano, travaillant sur des vieilles caisses, il n'a strictement rien à vendre et ça se voit. Il est curieux et veut seulement avoir cette opportunité d'un échange avec un étranger. Je ne comprends pas pourquoi ces deux types devant l'on évité dédaigneusement. Dans le bazar, à force d'être hélé pour tout et n'importe quoi, je ne dis pas, mais ici, c'est l'occasion de rendre quelqu'un heureux. Et heureux ils le sont, ce mécano et son fils aux mains noires, et aux dents usées par le sucre du thé qu'ils boivent toute la journée. Ils sont émerveillés de me voir parler quelques mots dans leur langue (« Salut, je suis français, je voyageur Iran quinze jours, Iran très joli, je aller temple du feu »), et sans doute un peu fiers que je m'intéresse à eux de cette manière. Mais c'est moi qui suis fier qu'ils veuillent me parler, et qu'ils me sourient.
Après cela, je continue ma route à pied et rejoins les allemands (j'avais hésité en fait entre suisses-allemands, et allemands, dans un jugement à la tête, je n'étais pas loin, ils sont allemands de Bavière). Je leur parle, leur pose des questions. Ils ne sont pas très communicatifs. De ce qu'ils me racontent, je vois qu'ils n'ont pas le même enthousiasme envers les iraniens. Suivant la manière dont on visite un pays en effet, on peut voir la vérité, ou on peut se contenter des petites marionnettes roses que l'on nous agite devant les yeux, c'est-à-dire les sites touristiques bien entretenus et les bon restaurants de la place centrale servant la cuisine traditionnelle accompagnée d'une Bratwürst. Je crois que j'ai fait mon choix, mais je ne suis pas sûr que ce genre de personne ait fait son choix. Je pense qu'ils ne savent pas qu'on peut faire le choix. En tous cas, je ne les retiens pas trop, et de toute façon, ils ne semblent pas vraiment intéressés pour savoir toutes les anecdotes ou histoires intéressantes que j'ai apprises sur la ville qu'ils visitent. Peut-être croient-ils que je veux leur vendre quelque chose.
Je monte alors seul en avant sur ce temple, une petite escalade de dix minutes offre une vue splendide sur la ville depuis ce monticule. En effet, on peut apercevoir le très beau nuage de pollution qui flotte au-dessus des alignements d'avenues, où un flot de véhicules bruyants contraste nettement avec l'atmosphère paisible régnant au haut de ce monticule. La désorganisation, devrai-je dire le bordel, qui a lieu dans la ville du bas, dont les buildings et les maisons sont a priori construits dans le désir d'une planification sociale, avec du béton solide qui ne manquera pas de tomber au prochain tremblement de terre, marque un paradoxe en le comparant à ces ruines du haut, dont les murs et les fondations faits de terre et de paille, tiennent encore après des dizaines de siècles d'existence. Je pense alors à cette phrase que j'ai entendue d'un film, et qui résonne très justement à la vue de ce spectacle. Le jeune Che Guevara, avant de devenir révolutionnaire, se tenant sur le haut d'une montagne, dans les restes intacts mais abandonnées d'une cité inca millénaire, et observant de là Lima et son enfer citadin : « Comment une civilisation capable de construire ceci (la cité abandonnée encore en place) peut-elle être anéantie pour laisser place à cela? (montrant le désordre de Lima dans la vallée) », dans Diaro de motocicleta, à voir absolument.

Je retourne en ville, évitant le taxi, et prenant un bus. Je m'aperçois qu'ici il faut acheter un ticket avant d’entrer dans le bus, on ne peut pas payer en cash au chauffeur, trop tard. En demandant à un passager de me vendre un ticket, il m'aide mais refuse catégoriquement que je lui paye. Ce n'est rien, 30 centimes d'euros tout au plus, mais tout de même, je suis gêné de mon erreur. Pourtant, il m'aidera et m'accompagnera même jusqu'à la place que je voulais rejoindre, sans plus parler car la barrière de la langue était nette, encore une fois.
J'allai continuer mon petit tour de visite par le quartier arménien et ses églises. Mais je ne trouvai pas l'entrée des églises, et j'abandonnai rapidement, ennuyé à l’avance par la visite de ces soi-disant monuments. On ne manquera pas de me le reprocher le soir dans la famille! En fait, d'avoir une multitude d'églises en Europe, on en devient ennuyé, alors que les mosquées assez grandioses de ce coin du monde attirent beaucoup plus mon attention. Mais pour les iraniens, c'est plutôt le contraire, ce qui est logique. On aime souvent encore plus ce que l'on n'a pas.
Je décide plutôt d'aller rendre visite à un soi-disant plus joli pont d'Iran, situé assez loin. En marchant, je décide de m'assoir sur un banc au bord du chemin pour mon déjeuner (que m'a préparé la femme d'Ali). J'ai choisi le bon banc : je suis assis sur la gauche de celui-ci, et un vieux personnage arrive et me demande de m'assoir sur la droite. Je m'exécute. Il s'assoit sur la gauche. Il doit avoir ses habitudes et ne veut pas en changer, je ne veux pas les bousculer non plus. Il extrait de son sac un pèse-personne. Il se lève, va chercher dans le fourré juste derrière un bâton décoré, qu'il doit laisser là chaque jour. Il revient et s'assoit. Quand quelqu'un passe, il tapote avec le bâton sur la balance pour attirer le regard et le client. C'est un métier en Iran et en Turquie, des personnes qui offre aux gens de se peser dans la rue. Je partage avec lui les fruits que j'ai dans mon sac, mais nous ne parlons pas. Puis je veux continuer mon chemin, non sans m'être informé sur mon poids, après ces quelques mois de voyage, c'est l'occasion. Pour 0,03€, je remarque que tout habillé je pèse 72 kilos. C'est-à-dire environ cinq de moins que la dernière fois que je me suis pesé chez moi, il y a 3 mois. C'est correct, c'étaient des kilos « en trop », bien qu'à ce niveau, cinq de plus ou de moins n'est pas bien important (à mon opinion).
J'arrive peu après à ce fameux pont Khuja, assez joli en effet, mais je laisse aux livres spécialisés le soin de le décrire. En passant à l'intérieur de ce pont d'arcades long d'une centaine de mètres, 2 ouvriers du bâtiment m'invitent à les suivre à l'intérieur d'une tour centrale. Une porte fermée à clé protège des pièces très jolies aux peintures élaborées. Cet endroit s'appelle ‘‘la tour du roi’’, et est fermé au public, mais pas pour moi! Ils me font monter dans un étroit corridor caché, qui mène sur le toit et offre une vue splendide sur le pont, la rivière asséchée et une partie de la ville. Même les habitants d'Ispahan ne connaissent pas cet endroit, me dira-t-on, j'ai eu de la chance. Mais j'ai aussi suivi ces ouvriers par choix. Je me dis que ce ne sont pas les allemands de ce matin qui auraient saisi cette opportunité. Il y a souvent quelque chose à gagner à être curieux et à ne pas trop se méfier des gens. On le sent de toute façon, la plupart du temps, si quelqu'un veut nous embobiner. En tous cas, en Iran, ça n'arrive que très rarement (sauf avec les chauffeurs de taxi).
En sortant sur l'autre rive, me préparant à rentrer tranquillement à l'appartement, Vida m'accoste timidement pour savoir ce que je fais et si je veux parler en anglais avec elle un petit peu. Je suis ravi de cela et lui dis que j'ai tout mon temps, et que l'on peut même passer l'après-midi ensemble. Elle n'en espérait pas autant et en est heureuse. Elle apprend l'anglais depuis un an mais n'a pas l'occasion de le pratiquer, alors c'est une aubaine pour elle. Nous allons boire un thé sur une terrasse du joli pont si-o-seh et l'après-midi se passera trop vite. Charmante, je dois dire qu'elle me fit légèrement craquer. Son nom signifie « cachée » en perse, et je lui donne sa signification en espagnol, « vie », qu'elle préfère. A cette pensée son sourire s'élargit et mon cœur s'emballe. Ces belles iraniennes sont un piège pour le voyageur européen!
J'en profite pour dire à tous ces francophones qui me lisent et qui apprennent l'anglais : osez aborder les étrangers dans la rue. Finalement, ce n'est pas si difficile, de pratiquer, même si les mots viennent difficilement au début. Il faut bien commencer, et on n'a jamais un niveau trop bas. Ne pas pratiquer l'anglais n'est pas la cause d'un niveau insuffisant, c'est la cause de la croyance de notre bas niveau. Il n'en est rien, cela vient en parlant. Alors je conseille à quiconque d'oser aborder un étranger dans la rue pour lui parler, ne serai-ce que pour quelques minutes, c'est toujours l'occasion rêvée de pratiquer la langue et de l'améliorer, et il faut saisir cette chance.
Par hasard, Vida devait rejoindre ensuite une amie dans le même quartier où habitent mes hôtes, nous rentrons donc en taxi pour savourer quelques moments de plus ensemble, et en chemin elle m'offre une boite de bonbons d'Ispahan, les ‘‘gaz’’, que je fais semblant d'aimer pour ne pas la blesser (je n'aime pas vraiment les bonbons en général). Je les partagerai avec mes prochains hôtes ou amis éphémères. Je la quitte à regret pour passer cette dernière soirée avec ma famille d'accueil si aimable, avec qui nous prendrons un tas de photos souvenirs pour ne pas oublier ce moment joyeux. Là se terminera mon merveilleux séjour à Ispahan.

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