samedi 15 mai 2010

Ooty, un peu de fraicheur en altitude

En ce dimanche 2 mai 2010, j’ai réservé une place dans le train qui monte de Mettupalaiyam vers Ooty, station de montagne située à 2400m.
J’aurais pu monter à vélo, ou plutôt, j’aurais pu monter en poussant mon vélo qui n’a pas de vitesses, mais ça m’aurait pris plus que la journée (45km de bonne côte). Et puis le train peut prendre des gros bagages et des vélos, et puis c’est un train classé à l’UNESCO. Alors je suis tout excusé!
Le train, c’est une locomotive à l’ancienne, qui envoie de la fumée noire en l’air et tout, et qui pousse le petit convoi. Il est joli quand même. Avant de partir, les gars des freins, qui sont à l’avant sur le wagon de tête, appliquent le rituel classique de tous les véhicules : quelques traces de poudres jaune et rouge, des offrandes (bananes, coco et citrons), des guirlandes de fleurs, comme celles que les femmes se mettent dans les cheveux. C’est un divertissement pour tous.
La plupart des passagers de ce train sont des touristes indiens qui viennent chercher l’air frais en altitude, car cela devient insupportable dans les villes de plaine. Il y a aussi quelques étrangers sur les traces des journalistes du Lonely Planet ou du Rough Guide. Ceux-là ne sont pas très bavards. Moi, ça faisait deux semaines que je n’avais pas croisé un seul étranger, ou même une seule personne non Tamoule. Alors curieux j’ai essayé d’engager la conversation avec un couple d’allemands. Mais ça n’a pas pris. Eh bien oui, pour eux c’est banal de croiser des européens ou voyageurs étrangers, puisqu’ils serrent bien fort leur guide tout déformé dans la main, afin de ne jamais s’éloigner du chemin tout tracé dans ses pages. Alors, ils croient peut-être que l’Inde est un pays très visité, et ils n’ont pas vraiment envie de me parler car je suis un de ses innombrables visiteurs. Peut-être préfèrent-ils faire la rencontre des indiens. Mais savent-ils au moins que c’est en dehors des pages de leur guide qu’ils seront vraiment immergés dans le pays, au milieu de ses habitants? Le Tamil Nadu, c’est l’équivalent en population de la France, et en superficie d’un quart. L’équivalent du guide Lonely Planet pour le Tamil Nadu serait en France quelques pages pour Paris, un passage furtif dans les villes de Bordeaux et Lyon, quelques mots sur St-Tropez, Marseille et Biarritz et un trek sur le Mont-Blanc. C’est tout. Ailleurs, les touristes n’iraient pas. C’est ainsi ici, dans le Tamil Nadu. Bref, mes allemands, je les laisse prendre des photos, moi je bavarde avec les touristes indiens qui sont très chaleureux, et qui me proposent même de partager leur déjeuner (des idlis maison) qu’ils ont en quantité plus qu’excédentaire. Les allemands refusent poliment.


Le train à crémaillère arrive, au bout de 5h30 de montée à 8km/h tout au plus, dans la ville d’Ooty. Tout de suite, on se sent à l’aise dans cette nouvelle atmosphère. Il fait environ 25 degrés. Les indiens grelottent, sortent les pulls et les cache-oreilles. J’enfile mon sourire et profite de cet air rafraichissant. Parce que, tout ne sera pas si enchanteur dans cette ville, mais la température est au moins bien plus supportable ici en altitude.

Mon sourire se retirera donc très rapidement. En sortant de la gare, pour aller me trouver un coin ou dormir, je pénètre dans la ville. Et elle a une odeur de station de sports d’hiver après la fermeture des pistes cette ville. Les gaz d’échappement enfermés entre les versants montagneux se concentrent à cet endroit, intensifiés par la plus forte demande en puissance des véhicules à cause des côtes. Je pensais arriver en pleine nature, et je suffoque pire que dans une grande ville habituelle de plaine. De plus, mes premiers contacts avec les professionnels du tourisme ne sont plus aussi chaleureux qu’avant, ils font la gueule, ils rechignent au service, si élémentaire soit-il. On est vraiment dans une ville à touristes, oui. Il n’y a pas une chambre à moins de 10€ (quatre fois plus qu’ailleurs) car c’est la pleine saison, le plein été en ce moment. A l’auberge de jeunesse (d’une qualité merdique, je dois le dire, 10 fois plus sale qu’ailleurs pour 4 fois plus cher!), je prends alors l’option dortoir, où je serai d’ailleurs le seul pendant deux jours. Ça n’empêchera pas un petit vol imbécile. La première fois que je me fais voler en Inde, et d’ailleurs depuis un an de voyage. J’avoue que je n’ai pas particulièrement fait attention cette fois. Mais j’avais quand même emporté avec moi pendant la journée mon petit ordinateur, et les choses importantes. J’avais laissé sur le lit mon sac-à-dos fermé, mon duvet utilisé la nuit précédente, le sac de mon duvet qui est un truc pratique de chez Quechua, et un sac plastique avec quelques objets. Le voleur a dû vouloir faire très rapidement, car il n’a pas regardé dans mon sac, il a juste transféré le contenu du sac plastique dans mon sac de duvet et s’est envolé avec. C’est nul, car le sac de duvet, je suis sûr qu’il ne sait pas à quoi il sert (c’est un truc qui permet de faire du vide et de réduire la place occupée par celui-ci dans le sac de voyage). Et dans les objets qu’il a pris, il y avait une brosse à dent, du dentifrice, un petit réveil de voyage, mon petit couteau suisse, une lampe frontale cassée, un déo et des cotons tiges. Donc ça ne m’embête pas tant en fait, ce n’est pas si grave, je ferai simplement un peu plus attention à l’avenir. Je me suis trouvé parmi les babioles que je traine dans mon sac un nouveau sac de duvet, j’ai encore un couteau de poche (celui de Keykey), et pour 3,5€ je me suis acheté un nouveau réveil, une petite lampe et une brosse à dents!

Enfin, petite mésaventure classique. A part cela, je suis allé me promener dans les lieux touristiques conseillés, que je ne déconseille pas forcément, mais qui en cette période sont simplement fatigants de foule entassée. Je suis donc allé me promener dans le fameux Jardin Botanique d’Ooty.

Le jardin botanique est, il faut le dire, très beau, avec une multitude d’espèces de plantes et d’arbres, que l’on observe en se promenant le long d’allées à flanc de colline. Il y a une foule pas possible, vraiment, on se croirait à Disney Land. Les indiens de la ville (les touristes ici viennent de la ville, et ont généralement un bon revenu pour se payer des vacances ici) sont assez concentrés dans le bas, et on ne les retrouve pas vers les hauteurs du parc à l’air plus frais et sain. C’est parce qu’ils n’aiment pas marcher. Eux, quand ils se déplacent dans leur ville, ou ailleurs, ils prennent un rickshaw, un taxi, ou une voiture avec chauffeur. Ils ne marchent que pour les petits trajets (entre le taxi et la maison ou le travail). Je me suis posé donc tout en haut, et j’appréciais d’entendre les nombreux oiseaux, de respirer, et de ne pas me frotter sans arrêt à l’une ou l’autre personne. On entendait la rumeur de la foule, derrière les arbres, 100m en contre-bas. Je crois que je commence à détester la foule. En Inde, c’est pas le truc à détester, car la foule, on doit très souvent l’affronter.
Je redescends tout de même pour m’y mêler, observer l’attitude de ces gens. Ils sont impressionnants d’irrespect. Envers la nature, envers eux-mêmes. Il y a de nombreuses règles sur de nombreux panneaux. Ces règles seraient pour nous européens élémentaires, même pas besoin de les afficher. Ne pas jeter les déchets dans les magnifiques parterres de fleurs, par exemples, que tout le monde est venu voir spécialement. Mais les gens ne peuvent pas respecter cette règle, même si elle est écrite en gros. En fait, je crois que les gens ne lisent pas les règles. Il faut dire qu’il y a vraiment peu de poubelles, et elles sont peu visibles. Il faut dire qu’il y a un tas d’échoppes, comme partout en inde, qui vendent un tas de produits manufacturés, sodas et chips entre autres, donc un tas d’emballages dont il faut se débarrasser après avoir assouvi son besoin de consommer quelque chose de pleinement inutile. Se débarrasser où? Dans la nature, comme on a toujours été éduqué à le faire en Inde. Je ne critique pas les indiens, je veux dire, il y a vingt ans la France était une porcherie, sur le bord des routes, dans les villes. Seulement, je regrette qu’on n’éduque pas les gens à prendre conscience de la merde dans laquelle ils vivent, et à respecter les règles naturelles de certains endroits que l’on essaye de conserver. Mais c’est un vaste sujet, et la faute peut être trouvée bien au-delà de la simple éducation des gens, au-delà même des frontières du pays... D’après moi, c’est surtout les compagnies étrangères (Coca-cola parmi tant d’autres) qui installent ici les moyens de se faire de l’argent en vendant leurs produits, sans s’occuper de la manière dont les déchets sont traités dans ce pays. Vatse sujet, que je ne developpe pas ici, cela me prendrait des pages!

Il y a aussi plein de gens qui veulent me prendre en photo. Mais de façon assez cocasse : ils essaient de le faire à mon insu. Le premier est un vieux qui timidement, et avec un sourire, me fait signe (sans me parler) de rester là où je suis. Il se place à mon côté, et sa femme est déjà en train de prendre une photo, avant même que je ne m’en aperçoive. Ils m’avaient vu venir, et ils avaient préparé le coup. Surpris, cela m’a amusé. Puis un peu plus haut dans le parc, des jeunes me demandent aussi, de prendre une photo avec leur groupe. Ils ne parlent pas anglais, ou ne veulent pas, de peur de devoir engager une vraie conversation. Je me rends compte qu’ils veulent simplement une photo avec moi. Plus tard, encore plusieurs personnes essaient de m’avoir à leurs côtés sur une photo prise avec un mobile souvent, et très souvent ils ne demandent même pas. Il y en a un qui se met à côté de moi, faisant semblant de regarder les mêmes fleurs que moi, puis du coin de l’œil je vois qu’il lève la tête et sourit, je fais de même, sauf le sourire, et vois un type prêt à cliquer sur son appareil. Je peux dire que cela devient bien agaçant. Au début, j’essaie de leur dire, je m’agace, hausse même un peu le ton (après une dizaine de fois que cela m'arrive), je leur dis qu’il faudrait qu’ils me demandent avant de faire une photo ensemble. Mais ils ne comprennent pas l’anglais de toute manière. Puis je change mon attitude, il vaut mieux que je m’en amuse. Alors lorsque je vois quelqu’un s’approcher et poser pour la photo, sans me prévenir, je fais semblant de n’avoir rien vu, et me tourne à ce moment, pour observer quelque chose d’autre. C’est vraiment amusant comment ils tentent de refaire la prise, ils s’impatientent même!
Pourquoi font-ils cela? J’en ai discuté ensuite avec d’autres gens : c’est parce qu’ils pourront ensuite montrer la photo à tous leurs amis, inventer une histoire, et dire qu’ils ont un ami étranger, anglais, américain, peu importe, ils ne m’ont même pas demandé d’où je viens, mais c’est seulement une photo pour inventer une histoire. Je ne sais trop que penser de cela. Ou plutôt si, je sais un peu.
C’est d’après moi cette manie que les gens ont de vouloir se glorifier d’une manière ou d’une autre, pour influencer le jugement de leurs connaissances, ‘‘amis’’, famille. Car c’est un fait, le jugement d’autrui est devenu plus important que notre propre jugement. Si ces gens peuvent montrer qu’ils ont un ami étranger, cela peut augmenter leur côte de popularité, leur entourage sera impressionné, et montrera plus de respect. On est en plein dans l’ostentatoire, c’est la puissance de l’image que l’on donne qui détermine notre grandeur, et non ce que l’on pense, l’on dit, l’on est. Les gens croient qu’ils auront droit à plus de respect de la part des autres, et surtout qu’ils pourront s’abstenir d’en témoigner à leur tour, s’ils montrent qu’ils ont quelque chose en plus, souvent de l’argent, ou une belle voiture (peu importe le prix, tant que les apparats montrent de la richesse), ou qu’ils ont fait le tour du monde, ou qu’ils portent un pull ‘‘collector’’ de chez Untel ou qu’ils ont un ami étranger, dans ce cas. Et les jugeurs y croient aussi. Les uns sont esclaves des autres, et inversement.

Pour en revenir au thème de la photo sans consentement, je me pose aussi des questions à ce sujet. Ai-je le droit de m’agacer si l’on veut me prendre en photo, pour raconter n’importe quelle histoire, sans me demander? Je veux dire, un tas de voyageurs ou journalistes prennent des photos de toutes ces personnes dont les visages racontent leur histoire. Toutes ces photos prises sans consentement, que l’on peut voir dans les albums de voyage, les blogs de voyageurs : les personnages n’ont rien trouvé à redire. Bien sûr, il y a très peu de chance que leur vie soit affectée par la publication de leur image ici ou ailleurs, car ils sont des personnages anonymes dans une foule d’individus. Et personne ne les reconnaitra jamais, d’une manière ou d’une autre. Ils sont des objets anonymes, et pourtant racontent toute une histoire humaine. Peut-être que je n’ai pas le droit de rejeter ces indiens qui veulent me prendre en photo et raconter l’histoire qu’ils peuvent en tirer.
J’avoue que moi-même, je n’ose pas trop prendre les gens en photo s’ils ne m’ont pas demandé auparavant, ou autorisé. Il n’y en a pas beaucoup dans mon blog. Parfois, je demande, je montre l’appareil, pour signifier que je vais prendre une photo, et leur laisser le temps de refuser. Mais en fait, la plupart des gens ne comprennent pas pourquoi je fais tous ces gestes. Je prends une photo, et puis quoi? Qu’est-ce que j’attends pour la prendre cette photo? Personne ne s’offusquerait que je ne demande pas. Mais je n’y arrive toujours pas, je ne sais pas surprendre un moment de vie sans être très gêné. Et c’est sans doute parce que j’ai été élevé en France, où l’on m’a juste entré dans le crâne que c’était très impoli. Ainsi, je me suis offusqué lorsque ces jeunes impolis voulaient une photo de moi et eux dans l’album de leur téléphone portable, mais je n’en avais peut-être pas le droit, en tous cas, pas ici en Inde.

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