samedi 15 mai 2010

Discutions en Inde

Cet article, je l’avais écrit un jour, puis je l’ai oublié dans un coin. Je voulais rajouter des trucs, mais j’ai oublié lesquels, alors le voila comme ça, tel quel.


Discussion avec mon hôte de Mumbai, faisant suite à ma constatation qu’un climat de terreur est délibérément maintenu sur Mumbai, par affichages, présence policière, communiqués, journaux télévisés plus que focalisés sur les attentats d’il y a deux ans, selon l’Inde commandités par le gouvernement pakistanais :

MOI : « Les musulmans et hindous ne peuvent-ils pas vivre en paix en Inde actuellement?
ELLE : Mais les musulmans ne veulent pas la paix. Et nous ne pouvons pas les laisser commettre ces attentats.
MOI : Tu veux dire que les pakistanais ne veulent pas la paix?
ELLE : Oui, mais c’est pareil.
MOI : Alors pourquoi haïr ou se méfier des musulmans indiens, qui eux n’ont rien demandé. Les musulmans pakistanais qui provoquent les attentats, ne servent pas les musulmans indiens, puisque ceux-ci récoltent la fureur hindoue en suivant. Eux n’ont rien demandé, non?
ELLE : Mais les musulmans indiens sont d’accord avec leurs ‘‘frères’’ pakistanais. Ils sont aussi extrémistes et ne savent qu’haïr. On m’a toujours dit que les musulmans veulent s’en prendre aux autres religions. C’est pour ça que l’islam possède le djihad.
MOI : Ok, mais peut-être subissent-ils l’effet d’une propagande religieuse? Dans ton éducation, on a insisté sur le djihad, sur les méfaits des musulmans pakistanais. Eux, leur éducation est faite pour certains d’une propagande pro-islamique, en dehors des principes de base de leur religion (le djihad, guerre sainte, n’est pas demandé par Dieu ou Allah à l’origine, c’est inventé par l’Homme). Tout le monde est alors éduqué à haïr l’autre. Est-il possible de penser autrement, de se faire une opinion personnelle ici, quand on est sans cesse assailli de messages en relation avec les attentats de 2008?
ELLE : Le problème, c’est qu’il y en a plein d’attentats à Mumbai, celui de 2006 nous touchait de plus près.
MOI : Plein d’attentats?
ELLE : Oui, il y en a aussi dans les quartiers défavorisés, là où d’ailleurs beaucoup de musulmans vivent parfois. Mais ceci est moins important. En 2006, un symbole indien a été touché, avec des personnes importante (riches, ou politiciens) dedans.
MOI : Mais que ce soient 200 pauvres ou 20 riches, c’est pareil, un attentat est odieux, aucun n’est plus important que l’autre...
ELLE : Si, les pauvres, ils ne vont rien changer, ils n’ont aucun pouvoir et ne feront rien de leur vie. Les gens touchés dans l’hotel visé sont plus importants, puisqu’ils sont connus.»

Sans jugement, cette conversation a duré longtemps, et il est difficile de pouvoir prendre position, ou même de répondre de traditionnelles sentences humanistes. Les réalités sont si complexes, les corruptions et la propagande si fines, et ma connaissance des faits si étroite, que j’ai préféré me taire avant de répondre aveuglément ma version des choses bien trop influencée par ma candide tolérance.

Le lendemain, dans la rue, deux jeunes d’une vingtaine d’années m’accostent pour me parler. Très accueillants et joyeux, nous parlons quelques instants:
Politesses d’usage, Hello, d’où es-tu? Quel est ton nom, etc. Quelques mots sur mon voyage, sur ma vie, quelques mots sur leurs études, sur leur vie.

L’UN : « Tu es de quelle religion?
MOI : Je suis catholique, une branche des chrétiens.
LUI : Pourquoi es-tu catholique?
MOI : Euh, parce que c’est comme ça, à la naissance, on m’a dit que je serai catholique pour le restant de mes jours. J’y ai cru. Toi, tu es hindou?
LUI : (en riant) Non, je suis musulman! C’est la meilleure religion.
MOI : Ne pense pas cela s’il-te-plait, toute religion enseigne que l’on est tous les mêmes, que l’on doit s’aider et s’aimer.
LUI : Oui, mais l’islam est mieux. Pourquoi tu ne veux pas devenir musulman? Soit musulman, tu verras, c’est la meilleure chose à faire.
MOI : Non, non, je ne change pas de religion. Peu importe le dogme, le message est le même.
LUI : OK, mais tu verras, tu changeras quand tu sauras.»

Après quelques formalités d’usage, nous nous quittons, en bons termes bien sûr.
Je vois que de leur côté aussi, le dogme aveugle a formaté les esprits. Pas de jugement, manipulation plus aisée. Mais depuis quand les religions enseignent-elles que leur pratique est la meilleure qui soit, et que les autres sont des hérétiques à damner voire détruire, quelles que soient leurs action, bonnes ou mauvaises? Sans doute, je crois, dès l’instant où elles deviennent ‘‘religions’’. Jugement hâtif peut-être, j’ai encore beaucoup de choses à apprendre sur les religions.

Dans le bus qui me conduit de Chennai à Mahabalipuram, village côtier, deux françaises, mère et fille, grimpent dans le bus à mi-chemin. Nous discutons un peu. Elles font un petit tour d’un mois dans le sud de l’Inde. La mère se plaint de trois ou quatre choses insignifiantes, la fille l’imite. Pourtant, elles apprécient leur voyage me disent-elles.
- « Ce bus est d’une saleté. Il n’y avait pas des bus à air conditionné? Enfin, pour 12 Roupies ce n’est pas grave et nous n’allons pas loin. C’est quand même beau l’Inde. Les indiens sont gentils aussi. Mais c’est fou comment ils peuvent être sales, c’est dégueulasse partout.»
Le bus se prépare à s’arrêter :
«La Mère : Est-ce que c’est Mahabalipuram ici?
Le contrôleur : non, Mahabalipuram, prochain.
La Mère : Ah, mais c’est bizarre, on dirait pourtant.
La fille : regarde là-bas au loin, c’est le nom de notre hôtel!
La mère : Ah mais ce n’est pas possible, il n’y a pas moyen d’avoir des réponses correctes dans ce pays. Ces indiens alors!»

Elles se lèvent et descendent, un peu énervée la mère.
Le bus continue sur deux-cent mètres, et s’arrête à la station de bus de Mahabalipuram. Tout le monde descend. Je demande quelques informations à des gens. Puis je vois arriver les deux françaises suant avec leurs grosses valises, et se présentent à leur hôtel juste en face de la station.

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