samedi 1 mai 2010

Il faut savoir ce que tu veux!

Toujours, toujours, j’ai été d’une indécision sinon pathétique, alors risible. Je ne sais pas ce que je veux.
Je ne sais pas faire un choix. Lorsqu’il s’agit de choisir un plat au restaurant, même dans une carte qui n’aurait que deux propositions, je sèche. Si on me propose deux lieux de rendez-vous, répondre du tac-o-tac m’est impossible. A propos de choisir entre descendre le Danube en kayak ou longer la Volga en vélo, là encore mon cœur balance. Et ne parlons pas de mes amourettes, je veux, je veux pas, j’en sais rien...
Ce n’est pas un problème de force de caractère, car à la question de vouloir ou ne pas vouloir quelque chose, je peux être catégorique et convaincu... si je sais à l’avance ce que je veux. Le problème, c’est dans le choix entre deux choses, deux directions. Droite ou pas droite? Je sais répondre, je sais ce que je veux. Droite ou gauche? Là, je suis bloqué.

Le problème de l’indécision ne peut pas se résoudre par l’étude des pours et contres. Je suis certain que d’une manière ou d’une autre, n’importe laquelle des directions m’apportera de bonnes choses. Je chasse vite celles qui ne m’enthousiasment pas, mais quand deux m’enthousiasment, je sais bien que je devrais en prendre une, comme ça, sans réfléchir. Paf, comme un pile ou face mental. Je ne peux pas, blocage immédiat. La pièce ne décolle pas, impossible d’actionner la machine du hasard. C’est difficile à expliquer, ce sentiment d’impuissance. On sait que l’un ou l’autre des choix est bon, peu importe la réponse, on sait bien que rien d’important ou de vital ne dépend de ce choix, mais on ne peut rien faire.

En Europe, ceci ne posait pas trop de problème en général, les gens en rient, les serveurs sont patients dans les restaurants, les gens sont respectueux dans les files d’attente, le temps, quoi qu’on en dise, est extensible. Je ne me décide pas, et puis quoi? C’est marrant. Et tu vas où dans ton voyage, tu ne sais pas? Ah d’accord, bon voyage alors, tu trouveras bien quelque chose. L’indécision est acceptée chez nous, et l’absence de but précis qui en découle ne choque pas.

Mais voilà, il y a bien des pays où ça ne marche pas comme ça. Et, comme en Iran, comme en Inde, je me heurte maintenant à ce problème des choix continuels. Il faut choisir rapidement, non, il ne faut pas choisir, il faut savoir. Savoir à l’avance ce que tu veux, sinon, tu fais perdre le temps de tes interlocuteurs. En fait, tu ne leur fait pas perdre leur temps, puisqu’ils te zappent aussitôt qu’ils décèlent en toi le moindre soupçon d’indécision. C’est souvent pour choisir parmi les différents produits proposés à manger, dans la rue, sur les étalages de fritures, ou les différents jus de fruits pressés devant toi. Pour acheter tel ou tel fruit chez un vendeur du marché. C’est aussi pour demander ton chemin, demander où tu peux aller, demander un bon restaurant ou quelle est la meilleure plage du coin. Si tu ne sais pas ce que tu veux exactement, on ne peut pas te répondre. Un bon restaurant? Je ne sais pas te répondre. Tel restaurant? Ah oui, c’est dans cette rue, là à gauche. Il faut avoir un but, précis, net.

Alors quand on me demande où je vais en voyageant comme ça, je me suis habitué à inventer un but. Par exemple, lorsqu’on me demande ce que je vais faire avec mon vélo, je ne réponds plus que je vais faire un tour du Tamil Nadu. Non, ça ne sert à rien, ça ne rentre pas dans la tête des gens, ils ne comprennent pas, ils veulent toujours savoir où, exactement, tu vas. Moi, je n’en sais rien, vraiment, mais maintenant je leur dis que je vais à Kanyakumari. Je vais probablement le faire, mais ce n’est pas certain à 100%. Les gens sont rassurés en général de voir que j’ai une destination précise, et alors s’installe une relation un peu plus confiante, parce que je ne semble pas être un illuminé. Parfois, il en faut plus : Mais pourquoi vas-tu à Kanyakumari? Pourquoi là-bas? Quelle idée d’aller aussi loin. Alors, je réponds que j’ai envie de connaitre, comme j’avais eu envie de connaitre ici même. Ah, si c’est pour connaitre, alors ça va! J’ai ôté artificiellement l’indécision qui m’est bien trop collée à la peau pour un moment, je sais, et j’ai fait un choix. Pour un moment.

Ce qu’il y a de bon, tout de même, c’est qu’à force de me confronter à ces choix qu’il faut faire instantanément, ou même avoir déjà fait, c’est que je me change petit à petit, je me libère de mon indécision, je ne vois plus ces deux ou trois propositions, je n’en vois plus qu’une. Mon esprit a devancé mon naturel confus, et ouvert la porte du hasard avant que je ne la ferme machinalement à double tour. Enfin, parfois!
Car en voyage, on ne sait pas toujours comment ça marche, ce que sont les plats au restaurant, ou comment réserver un train pour y mettre un vélo dedans. Et les gens derrière, ils te pressent bien fort, en Inde. À propos de ce vélo, je voulais poser mes questions : «puis-je prendre un vélo dans le train? Sera-t-il dans le même train que moi? Ah, il faut réserver à un autre guichet pour le vélo. Alors comment puis-je être sûr qu’il sera accepté si je prends mon ticket (presque en liste d’attente, il faut se presser) maintenant? Je ne sais pas?». Mais il n’y a pas moyen d’avoir des réponses claires, car le guichetier, premièrement il s’en fout, ça l’embête de prendre du temps pour expliquer ce qui pour lui est pourtant logique. Ensuite, il y a dix personnes qui tendent les bras au-dessus de tes épaules, autour de toi, et qui s’appuient sur ton dos, pensant peut-être qu’ils pourront te passer à travers, ils tendent des papiers, de l’argent, et gueulent, mais alors ils gueulent bien fort. Toi, au milieu, avec tes questions, tu ne fais pas long feu.
Il faut savoir, à l’avance, ce que tu veux, gueuler bien fort, pousser dans la file. Ça ne marche pas autrement.

7 commentaires:

Wako a dit…

Je comprends ce que tu ressens la Tourte, t'as qu'à voir mes différents choix de métiers ... Je pense que tu dois vivre des situations bien stressantes finalement, car voir de la part de ses interlocuteurs aucun effort de compréhension ou de pédagogie alors qu'ils te savent en terrain inconnu, ne doit pas faire plaisir... Par contre ça doit effectivement apprendre la patience et savoir ce qu'on veux très rapidement, quitte à bluffer. Bref de quoi transformer profondément une personnalité...
Bises, bon courage !
WAKO

PS: t'as vu moi j'ai lu même sans les images ...

Vincent M a dit…

J'ai bien aimé ta description, xavier ! Elle m'a beaucoup parlé. D'un coté, çà m'a rassuré : je suis pas tout seul à être indécis. D'un autre côté, çà m'a donné quelques pistes pour y voir plus clair.
Bonne chance pour la suite de ton aventure !
Vincent M

Anonyme a dit…

Pareil, je m'y suis carrément retrouvée!!! Mais ca tu n'en doutes pas ;-) Sinon c'est quoi cette plaque datant du 21 avril 2010?????????? Je suis tombée dessus "par hasard" et tu comprendras qu'elle m'a doublement intriguée...
Sinon j'ai pris la décision de partir d'ici l'automne aussi... en Inde. Alors on s'y croisera peut-ètre...
Bisous, bonne continuation.
Céline.

Anonyme a dit…

Tiens toi au but : Kanyakumari, la jeune fille, le lieu ou tu peux voir à certaines période la lune se lever alors que le soleil se couche, Et il y a tellement d'autres choses intéressantes.
Au fait je choisi toujours le profile "Anonyme" car avec les autres je ne sais pas comment faire....
Abhishi

toortoth a dit…

Wako, en effet, on apprend a se demerder autrement, et a changer. C'est comme pour tout, on s'adapte quand on a besoin. Je le decouvre de plus en plus. Par contre, changer totalement la personnalité, je ne sais pas... Je ne crois pas en fait. Elle reste là, au fond, innée, il me semble.

Vincent, je suis content que cela puisse t'aider. C'est un peu pour cela que j'écris mes pensées aussi. En tous cas, je ne pense pas que l'indécision est mauvaise en soi. C'est surtout l'entourage, la societé en général qui nous fait croire que c'est mauvais. Mais dans certains cas, ça peut se travailler, d'ailleurs, c'est ce que je fais :)

Céline : Ah, la plaque! Patience, je vais en parler dans les articles sur l'orphelinat. Et je peux te dire que moi-meme j'ai ete doublement surpris aussi!

Abhishi, oui je me fixe Kannyakumari comme but. Par contre, j'arriverai sans doute trop tard pour le phénomene astral qui parait-il se produit lors de la pleine lune d'avril (apres l'equinoxe en fait).
C'est pas grave pour le profil anonyme. Mais sinon, en dessous de la boite de commentaires, il suffit de selectionner Nom/URL, et de ne remplir que la case Nom. ça sera la signature.

Marie U a dit…

Tu serais pas du signe de la balance par hasard ?! ;D

toortoth a dit…

Comment as-tu deviné? :p

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