J’étais dans la ville de Dharmapuri. J’étais fatigué. Je pouvais encore faire une quinzaine de kilomètres, atterrir dans un coin de campagne, par-là après la ville.
Mais j’ai eu la flemme. Alors je me suis trouvé une petite chambre. J’ai dormi un peu, puis je suis sorti vers 14h30, dans la fournaise de cet été tamoul. Je me suis trouvé un cyber café pour consulter mes emails. La réceptionniste me dit que la coupure de courant journalière va survenir de 15h à 18h, je n’ai que peu de temps. Les quelques emails reçus ont été vite lus. Il me rester 5 minutes. Totalement par hasard, parce que je ne savais pas quoi faire, j’ai regardé sur Couchsurfing s’il y aurait quelqu’un dans la région, sans grande conviction. En effet, avant de partir, j’avais regardé et trouvé que peu de couchsurfeurs dans la région du Tamil Nadu, tous concentrés dans les grosses villes. Comme je pensais déjà à passer dans les campagnes, je n’ai donc pas imaginé trouver quelqu’un avec le site. Mais là, dans cette petite ville provinciale, un type était inscrit. À tout hasard, sans vraiment lire son profil, faute de temps d’électricité, j’ai envoyé un email, mais je songeais déjà que je reprendrais la route le lendemain matin.
À 19h, en sortant diner, j’ai tout de même voulu vérifier, et suis allé me connecter de nouveau. Il y avait une réponse, de John, qui me disait de l’appeler. J’ai fait cela tout de suite, il m’a dit de patienter 20 minutes, il arrive en moto. Cool, enfin je pourrai passer un soirée avec quelqu’un qui parle anglais, avoir une vraie discussion. Je ne savais pas encore ce qui m’attendait! John arrive alors avec sur sa moto une petite fille et un garçon, de huit-dix ans. Nous allons manger un bout. Il m’apprend qu’il cogère un orphelinat dans un petit village non loin, qu’il serait honoré de m’accueillir dans la guest-house de l’établissement, grande chambre spécialement prévue pour accueillir les amis ou invités, et pourquoi pas les voyageurs. Moi, du tac-o-tac, je dis oui. Voilà donc quelque chose qui tombe à pic, ça reposera un peu mes jambes, et puis j’aurai l’opportunité d’en savoir un peu plus sur les problèmes de l’Inde, ou les bonnes choses aussi.
Alors, voici un peu comment fonctionne cet orphelinat. Luke, pasteur chrétien, et sa femme, ont été élevés dans un orphelinat eux-mêmes lorsqu’ils étaient enfants. C’est là qu’ils se sont rencontrés et qu’ils ont décidé de se marier. En 2005, ils ont voulu à leur tour donner la chance qu’ils ont eue à de jeunes enfant abandonnés, ou démunis, en créant cette maison, Peace Children Care Home (Orphelinat de la paix). John, ancien orphelin aussi, a voulu leur prêter main forte, après avoir terminé ses études. Une trentaine de gamins filles et garçons sont accueillis en ce moment dans ce foyer à l’ambiance familiale. Certains ont été recueillis dans la rue à l’âge de quatre ou cinq ans, lorsqu’on les a vus ramasser des ordures dans la rue pour se nourrir. D’autres ont perdu mère ou père ou les deux, ou leurs parents sont très pauvres ou incapables de s’occuper d’eux à cause d’alcoolisme, de folie, de SIDA ou d’autres problèmes d’égale importance pour l’avenir de ces enfants. Bref, un petit condensé de l’Inde, en fait, car il existe des dizaines de milliers de maisons de ce genre, plus ou moins organisées, qui veulent fournir une éducation et une chance dans l’avenir à des enfants qui n’ont pas demandé à naître dans la misère.
En termes d’organisation, justement, comment ça marche? Ils ont deux maisons qui font tous les locaux. Ils sont locataires, et comme les propriétaires veulent parfois reprendre les locaux, ils sont sujets à de constantes relocalisations. Ils ont des frais : nourrir les enfants, tous, de leurs trois repas par jour consistant en du riz et une sauce indienne, matin midi et soir. Leur fournir les moyens d’aller à l’école, soit quelques cahiers, quelques stylos, l’uniforme étant lui payé par le gouvernement. Quelques vêtements, souvent récupérés de charités, ou de gens venus les donner spontanément, soit un pantalon, une chemise, un slip, parfois des sandales, mais ils marchent pour la plupart pieds-nus. Rien à voir avec nos garde-robes pleines à craquer de choses que l’on n’a porté qu’une fois, parfois seulement dans la cabine d’essayage. Et puis bien sûr la santé et l’hygiène. Il faut aussi payer les deux femmes qui s’occupent 24/24 des enfants. Elles sont payées juste suffisamment pour vivre décemment, mais font ce travail surtout avec leur cœur.
Alors comment trouvent-ils les fonds? Jusqu’à maintenant, Luke, John, et d’autres personnes parfois ont travaillé d’arrache-pied à trouver des âmes charitables dans la région, et ils continuent. Ils démarchent des entreprises, et des personnes de toutes classes sociales. Mais ce sont souvent les personnes à revenus limités, les gens humbles qui soutiennent. Donc les revenus ne sont pas vraiment réguliers. Certains donnent du matériel, un paysan bien qu’assez pauvre fournit la plupart du riz nécessaire chaque mois. Et parfois, quelque chose qui m’a plu d’entendre, des gens viennent spontanément faire une donation lorsque c’est leur anniversaire. Car en fait, en Inde, en tous cas là où l’Ouest n’a pas encore mis sa patte bien profondément, on ne fête pas vraiment son anniversaire, mais au lieu de dépenser des sous dans des inutilités, on en profite pour faire une bonne action, aider une association, une cause, ou d’autres choses dont je n’ai même pas idée.
Voilà, ayant appris tout cela, j’ai vu qu’il manquait quelque chose au niveau de la communication. Et en effet, John me dit que je pourrais peut-être parler à mes amis, à mes connaissances, dans l’idée de trouver une aide un peu plus loin, peut-être un peu plus structurée. Alors, ce que je lui ai proposé, c’est de l’aider à trouver une structure plus efficace, grâce à internet, pour communiquer. Faire fonctionner les réseaux. Une connaissance en entraine une ou deux autres, puis d’autres, etc. Et pour cela, il faut un moyen d’information à plus grande échelle, donc un site sur internet, ou un blog, mais quelque chose sur laquelle les gens peuvent se baser et se rassurer.
C’est ainsi qu’on a trouvé un moyen dans lequel je pouvais participer un peu, avec mes capacités. Je n’aurais jamais cru que je pouvais être d’une grande utilité, en fait, dans un organisme comme celui-ci. Mais peut-être que je me sous-estime toujours un peu trop.
Je suis resté une semaine, et beaucoup de choses se sont passées, qui m’ont étonné, ému, enseigné, grandi, ouvert, ou fait découvrir des ressources que je ne connaissais même pas.
La suite au prochain épisode!

1 commentaire:
Ca me donne plein d'idees... Merci.
Enregistrer un commentaire