Nous arrivons à Tabriz, on prend tout d'abord un bus pour rejoindre la ville depuis le terminal autobus situé sur le périph. C'est gratuit, sans mentir : 500Rials soit 0,03€. Nous remarquons aussi que les femmes sont situées à l'arrière du bus, et les hommes à l'avant. Exception, nous le saurons plus tard,
les époux peuvent s'asseoir côte à côte à l’avant. Ça parait absurde, comme cela, mais c'est pourtant une réalité imposée par la force. Kadri va donc s'asseoir à l'arrière, et discutera avec une fille qui s'étonne que nous prenions un bus, et non un taxi comme tous les touristes. C'est bien là l'intérêt : avoir un contact plus facilement avec les habitants.
Nous arrivons dans le centre, et quelqu'un nous accoste automatiquement pour nous parler. «Bienvenue en Iran, d'où venez-vous, etc.» Il est fier et content de pratiquer son anglais qu'il n'a pas dépoussiéré depuis des années, mais qui est étonnamment fluide. On parle pendant un moment, il est timide et tremble un peu, mais content de nous parler amicalement. On apprendra beaucoup de choses grâce à lui, et il rentrera très vite dans le vif du sujet, la politique (plus que) discutable de son pays. On apprendra notamment que près de 30% des iraniens sont en fait de culture azérie (de l'Azerbaïdjan) et parlent comme première langue non officielle l'azéri (sorte de turc, qui nous sera bien utile pour communiquer les premiers jours). En gros, le perse, ou farsi, est imposé par le gouvernement comme unique langue, un peu comme en France jusqu'il y a quelques décennies. Tout doit être écrit en perse (ou parfois anglais, toutefois), et les contrevenants seront punis, car considérés comme nationalistes séparatistes. L'Iran est une mosaïque de langues et d'ethnies, dont certains perses intégristes ont pris le contrôle et entendent mener une sorte de génocide culturel. Bien sûr, je ne dis pas cela seulement après la rencontre d'une seule personne, car au moment où j'écris, j'ai déjà rencontré plusieurs autres iraniens.
On va voir un hôtel, dans lequel on se fait rembarrer, les prix nous semblant élevés. On va en voir un autre qui sera plus correct. Le réceptionniste est un vrai fonctionnaire du type ‘‘gestapo’’, autoritaire et direct, mais nous arriverons à ne pas nous faire entuber. Par contre, il est déjà peu évident d'être acceptés, une fille et deux garçons dans la même chambre, mais lorsqu'on demande une chambre avec seulement deux lits et non trois (Kadri et Branko n'en utilisent qu'un seul), c'est carrément hors de question, même s’ils disent en mentant qu'ils sont mariés. On aura essayé. De plus, il y a des hôtels sans douche parfois, et celui-ci en a une en supplément. Pour une personne cela nous reviendra à trois euros, ce qui reste correct, dix fois moins cher qu'en France (pour dix fois moins propre!).
Nous sortons en ville pour la soirée, essayant de trouver le fameux bazar de Tabriz, mais nous tournerons en rond. Il ne se passe pas quinze mètres sans qu'une personne nous lance un « welcome to our country » avec un grand sourire, ou que d'autres iraniens désireux de pratiquer un peu l'anglais nous demandent « where are you from? », le peu qu'ils connaissent. Au début, nous disions « Estonia, Slovakia, Francia », mais comme ça devenait assez fatiguant à la longue, et que personne ne connait les deux premiers pays, on finissait par dire que l'on était de Tchécoslovaquie ou bien même du Burdanistan (qui n'existe pas bien entendu) et ils approuvaient en souriant et répétant la bienvenue. Tout ceci est agaçant au bout d'un moment, se faire interpeler sans cesse pour rien, mais c'est fait avec une telle joie, que nous-même nous sommes contents d'égayer le quotidien de ces gens du simple fait de notre présence rare en des endroits délaissés par les touristes, de toute façon peu nombreux en Iran.
Ensuite, nous essayons de trouver un café internet. Pas facile, mais en demandant dans un petit magasin d'informatique, le type nous dit que celui d'à côté est déjà fermé. Il nous invite tout de même à utiliser sa connexion Wi-Fi avec mon netbook (petit ordinateur portable de voyage que je me suis offert en Grèce pour taper mes textes et sauver mes photos). Il a été super aimable, nous a servi le thé, offert des bonbons, tandis que nous consultions nos e-mails. Il m'a même installé un petit programme de sa fabrication qui permet de passer les filtres gouvernementaux (filtres qui interdisent l'accès à certains sites internet depuis le territoire iranien, comme Facebook ou même mon site web).
Après cette balade, nous rentrons à l'hôtel, avec des sortes de bières sans alcool aux fruits, que nous avons achetées par curiosité (je rappelle que l'alcool est strictement interdit en Iran). Il s'avèrera que ce sont simplement des jus de fruits pétillant, portant le nom de bière. Dans les magasins, on peut aussi trouver des bières Efes turques ou Bavaria allemande à 0%. En fait, une personne avec qui nous avons passé une soirée nous a même indiqué que son cousin vend ces bières marquées 0% mais avec de la vraie bière alcoolisée à l'intérieur. C'est un trafic bien risqué, mais qui permet sous le manteau de goûter à la liberté. Tout le monde ici est tellement envieux (mais non jaloux) de ces libertés dont jouissent les pays de l'ouest, et qu'ils ne peuvent observer que derrière leur téléviseur, s'ils ont la chance de posséder un satellite pour éviter les émissions propagandistes de la télé nationale.

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