mercredi 30 septembre 2009

Turquie – Kars - Début de semaine calme...

Mardi soir, j'arrivai à Kars, assez fatigué de la route, de la température, de l'humidité de mes pieds et jambes trempées. Önder est un couchsurfeur que j'avais contacté la veille et qui m'avait immédiatement répondu que malgré l'occupation actuelle de son appartement, il pouvait me recevoir sans problème. J'arrivais donc dans un grand appartement, avec une quinzaine de lits dans des dortoirs, et cinq ou six personnes qui soupaient là. Je me joignis à eux et ils commencèrent à me poser des questions :
« Alors tu es français? C'est quoi ta spécialité?
-Ma spécialité? Euh, mon métier vous voulez dire?
-Oui, es-tu biologiste? Naturaliste? Environnementaliste? Tu étudies les oiseaux? »
Là je me dis que je suis tombé dans un endroit étrange avec des gens étranges. J'observe les parois du salon, il y a des posters et des photos d'oiseaux. Je réponds à la question:
« -Je suis ingénieur en mécanique. »
Grosse surprise dans l'assemblée. Je vois bien qu'ils ne s'attendaient pas à une telle réponse, et qu'ils sont en train de se demander ce que je peux bien foutre ici! Mon hôte Önder, qui était occupé, intervient alors pour rompre le quiproquo, et expliquer que je ne suis que de passage, par le biais du site Couchsurfing.
Voilà un premier contact un peu étrange, sans doute provoqué en partie par la fatigue de la journée. En gros, l'appartement est souvent envahi par des volontaires qui viennent s'occuper, en échange de nourriture et logement, des recueils de données sur la nature. Ces données sont destinées à être étudiées ensuite pour améliorer l'environnement de villages alentours, et créer un tourisme écologique qui serait une source supplémentaire (et même alternative) de revenus pour ces villageois. L'histoire des oiseaux, c'est que mon hôte et certains volontaires sont biologistes et étudient les oiseaux, leur passion. A l'occasion, un festival de « bird watching », ou observation d'oiseaux, aura lieu en fin de semaine. Tout le monde est très occupé donc à préparer ce petit festival.

Le lendemain, je me réveillai après une bonne grasse matinée, il n'y avait personne dans la baraque. Je savais qu'ils devaient aller à l'université de la ville de Kars, je fis donc comme chez moi. Je n'ai pas fait grand-chose de la journée. Sorti, je suis allé me promener en ville. Kars possède environ 70000 habitants, mais est essentiellement rurale. Des tracteurs se promènent dans les rues, conduits par les fils de la ferme, et beaucoup d'hommes dans les cafés buvant le çay. Très peu de femmes, qui je pense restent plus à la maison, bien que les jeunes sortent parfois portant un foulard sur les cheveux, parfois non. Le foulard en Turquie, en tous cas dans les régions que j'ai vues jusqu'à maintenant, c'est plutôt une mode. Ils sont de couleur, et ne cachent pas vraiment tous les cheveux comme le préconise la religion. Les jeunes femmes le portent comme on porterait un bonnet ou un béret à la mode en France.
Je me promène donc dans ces rues balayées par le vent glacé du nord. Le soleil est revenu ce mercredi, j'avais vraiment fait une faute de timing en voulant traverser les montagnes la veille! Je monte sur la colline, pour entrer dans une vieille citadelle assez conservée. Il y a vraiment peu de touristes qui doivent passer par là, les panneaux d'explications semblent être traduits en anglais grâce à Google-traduction, c'est-à-dire n'importe comment, de sorte qu'on n'y comprend encore moins que si on tente de lire en turc. De là-haut, on peut observer le tour de la ville : elle est au centre d'un grand plateau situé à 1800m d'altitude, où aucun arbre n'en détériore la planéité. Quelques collines toutefois posées autour sont revêtues d'un manteau blanc qui rend l'atmosphère un peu plus fraiche. En redescendant, de nombreux écoliers en costume de classe, pull vert, cravate pour les garçons, jupe à carreaux, collants blancs et pull bordeaux/vert pour les filles. Les filles ne portent pas de foulard pour aller à l'école, une loi gouvernementale l'interdit. Et la Turquie est très critiquée en Europe pour cette loi soi-disant anti-démocratique. Ces mêmes gouvernements européens qui critiquent la Turquie ont pourtant fait adopter ou tenté de faire des lois similaires au nom de la laïcité. Les enfants voient bien que je suis un étranger. Même si je suis vêtu de fringues plus ou moins vieilles et déchirées et portant la barbe, je ne passe vraiment pas inaperçu. Et ces jeunes enfant me lancent « hello », « how are you? » ou « what's your name? » à tout bout de champ, content et fiers d'avoir une occasion de pratiquer le peu qu'ils ont appris à l'école. Ils rient de bon cœur lorsque je leur réponds « I'm fine », « My name is xavier, and you? » ne sachant pas trop répondre à leur tour.

Je retourne le soir à l'appartement; mince! La clé que l'on ma prêtée n'est pas la bonne, impossible d'ouvrir la porte d'entrée. J'entends de l'eau couler, sans doute de la douce à l'intérieur. Je sonne, personne. Je repars en ville me promener une demi-heure, puis reviens. Toujours cette eau qui coule et pas de réponse à la sonnette. L'entrée est située dans une cour. Un homme passe par là, je tente de lui demander s'il a une clé de l'appartement. Finalement avec des signes, il comprend qu'il y a un problème dans l'appartement et force la porte (sans la casser, apparemment tout le monde fait ça, je le saurai plus tard!). A l'intérieur, inondations, des tuyauteries ont cassé. La femme de l'homme ayant ouvert la porte arrive et s'occupe de nettoyer les dégâts d'eau en épongeant l'eau, en refusant plusieurs fois mon aide. L'homme m'invite à aller dans sa maison à côté, puis sa femme revient et ils me forcent presque à accepter le repas. Elle me donne un bol d'une soupe succulente, puis me sert une grosse assiette de riz et légumes tout aussi succulents, et malgré que je lui signifie bien que tout ceci est déjà trop, elle revient avec une autre assiette pleine d’une sorte de saucisses d'agneau. Quasiment pas d'échanges de paroles, puisque nous n'avons pas de langue en commun, mais je suis tout de même submergé par cette amabilité débordante.
Cette scène me rappela un souvenir de mon enfance, qui commençait à se faire oublier. Quand j'étais petit, avant mes dix ans, dans mon village, j'avais un ami, Alâa, dont les parents tenaient un restaurant tunisien. J'étais très souvent invité à manger avec mon ami, et sa mère Manoubia nous servait des assiettes énormes de couscous. Je me régalais toujours, et j'avais en plus à chaque fois droit à mon petit bol de pois chiches en rab, dont je raffolais. Manoubia était sans cesse en train de s'enquérir de savoir si j'avais eu assez, si je ne voulais pas de ces pâtes d'amendes qu'ils préparaient en dessert, si je ne voulais pas en emporter. Parfois, je passais simplement à côté du restaurant, et un rapide bonjour se transformait très facilement en une invitation à manger, même si je n'étais pas accompagné d'Alâa. Tout cela dans une ambiance assez spéciale, musique orientale en fond, et langue inconnue en cuisine. J'étais enfant alors, et ne savais pas le bond culturel que je faisais à chaque fois que je passais la porte de cet établissement. Mais maintenant, à Kars, dans la maison d'une famille que je connaissais depuis 10 minutes, j'ai pu revivre ces moments de mon enfance avec mes yeux d'adulte, et mieux comprendre la nature de cette générosité. C'était encore un de ces moments magiques de mon voyage.
Ceci ne dura pas trop longtemps, car les habitants de l'appartement arrivèrent bientôt, et je retournai là-bas pour la nuit.

Jeudi arrive, je commence un peu à m'ennuyer car tout le monde est occupé à droite à gauche, mais je vois une des volontaires qui commence un travail qui avait l'air bien ennuyeux, alors je lui propose de m'ennuyer avec elle afin qu'elle s'ennuie un peu moins longtemps. Le travail consistait à trier des échantillons d'herbes ramassées dans des prés humides, en séparant les petites feuilles des brins d'herbe. Passionnant! Cela fit passer une partie de la journée, puis je décidais d'aller jeter un coup d'œil sur la ville d'Ani, à 40km de là, qui n'a de ville que le souvenir et les quelques ruines. J'en parlerai mieux un peu plus loin. J'arrivai aux abords de la ville de Kars, sur un carrefour de routes qui partaient toutes s'effacer dans l'horizon, chacune de leur côté. Au centre de ce carrefour, dos à la ville, je commençais à connaître le vertige de l'horizon infini. Pas d'arbres, pas de virages, seule une route droite qui va se perdre dans le plongeon entre deux collines arides, au loin. Pas une voiture n'emprunta la seule route qui mène dans ce cul de sac qu'est la ville d'Ani, sur le côté turc de la frontière avec l'Arménie. Je regardai le soleil déjà assez bas, et décidai de reporter ma visite. En revenant vers la ville, une voiture s'arrêta à mon côté sans même que je ne demande quoi que ce soit, et son chauffeur me proposa de m'emmener jusqu'au centre. J'acceptai de bon cœur et rentrai finalement à l'appartement. Celui-ci était devenu une fourmilière durant mon absence, et tout le monde s'affairait pour préparer le départ pour le festival, qui a lieu à une trentaine de kilometres de là, dans le village de Kuyucuk. Je fus invité à préparer mon sac pour déménager dans ce village pour les trois soirées à venir.

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