mardi 1 septembre 2009

Grèce – Crète/Κρήτη - L'ouest de l'ile : Paleochora et Sougia

Je me réveille à 8h30 du matin, le ferry est à quai depuis quelques minutes et le débarquement commence. Je commence à traîner le long de la côte, le port de Kissamos (Κίσσαμος) où arrive le Ferry est à 6km de Kastelli, la première ville. Deux jeunes de l’ile m’avancent jusque-là dans leur voiture et me parlent de quelques lieux intéressants où aller, principalement des plages, en fait. Tous ces noms ne me parlent pas trop tout d’abord, mais après avoir parcouru pendant deux semaines cette ile de Crète, je serai devenu un connaisseur ! En attendant, je pensais rester environ une semaine avant de partir pour Rhodes, ile grecque juste à côté de la Turquie. Je regarde ma petite carte de l’ile, découpée dans la grande carte de Grèce, et trouve un nom que j’ai déjà entendu de mes précédentes rencontres. Paleochora (Παλαιόχωρα) sera donc ma première étape. C’est sur la côte sud, côté ouest de l’ile de Crète. Schématiquement, l’ile de Crète est un rectangle montagneux, de 50km du nord au sud, sur 250km de l’ouest à l’est. La côte sud n’est pas super desservie en méga-autoroutes (c'est-à-dire une départementale française), les touristes peu téméraires ne s’aventurent pas sur ces routes étroites, sinueuses, et où parfois l’asphalte disparait au profit de gros cailloux. C’est donc vers là que je me dirige, délaissant pour l’instant les grandes mégalopoles (de 30000 à 50000 habitants) du nord.

Environ 80km que je parcourrai rapidement et avec d’étranges surprises. C’est tout d’abord un pick-up de roms qui s’arrête. Je sais, les préjuges sont difficiles à chasser, surtout sachant que jusqu'à maintenant chaque fois que des roms se sont arrêtés, ils m’ont demandé si j’avais de l’argent à leur donner. Alors j’ai tout d’abord hésité, mais ils insistaient quelque peu et je montai quand même, voyant que d’une part ils ne me demandaient pas d’argent et d’autre part ils ne comprenaient pas pourquoi hésitais. On reconnait les roms parce qu’il y a toujours un petit garçon ou une petite fille à l’arrière du pick-up, pieds nus et vêtu de vêtements extrêmement sales. Je grimpai dans la benne à côté de cette petite fille qui me prononçait tout un tas de mots incompréhensibles en grec, et je répondais avec le peu que je connaissais, mais surtout en français ! Finalement, une trentaine de kilomètres plus loin, ils me posent à la bifurcation puisqu’ils continuaient ailleurs. Je descends et les remercie. Ils me disent de rester une minute, pendant que le chauffeur fouille dans un petit sac. Ouh-la, que va-t-il me sortir ? Puis il extirpe un billet de 5€ qu’il me tend généreusement! Franchement, là je ne sais pas quoi dire, je crois qu’ils le voient, et ils me disent dans leur grec sans doute de m’acheter à manger, avec compassion. Je n’arrive pas à refuser, déjà ils ne comprendraient pas, et puis je suis trop étonné pour réagir. Je suis assez propre, mes vêtements aussi. Il y a cinq mois, je roulais dans une berline qui coute sans doute dix fois plus que leur pick-up âgé. J’ai même peut-être plus d’argent sur mon compte en banque qu’eux. Et maintenant je maudis mes préjugés. Ce ne sont que cinq euros, peut-on se dire, mais c’est tellement plus le geste qui m’a agréablement surpris. C’est vrai, ce ne sont que cinq euros, mais pour ces personnes c’est surtout une aide qu’ils m’ont apportée, sans intérêt, sans rien attendre en retour. Les Hommes peuvent faire cela, rendre service, sans rien attendre en retour. « Tout travail mérite salaire »? Rien n’est plus faux.
Je garde ce billet dans un coin de mon sac, je ne peux pas le dépenser. Il est un symbole. Stavros, mon hôte à Gythio m’avait offert la veille deux choses avant que je ne parte (après m’avoir offert tant d’hospitalité, et accueilli comme un roi, toujours sans rien attendre en retour): Un chapeau pour supporter mes heures d’attente au soleil. Il n’est pas certain que je n’attende pas plus longtemps avec ce chapeau, couleur armée, mais je le porte premièrement parce qu’il me protège et deuxièmement parce que c’est un cadeau de bon cœur. Il m’a offert aussi un petit caillou a priori insignifiant, avec un petit trou au centre, en me disant que sa forme permet de mieux faire circuler les «énergies» à travers le corps. Je ne saisis pas encore toutes ces histoires d’énergies et de chakras, qui peinent à ouvrir la porte entre mon cerveau gauche cartésien et sa partie droite isolée et poussiéreuse, mais je garde aussi cet objet dans mon sac par respect, ou par une forme de spiritualité non encore élucidée. Cela commence à faire plusieurs cadeaux à garder, ça va s’entasser !
Ensuite un vieux monsieur et son petit-fils m’emmènent dans leur pick-up (il y a vraiment beaucoup de véhicules pick-up sur cette ile, peut-être 40%, c’est impressionnant), et je monte encore une fois dans la benne à l’arrière, les cheveux au vent ! Plus qu’une trentaine de kilomètres avant qu’une troisième voiture s’arrête au milieu de la montagne. Deux filles de 29 ans, travaillant à Athènes mais originaires de Crète, venant passer quelques vacances dans le coin. Elles sont très sympathiques et nous avançons tout en discutant, nous nous arrêtons un gros moment dans un café d’altitude pour prendre un frappé en savourant la vue sur le sud et la mer de Libye.
Nous nous séparons et je traine sur la plage de la petite ville de Paleochora, puis nous nous retrouvons dans la soirée autour d’une bière et veillons tard, parlant soit de mon voyage, soit de leur pays et leur culture. J’apprends de plus en plus, je m’imprègne du mode de vie grec. Le soir, Areti et Litsa, ce sont leurs prénoms, me proposent de rester dormir dans leur voiture, sur le siège plus confortable que le sol, pendant qu’elles restent au camping en face. Puis le lendemain nous irons sur une autre plage, Sougia, où la journée s’alternera entre baignades à la mer, frappés bien frais, et tavernes aux spécialités succulentes. Et c’est là, dans cette taverne dont je vous indiquerai l’adresse si par hasard vous passez dans le coin, que j’ai goûté, sans mentir, au meilleur agneau de ma vie ! Un agneau cuisiné au vin blanc dont j’ai encore le souvenir du goût dans ma bouche! Pour clore le repas, un peu de raki, gnole traditionnelle grecque que l’on ne peut éviter, et qui nous est souvent offert si on fait l’affront dans une taverne non touristique de ne pas le commander !
Voilà deux jours qui sont passés rapidement, en compagnie de deux personnes très sympathiques, mais j’ai envie de ne pas trop trainer sur les plages, et d’avancer un peu. Mon but et de rallier Agios Nikolaos (Áγιος Νικόλαος), un petit port essentiellement plaisancier à l’est de Crète, où je pourrai faire du bateau-stop. Un autre français avec qui j’ai eu contact par internet a réussi à être pris pour Rhodes depuis ce port une semaine avant. Je vais tenter ma chance aussi. Mais je ne me presse pas trop non plus, il faut profiter un peu du pays !

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