Me voila à Belgrade. Pour faire vite, je suis hébergé deux jours chez Marina, une couchsurfeuse serbe, avec qui je n'ai pas eu trop le temps de parler car elle avait beaucoup de travail. J'ai trainé une journée dans Belgrade avec un Argentin, Rodrigo, qui visitait aussi la ville. Le soir, nous avons rencontré un groupe de gens de toutes nationalités qui prévoyaient de se rencontrer au festival de Guča le lendemain. Assez marrant, ce groupe était constitué de quatre serbes, deux mexicaines, un argentin, une danoise, une anglaise, un gallois, un francais (moi), un roumain, un bulgare, une allemande, un canadien et une russe! Plus international c'est difficile de faire.
Bon sinon la ville de Belgrade n'a pas présenté de grand intérêt pour moi, c'est gris et triste. A part le château sur la jonction entre la Sava (fleuve venant de Zagreb) et le Danube, assez bien conservé et agréable pour se promener. A noter aussi la cathédrale (qui est orthodoxe, les serbes sont orthodoxes) qui n'est pas terminée. De l'extérieur assez majestueuse sans trop être tape à l'œil, et à l'intérieur... un squelette de béton! Une petite partie est destinée au culte de Jésus avec des bougies et quelques tapis, et tandis qu'un faible chant religieux tente de distiller une ambiance solennelle, les marteaux-piqueurs ou perceuses résonnent dans le dôme en béton, un contraste auditif (et spirituel) surprenant!
Bon sinon on a une sorte de kebab serbe (viande dans une galette grasse) pour 1,5 euro ou une pastèque de 12 kilos pour un euro! (huuuum les tranchifiacres!) La monnaie est le dinara : 1 euro = 100 dinara (pour simplifier). Le plus petit billet est de 10 dinara. Donc on paye tout le temps avec des billets, très peu de pièces sont en circulation! C'est déroutant. Essayez d'imaginer que vous payez tout avec des billets de 10, 20 ou 50 centimes d'euros! Une liasse de 100 billets de 10 dinara, c'est 10 euros...
Tout le monde me parle de Rakia aussi, la liqueur locale, que je découvrirai plus tard lors du festival de Guča. Une vrai institution cette liqueur.
Maintenant, avant de poursuivre, quelques explication sur ce que j'ai cru comprendre de ces pays d'ex-Yougoslavie.
La Yougoslavie était un pays fédéral depuis quelques dizaines d'années, mais dont le pouvoir était plus ou moins centralisé et contrôlé par Belgrade, état serbe. Les différents états (capitales entre parenthèses) étaient : Slovénie (Ljubljana), Croatie (Zagreb), Bosnie-Herzégovine (Sarajevo), Monténégro (Podgorica), Serbie (Belgrade), Macédoine (Skopje), Kosovo (Pristina).
Petit à petit, depuis le début des années 90, chaque état a voulu son indépendance. Je ne sais pas comment ça s'est passé pour la Macédoine. En 2006, la Yougoslavie ne comptait plus que la Serbie, le Monténégro et le Kosovo. Monténégro est indépendant sans problèmes depuis 2006, Kosovo depuis 2008 mais les serbes ne l'entendent pas comme ça... it's complicated comme on dirait sur facebook.
L'histoire que j'ai essayé de comprendre est plus entre Serbie, Bosnie et Croatie, l'objet des guerres des années 90.
En 1991 la Slovénie déclare son indépendance. Une petite guerre éclate mais dure 10 jours puis c'est fini (en gros).
Ensuite c'est plus compliqué. Les croates sont catholiques, les bosniaques sont musulmans, et les serbes sont orthodoxes. Jusque là c'est facile. Les croates déclarent leur indépendance. Belgrade n'est pas d'accord, guerre, etc. Le truc c'est que la guerre est faite par des soldats de l'armée yougoslave, donc des croates contre des croates parfois, donc il y a des histoires de désertion et tout et tout. Ensuite bon la Croatie obtient son indépendance. Puis les bosniaques la veulent aussi. Sauf qu'en Bosnie, il y a des serbes, et des croates. L'indépendance est votée par la majorité (45% de bosniaques et 15% de croates de Bosnie). Mais les 40% de serbes de Bosnie ne sont pas d'accord (sans doute pour des raisons de droits etc.) et créent une République Serbe de Bosnie, puis sont aidés par les serbes (de Serbie, vous suivez?) pour se libérer et pour faire la guerre en somme. Sauf qu'ils se font donc tous la guerre en Bosnie, entre anciens voisins et compagnons d'apéro. Certains serbes de Bosnie se rangent donc dans les rangs des copains bosniaques, d'autres auprès des serbes, certains croates se rangent avec les bosniaques et d'autres contre les bosniaques finalement, et aussi contre les serbes. Bref une grande pagaille et là, moi je suis déjà perdu. Le problème, c'est que chaque état qui veut sont indépendance, la veut pour son ethnie principale, et chaque ethnie veut garder son identité ethnique. Un serbe de Bosnie après l'indépendance restera serbe et n'aura pas de papiers bosniaques par exemple. Le type croate de Bosnie qui m'a pris en stop est croate dans ses papiers, même si, durant la majeure partie de sa vie, et depuis sa naissance, il est né en Bosnie. En gros, si on nait en France, de parents catholiques, orthodoxes ou musulmans, on est français. Si on nait en Serbie, en Bosnie ou en Croatie de parents musulmans, on est bosniaque... à vie!
Sujet parfois difficile à aborder, je le verrai par la suite. Parfois il vaut mieux écouter seulement, et ne pas montrer d'opinions, même louables. On n'est pas obligé d'être d'accord, mais on ne va pas dire a un serbe qu'on est tous égaux. Ou alors si, mais les étrangers, comme les francais, les allemands, les australiens (pas les américains) sont plus égaux que les bosniaques en général (aux yeux des serbes)... Bref, il y a du boulot pour comprendre. Parfois je me suis dit qu'il va falloir attendre l'ouverture de ces pays et une ou deux générations pour que ces considérations ethniques s'estompent, un peu comme on a dû attendre ma génération pour effacer tout grief entre allemands et français.
Je ne pense pas avoir fait le tour et je me suis peut-être trompé sur quelques trucs, ça résulte de ce que j'ai cru comprendre... Le choc entre ma culture et mes acquis identitaires et ceux de cette région de l'Europe est en tous cas brutal mais intéressant!

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