Le Chikungunya, ça n’a de rigolo que le nom. Il parait que ça peut s’avérer dangereux dans certaines conditions comme être vieux, asthmatique, dépressif ou unijambiste.
Mais je ne fais partie d’aucune de ces catégories sociales, donc je suis passé à travers la maladie comme à peu près tout le monde.
Alors avec un nom pareil, soit vous riez à l’évocation de la maladie, soit vous en avez la chair de poule. Je vais remédier à chacun de ces maux en vous expliquant en gros comment j’ai passé les derniers jours.
Jeudi soir, je marche sur mon trajet habituel qui mène à l’orphelinat en compagnie d’Helena, tout en énumérant tous les petits bobos récemment attrapés, pour me faire plaindre comme chaque homme aime à le faire en bonne compagnie. Cependant ce jour-là j’entassais vraiment un bon nombre d’écorchures et de douleurs. Je m’étais écorché des orteils en jouant au football, et l’un d’eux commençait même à chasser son ongle associé. Mon pouce gauche retourné sur une mauvaise réception de balle au criquet me faisait souffrir convenablement et mon genou droit commençait à se plaindre aussi, parce que c’était la mode. Mais il y avait une douleur dont je ne trouvais pas l’origine : mes deux pieds présentaient des symptômes ressemblant à des entorses, et la douleur grandissait. En même temps tous les muscles de mon corps m’annonçaient la fièvre à venir.
Je me couchai tôt, mais ce ne fut pour pas grand-chose : La fièvre est arrivée très vite, la sueur toute la nuit, les frissons, froid-chaud. Ça y’est je suis en plein dedans. Le lendemain, nous allons voir le docteur et tout le toutim comme j’ai déjà raconté. Mais le fait étrange avec cette maladie-là : je suis tout bloqué. J’ai du mal à tenir sur mes pieds. Le poids de mon corps sur eux provoque une vive douleur, tandis que les articulations, chevilles, orteils, genoux sont tous bloqués. Je dois aussi marcher recourbé, mon dos me faisant tout autant souffrir. Le lendemain, le mal attaque mes mains et il me devient difficile d’utiliser mes doigts même pour taper au clavier. Vraiment désespérant comme situation. Enfin c’est une réflexion de malade plaintif, il doit y avoir bien plus désespérant en fait. Je suis resté au lit à suer à grosses gouttes, à ne presque pas pouvoir bouger à cause de ces douleurs arthritiques aux jambes et mains.
Toutefois au bout de trois ou quatre jours, la douleur s’est estompée, la fièvre est retombée aussi subitement qu’elle est arrivée, elle a claqué la porte sans même dire au revoir. Alors même si les douleurs articulaires persistent, toutefois moins fortes, je croyais en avoir fini avec le Chikungunya. Mais non. Un jour après la tombée de la fièvre, le corps se couvre de plaques ou boutons rouges. Ça se voyait pas chez les enfants à cause de leur peau noire, mais on le voit mieux sur les parties encore claires de mon corps. Et ce serait marrant, si ça ne s’accompagnait pas de démangeaisons infernales. Sur tout le corps, pas un centimètre de peau qui ne me démange pas. Impossible de dormir. On ne gagne le sommeil que sur la fin de la nuit quand la force du sommeil surpasse enfin celle des démangeaisons. Il faut bouger, sans cesse, pour oublier ces petites bêtes imaginaires qui vous mordillent la peau. Oui, car l’immobilité mène à cette sensation de milliers de petites bébêtes qui picoreraient à la surface de la peau. Si on veut laisser faire, laissant une jambe immobile, on lutte et la démangeaison recouvre toute la peau qui entoure la jambe, puis c’est tellement intenable qu’arrive la sensation de la disparition de la jambe. Comme si elle avait été avalée par le néant, on ne la sent plus, et elle est complètement hors d’atteinte d’esprit. C’est terrifiant, donc il faut bouger, toucher sans cesse la peau, se tortiller. Ah j’ai bien rigolé pendant les quatre jours de démangeaisons!
Voilà pour les effets secondaires. Une fois ceux-ci s’étant estompés (quoique que dix jours après j’aie encore cette sensation désagréable d’entorses aux chevilles), les effets tertiaires sont apparus. Mais ceux-ci ne sont pas à vrai dire la conséquence seule de la maladie. C’est un ensemble de choses, c’est le déroulement de l’aventure de ma vie, c’est un ensemble de signes que certains me disent du destin, d’autres de Dieu, et que j’appelle opportunités de choix (parmi d’autres noms). Bref, une vieille plaie refait surface juste après la visite de mon ami le Chikungunya. Une opération il y a trois ans pour m’enlever des bouts de chair infectées au niveau du coccyx s’était bien déroulée et je l’avais presque oubliée. On appelle ça un kyste pilonidal, ou la maladie de la jeep, parmi d’autres noms. Eh bien voilà, ce que l’on ne m’avait pas dit, c’est que la pratique trop fréquente de la bicyclette pourrait faire resurgir le problème. Et je viens de faire 2000km à vélo. Et maintenant, la douleur réapparait avec son urgence d’une nouvelle opération. Effets secondaires de tout mon voyage, de tous mes choix, je ne peux que réfléchir, après avoir pris les dispositions les plus urgentes : réserver un avion de retour pour la France dès que possible afin de me faire opérer chez moi (même chirurgien, doux foyer pour ma convalescence d’environ un mois après la charcuterie).
Alors j’annule le voyage en Malaisie, j’annule la suite de mon voyage pour 2010. Je songe à reporter mon arrivée programmée en Australie avant la fin de l’année. Je rentre en France après tout de même trois mois et demi de découverte, de plaisir, d’émotions, d’amour sur les routes du sud de l’Inde. Question: qu’est-ce qui m’embête le plus? Ne pas continuer sur la Malaisie? Il faut dire que le choix s’est fait par hasard spontanément lors d’un moment de doute après une étape du voyage. Rentrer prématurément? Ne pas être capable de voyager loin ou longtemps? Me faire opérer de nouveau? La possibilité d’un retour à une vie trop ordinaire? La perspective de ne plus jamais pouvoir parcourir de longues distances à vélo, alors que je commençais à apprécier énormément? Ce ne sont que quelques pétales dans le bouquet de questions que m’offre ce revirement de situation. J’y ai beaucoup pensé, et je crois que j’ai trouvé des réponses, enfin des réponses à ce que je fais de ma vie, à la lumière que je dois suivre, à la manière de faire mes choix. Alors que j’écris ceci en transit à l’aéroport de Bahreïn, je suis encore en plein dans ces questions et réponses de l’âme, et dans ma tête des milliers de petites idées surgissent des bulles d’une ébullition qui ne s’arrête que lors de mon sommeil depuis quelques jours. Je ne vais pas répondre alors et tout révéler maintenant, car la cuisson n’est pas finie, et de nouveaux ingrédients ne vont pas manquer de s’ajouter dans les prochains jours ou semaines en France.
Mais maintenant, tout le monde sait : je suis de retour en France. Et, je crois que cette fois-ci, ce n’est pas pour mieux repartir, en tous cas pas dans un proche futur. Toutefois, ça ne m’empêchera pas d’avoir encore des choses à dire. Le voyage continue, car j’ai acquis la conviction qu’il n’est pas seulement géographique.

6 commentaires:
Oui, ce que tu a fait c'est ce que tu doit faire . Et la maladie que tu a prends étais très mauvaise . Dorme bien pour reprendre l'énergie .
Pardon moi . Mehrdad
Mince, c'est dommage pour la Malaisie, j'y ai voyagé un peu y a deux ans et c'était vraiment super, je pense que c'est une excellente idée d'y aller ! Sinon, bon retour au pays !
Bon retour du coup. Rétablis-toi vite et qui sait, on se croisera peut-être quelque part ici ou ailleurs...
Continue ton cheminement.
Bisous !
Sabrina (Tram-ooyll)
Après une sage décision de se retaper, et oui le voyage n'est pas seulement géographique... juste un petit oublie de penser à l'état du corps avec tous ces chouettes périples... Le corps ne va pas sans la tête et la tête sans le corps. Bon retour, et si tu regardais à coté de chez toi avec les yeux du voyageur, n aurais- tu pas aussi quelques belles découvertes et quelques belles âmes? bonne continuation et prompt rétablissement
; )
C'est vrai, j'avais un peu zappé la santé, c'est pas bien :)
Bien sûr que j'ai de plus en plus envie de regarder chez moi comme un voyageur, et c'est probablement ce qui va se passer dans les mois à venir.
Bon sinon, j'essaie de mettre à jour, dans quelques jours peut-être. Il s'est passé plein de choses qui ne me laissent que peu de temps en ce moment...
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