samedi 19 juin 2010

Quelques conseils inutiles, pour faire du vélo en Inde

Voilà un article qui ne vous sera d’aucune utilité si vous projetez de faire la même chose que moi (et que d’autres bien avant moi).
C’est encore une de ces listes de conseils que vous lisez pour vous rassurer, avant de partir. Ça se lit d’un trait. On croit comprendre, on se fait des images. Mais finalement on oublie vite, parce qu’il n’y a aucun lien avec ce que l’on connait. On fera les erreurs qui sont écrites en gras et clignotent tout autour, alertant «à ne surtout pas faire!». Justement, on la fera l’erreur.
Puis lorsqu’on s’est enfin décidé, on part. Les listes de conseils sont dans le sac, on ne les sortira jamais. C’est comme quand on lit les meilleures réponses à avoir en entretien d’embauche. Quand la question arrive la première fois, finalement, on oublie totalement qu’on l’a révisée, on se plante, mais on apprend. Alors toutes les choses de la liste de conseil vont arriver, et puis d’autres aussi, on va étudier au fur et à mesure les meilleures réactions à avoir. Puis à la fin de l’aventure, sans que l’on s’en soit rendu compte, on maitrise le monde qui nous entoure.
Alors on retourne lire par hasard les conseils d’avant départ. On s’aperçoit qu’on n’a rien suivi du tout au départ, et qu’à la fin on s’en sort quand même.

Voilà donc ma propre petite liste. Qui ne servira bien sûr à personne. Si ce n’est à donner le courage de partir soi-même dans sa propre aventure.

Comme pour un article précédent, je dois tout d’abord préciser que si parfois dans cet article je parle de vélo en Inde, je veux simplement dire ‘‘dans le Tamil Nadu’’. Puisque je n’ai eu d’expérience que dans cet état, tout au sud de l’Inde. Il parait par exemple que le sud de l’Inde est 100 fois plus relax que le nord, et que la route est 10 fois moins dangereuse. Je n’ose pas imaginer encore faire du vélo dans le nord!

De plus, ces conseils sont surtout valables pour les routes secondaires, voire de campagne que j’ai parcouru le plus possible, bien que j’aie parfois été obligé d’emprunter de féroces axes routiers pour rejoindre une plus grosse ville ou parce que je n’ai pas réussi à faire comprendre aux gens à qui je demandais mon chemin que je préfère passer par les petites routes et que je ne veux pas gagner du temps.


- Premier danger : Les conducteurs curieux
Sur la route, on croise des véhicules de toutes sortes, de l’âne au 38 tonnes, et des trucs que nous européens ne pouvons même pas imaginer. Pourtant, ceux que les indiens ne peuvent même pas imaginer, c’est un étranger sur un vélo (qui plus est un Hercules) là où l’on n’a jamais vu un touriste de mémoire de tamoul. Donc, ils vont être méga-curieux. Les types dans les camions vont se rapprocher de vous à l’extrême, vous poussant presque dans le ravin, juste pour vous voir de plus près et même vous faire de grands signes de bienvenue!
Sur des routes peu fréquentées, ça va en général, il n’y a pas trop de risques d’incidents. Mais quand il y a des véhicules dans tous les sens, et que le pilote inconscient ne regarde plus la route, il faut vraiment prendre garde. Dans ce cas, le conseil de base, c’est de l’ignorer. Parfois, un motocycliste se met à votre hauteur, vous parle et tout. Il ne regarde plus la route, ou juste du coin de l’œil. Il est simplement curieux et veux vous parler en paix, mais en fait, il ne surveille que sa propre conduite, et ne se rend pas compte qu’il vous force à rompre le rythme ou à vous diriger vers la bande centrale (qui n’est d’ailleurs là que pour décorer). Il faut donc être vigilant pour soi-même, et s’il faut, totalement ignorer le type. Ce n’est pas grave, il y en aura d’autres plus tard à contenter de votre sourire.

- Les klaxons
Il y en a de toutes sortes, du plus petit pouêt-pouêt parfaitement ridicule jusqu’à la terrible sirène hurlante. Parfois un gros klaxon sourd de paquebot retentit derrière vous, et vous vous jetez dans le bas-côté sans prendre le temps de vérifier la taille du semi-remorque qui veut vous dépasser. Et c’est en fait une simple moto de base qui vous double en pétaradant. Frustrant. Donc on apprend au fur et à mesure à ne pas se fier qu’au bruit du klaxon, mais à tous les éléments environnants, bruits de moteurs, largeur de la route, fréquence des véhicules de chaque sorte, lumière, chaleur, pente ou côte, virages... En gros, le seul conseil que je peux donner là, c’est de toujours choisir la solution de sécurité, quitte à se mettre dans le caca du fossé, en cas de léger doute. Ah, et aussi il faut aussi encore abaisser la limite habituelle entre la certitude et le léger doute!

- Flâner
Alors, je peux en donner des conseils là-dessus, moi, distrait comme je suis! Flâner, n’est pas vraiment très approprié. Pourtant c’est bien agréable, de rêvasser un peu en pédalant dans la liberté, mais il est très fréquent de se faire réveiller par un klaxon immonde rugissant d’on ne sait où. De plus, moi-même je me suis souvent fait avoir à laisser trainer mon regard sur une chose ou l’autre intéressante au bord de la route, pensant dur comme fer que j’avais inspecté la route assez pour un répit de 10 secondes. Pourtant, ici comme en montagne, le temps peut changer un instant; et là où l’on ne s’attend pas du tout, mais alors pas du tout à un danger, eh bien il y en aura un.
En gros, pas de répit, il faut être vigilant à chaque seconde de chaque instant... Haha, je me fais bien rire!

- Les descentes
Là c’est encore autre chose. En descente, faire profil bas. Si c’est une petite descente tranquille, rester vigilant car les gens ne se rendent pas compte avec leurs véhicules qu’en descente ils ont plus d’inertie, et qu’il leur faut plus de temps pour s’arrêter ou pour un réflexe. Les indiens ne voient pas en 3D, ni en 2D d’ailleurs. Pour eux, il y a un point B quelques mètres devant leur véhicule A, et il faut l’atteindre le plus vite possible, en faisant un trait bien droit. Le plus court chemin.
Du coup, en montagne, c’est encore plus risqué. Les gens coupent les virages. Sans visibilité. Ça sert à rien de leur faire des signes, ils ne vous voient qu’au dernier moment, quand tout le monde fait une incartade d’un côté ou de l’autre et que vous fermez déjà les yeux. Il faut donc le savoir. Un virage sans visibilité, une chance plus que probable de voir débouler une camionnette qui double un bus dans la montée, avec deux ou trois motos qui essaient aussi de passer en zigzag.
Et en descente, en montagne, surtout, surtout, ne pas trop se fier aux freins, ils sont dix fois moins efficaces que ceux des voitures. Donc il faut rester toujours à distance de chaque véhicule qui ralentit devant pour avoir le temps de freiner.

- Niveau technique
Faire un check-up complet de son vélo souvent, c’est pas cher, et ça évite de mauvaises surprises, des pièces qui cassent au milieu de nulle part. Moi, si elles ont cassé, c’était toujours en face d’une boutique de vélo. J’avais de la chance de faire l’erreur du manque d’entretien quand j’étais dans le nord où il y a des vélo-shop partout. Mais plus loin dans le sud il fallait parfois marcher pendant des kilomètres.

- Chercher une rue
Toutes les rues dans une ville ont un nom, comme chez nous. Mais aucune rue n’affiche de nom (sauf à Pondichéry, où chaque rue possède 3 ou 4 noms!). Aucune. Et bien évidemment, personne ne connait ces noms. Si vous demandez à un type où se trouve la rue Machin-chose, et qu’il y a vécu toute sa vie, il vous regarde en disant «heinnnn?»
Ou alors il va répondre du tac-o-tac : «tout droit, puis première à gauche», alors qu’il n’en a aucune idée. À 90%, cette réponse signifie que le type ne sait pas. Il faut le savoir, c’est un langage. Les 10% qui restent vous permettent de galérer un peu plus.
Alors, plutôt que de chercher une rue particulière, il vaut mieux (il est même nécessaire de) demander un lieu, restaurant, hôtel, temple, etc. On répondra toujours «opposite truc-bidule» c’est-à-dire «en face de truc-bidule». C’est assez marrant ça, ce n’est jamais «à côté de machin-chouette», c’est toujours «en face de truc-bidule». Un langage particulier je vous dis.

- La peur?
On me demande souvent si je n’ai pas peur de partir à vélo sans savoir où je vais. En fait, il n’y a pas grand-chose à craindre. Comme pour beaucoup de moments dans la vie, on apprend vite à se débrouiller. J’ai remarqué une chose : une fois qu’on arrête de songer à ce qui pourrait bien se passer de mauvais, toutes les bonnes choses arrivent. Quand on décide enfin de se laisser aller sans penser à l’arrivée, alors le chemin prend du relief, et épouse la forme de ce que l’on cherchait vraiment, de nos rêves.
On n’a plus peur, quand on oublie le futur proche.

- Bonus
Jetez un coup d'œil sur cet article-là de Korakor en Inde. C'est sans doute plus complet...

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Merci pour ce "bonus" de conseils. J'admire ton aventure et ton esprit d'ouverture. Est-ce un but atteint ou une étape dans ta vie ? Pourras-tu encore t'enfermer dans une boîte malsaine, si ce n'est l'aspect pécunière, comme bobst ???

Avec toute mon amitié
Abhishi

toortoth a dit…

non, je ne crois pas que je pourrai supporter de nouveau...

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