lundi 7 juin 2010

Kanyakumari! Et maintenant?

Alors ça y’est, les derniers kilomètres vers le sud de l’Inde ont été franchis. A ce point-là, je ne peux plus continuer. Kanyakumari est le point le plus méridional du pays.
Un bateau emmène les touristes sur un rocher au large, battu par le vent et les énormes vagues de l’Océan Indien. Deux rochers en fait, l’un surmonté d’une grosse statue d’un poète, et l’autre d’un imposant édifice à la mémoire d’un autre poète indien du siècle dernier, Vivekananda. Mais je ne sais qui ils sont, et pour l’instant, je ne m’en préoccupe pas trop, car j’ai besoin de savoir qui je suis moi. Et là, au bout du continent, en face de l’immensité océane, je reste à contempler l’infini, comme j’ai pu le faire souvent du haut de ma dune à Biscarrosse, ou d’un rocher en Bretagne. En fait, il n’y a rien à voir là-dedans (les indiens qui me voient planté là de longues minutes s’étonnent!), et justement pour cette raison, il y a tout à voir. C’est le meilleur point de vue que je connaisse pour s’observer soi-même : l’infini océan, l’horizon légèrement courbé dont la parabole nette nous renvoie toutes les images de nous-même...

A Kanyakumari, je veux rester là sans rien faire, je veux dire seul avec moi-même, réfléchir au temps passé, et à celui qui arrive. Je me donne cinq jours, pour commencer, et me mets à chercher un petit hôtel. Coup de chance, le premier lieu que je trouve est un ashram super tranquille, une sorte de bâtiment avec des chambres très propres et calmes, qui fonctionne grâce aux donations généreuses de gens aisés qui pour une raison ou une autre veulent faire ce geste. Je n’aurai qu’à faire une donation du montant que je veux pour mon passage ici. La plupart des gens sont là dans un but religieux ou dans une recherche spirituelle. Je ne suis pas vraiment dans le même état d’esprit, bien que je cherche aussi à pratiquer une sorte de méditation, avec mes propres outils, dont la mer principalement.

Je suis là, tout au bout, j’ai atteint la destination que je m’étais fixée en premier lieu. J’avais dans la tête qu’après Kanyakumari, je remonterais sur la côte sud-ouest, l’état du Kerala, toujours en vélo. Ça restait toutefois un brouillon d’idée. Et alors, parfois, quand on atteint une destination, que l’on conclut un projet, un grand vide s’installe. Le futur, celui que l’on imaginait plus ou moins, a disparu. Il a emporté avec lui tous les petits moments instantanés qu’il promettait.
Je pensais que je ne me poserais pas de questions. Mais inévitablement, la question arrive avec la disparition du futur : et maintenant? Il est possible d’avancer indéfiniment et impossible d’avoir tout vu. En fait, selon moi, le monde est plat. Je sais que la terre est sphérique, mais le temps l’aplatit. Avancer, voyager, toujours dans une ligne courbée par les routes, les chemins, les rencontres, les vagues et les nuages, les aventures et les hasards, les opportunités et les décisions. On pourrait faire le tour dans un sens ou dans un autre, enjamber les latitudes, bondir par-dessus les longitudes, gravir les altitudes. Mais quoi qu’il arrive quand on revient aux coordonnées d’un lieu déjà visité, déjà habité, le temps aura passé. Le temps aura changé le lieu en un nouveau, toujours rempli de surprises, de chemins disponibles, de rencontres possibles, d’aventures inédites. Latitude, longitude, altitude ont les mêmes valeurs, mais le temps leur a donné une autre couleur. En cela le monde est plat. En cela personne, vivrait-il des milliers d’années, ne peut le connaitre totalement.
Ainsi j’ai avancé jusqu’à maintenant, et alors j’ai envie de rester quelque part pour voir les couleurs changer. Après les avoir observé un moment, j’aurai envie d’aller observer les couleurs d’un autre endroit. Puis de rester. Puis de bouger. Je ne sais pas où, je ne sais même pas pourquoi.

Stop!
Maintenant, je ne veux plus pédaler. Et puis, je crois que je ne veux plus être en Inde. J’y reviendrai plus tard, car j’en suis encore curieux, mais stop pour l’instant. Enfin, j’ai deux-trois choses que je dois faire avant de partir :
1/ revenir quelques jours à Dharmapuri, et finir le site internet de l’orphelinat Peace Children Care Home. Ça traine, et je veux que ça fonctionne. Il y a trop de choses promises en Inde par des politiciens véreux, et dissipées après les élections, des pierres inaugurales entourées de vieux lierre, ou des panneaux promettant de beaux projets sociaux qui rouillent dans un coin de campagne et qui ne seront jamais remplacés par leurs promesses. Je ne veux pas en rajouter un. Je vais finir ce qui a été commencé.
2/ aller rendre visite près de Mumbai à des gens d’un village, comme je l’ai promis à un ami.
3/ récupérer un paquet à Kochi (Cochin) dans le Kerala, que l’on m’a envoyé en Poste Restante. Il devrait arriver dans un mois.

Donc, au programme, quelques aller-retour nord-sud. Et un nouveau départ. J’ai mon billet d’avion, acheté hier spontanément en profitant d’une offre à bas prix, au départ de Kochi.
Destination? Surprise! Le 26 juillet, si tout va bien, je décollerai pour un nouveau pays, qui s’est avéré être par les hasards des offres commerciales... Ha! Mais vous croyez que je vais lâcher la pastille comme ça? J’ai dit surprise!

Maintenant, j’ai cinquante jours de pérégrinations avant mon départ, et quelques idées en tête pour la suite. Je ne sais pas si elles sont réalisables, mais je vais faire mes recherches.

Demain, après cinq jours seul avec mes pensées, au revoir le point le plus méridional d’Inde, au revoir la mer. Action!

4 commentaires:

John Smith a dit…

je souhaite vivement que tu recupere ce paquet et que tu puisses passez une journee avec ma famille...ca en vaut la peine...au moins pour eux

vivekananda est l'un des plus grand philosophe ayant marche cette terre...une bonne lecture

Je me suis moi aussi assis sur ces roches, devant ce point de rencontre de 3 eaux...face a moi-meme, face a 4 mois de velo...face a la vie et a mon present...belles epiphanies que tu partages avec nous

belle route et suis ton instinct....et ton coeur

Anonyme a dit…

Keeven et Xavier,

que de plaisir de vous lire tous les deux en même temps.

bonne continuation cher Tourto et à bientôt j'espère...

yvan

Anonyme a dit…

Salut. Je suis très heureux que tu avait des bon jours dans cette grand pays ( Inde ) . Tu peut revoir ce que tu a vu et ce que tu n'a pas vus . Bon voyage mon cher ami Xavier . ( et je pense que tu va au Australie , c'est juste ? ). Au te revoir dans cette petite monde . Mehrdad

toortoth a dit…

keveen, merci de la précision pour Vivekananda. D'ailleurs il est sur ma liste de lectures futures... Voici un petit lien pour les feignants : http://fr.wikipedia.org/wiki/Vivekananda

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