A l’est d’Ooty, ça redescend vers la jungle, le côté vert du sud de l’Inde. Il y a là-bas un parc national de conservation de la faune sauvage (wildlife sanctuary). J’avais envie d’y aller faire une petite excursion, et bien sûr de descendre à vélo. Le type de l’office qui gère le parc m’avait déconseillé d’y aller en vélo, et même interdit, car trop dangereux. Il m’avait dit d’ailleurs que c’était formellement interdit aux vélos et que la seule manière d’y aller est en bus. Moi, je me méfie toujours des informations officielles et uniques. Je me suis renseigné à plusieurs personnes, en demandant quelle est la route vers Masinagudi (le village au centre du parc). Tous m’indiquèrent celle que je savais, même les nombreux policiers de la circulation, et personne ne me fit part d’une quelconque interdiction, mais seulement de bien vérifier l’état de mes freins. Le marchand de vélos qui vérifia mes freins et fit d’ailleurs le check-up complet de ma monture et changea quelques pièces pour moins d’un euro me précisa aussi de bien faire attention, mais que ce n’était pas très dangereux. Mon avis, c’est que les autorités, elles ne veulent pas avoir de problèmes diplomatiques de n’importe quelle sorte, alors elles disent tout simplement aux touristes étrangers que la moindre activité qui présente un danger est interdite. Ainsi, seuls les indiens mourront parce qu’un bus aura roulé comme un fou et tué ses passagers, mais ce n’est pas grave tant qu’il n’y a pas de répercutions diplomatiques, ou économiques (pression des autres pays pour augmenter la sécurité des transports ou fermer des routes par exemple).
J’entame la descente, et il faut dire que c’est quand même une route bien dangereuse, 1800m descendus en 15km, ça doit bien faire du 12% de moyenne. La pente est parfois si forte qu’il est impossible de s’arrêter totalement en vélo, malgré la force maximale que l’on puisse exercer sur les freins. Mes mains en rougissent atrocement.
De nombreux virages en épingle à cheveux vous donnent des frayeurs en vous mettant face au vide impressionnant.
Mais je dois dire que cette descente valait sacrément le coup. On voit petit à petit le paysage, la faune et la flore changer. Les théiers cèdent la place à des arbres immenses, et une forêt qui se rapproche plus de ce que l’on peut appeler une jungle, mais pas vraiment impénétrable encore. La terre est passée de l’ocre au gris-noir.
L’atmosphère se fait plus humide et la chaleur monte lorsque je descends. Les singes, une race qui n’était pas présente de l’autre côté de montagnes, me saluent avec leur longue queue de près d’un mètre ou plus. Quelques panneaux annoncent l’entrée de la réserve naturelle, où l’on peut observer de nombreux animaux sauvages, et si on a la chance, des tigres. C’est l’endroit en Inde où il y a la plus grande quantité de tigres et d’éléphants sauvages.
Je fais un petit écart dans un petit village, Bokkapuram, avant de me rendre sur Masinagudi où j’avais réservé une chambre, et j’y fais la rencontre de John, un anglais la cinquantaine sur sa superbe Royal Enfield 2006. Il m’invite alors à boire une bière bien fraiche chez lui, à 2km au milieu de la jungle. J’accepte avec plaisir! Encore une très bonne rencontre. John est un anglais dont la famille a vécu dans la région depuis cinq générations. Après avoir passé une bonne partie de sa vie en Angleterre à diriger des compagnies diverses, il décida de s’installer dans la jungle pour sa retraite. Il fit construire une superbe maison bien loin de la civilisation, au pied d’une montagne majestueuse, un petit coin de paradis bien entretenu au milieu de la jungle. Et j’avoue que lorsqu’il m’invita à y rester je fus bien content. En fait, sa femme l’ayant quitté il y a quelques temps, il manquait un peu de compagnie dans ce coin perdu où personne ne passe. Il a entendu parler du Couchsurfing il y a deux mois, s’est inscrit, et depuis reçoit un tas de gens chez lui avec grand plaisir. Ainsi une canadienne et une australienne restaient aussi chez lui quelques jours à ce moment-là.
Un vrai repos que cette maison, d’où on entend tous les sons de la jungle, mais aucun bruit de la civilisation, klaxon, foule et autres perturbation phonétiques. Tout confort, avec un grand frigo pour conserver des bières au frais. Un petit plaisir que je ne refusai pas. Nous passâmes la soirée à discuter, et la vie de John est un vrai roman, il faut le dire.
Je ne vais pas tout raconter, j’encourage plutôt à le rencontrer, mais en gros, cette personne très joviale est un entrepreneur, qui a toujours voulu créer de l’utilité, et non seulement de l’argent facile. Il a été très loin dans ses projets. Il a dirigé des entreprises dans la production musicale ou dans la téléphonie mobile. Il a aussi à raconter de nombreuses histoires de famille, entre l’Angleterre et l’Inde alors colonie. John est une personne bien aisée, à qui il importe peu le jugement des autres sur sa fortune. Il ne montre pas, il vit seulement avec ses moyens, ne se prive pas de confort, sans toutefois s’encombrer de superflu. C’est une personne humble et terre à terre, et surtout non pourrie par sa fortune. Ça fait plaisir de rencontrer des gens pareils, de savoir qu’ils existent.
C’est peut-être un truc insignifiant, mais il m’a raconté la peur de l’accueil qu’il aurait lorsqu’il s’installerait en Inde. En effet, il est conscient, lui, que l’Angleterre a vraiment pillé et violé ce pays, comme la France, l’Espagne ou d’autres ont fait avec toutes leurs colonies. Toutes les richesses de l’Inde presque volées, sous couvert d’une supériorité de ‘‘civilisés’’, et de l’apport d’éléments culturels pour lesquels le pays n’était pas adapté. Puis lorsque ça a chauffé avec Gandhi, l’Angleterre s’est retiré gentiment, consciente qu’elle pourrait maintenant se laver les mains en laissant les rênes d’un pays dévasté par la servitude à des personnes non éduquées qui seraient vite corrompues. John pensait donc que l’accueil que les indiens lui réserverait serait désagréable parce qu’il était anglais, et il le craignait tout autant qu’il aurait compris cette rancœur. Au lieu de cela, il fut accueilli à bras grand ouverts, avec tout le cœur possible que ces populations peuvent mettre dans leur relation avec un étranger. C’est une image simple, mais elle en dit beaucoup.
Je veux dire, c’est tout même bien incroyable d’être reçus si bien par ces gens qui n’ont pas grand-chose, et de le rendre chez nous par l’indifférence et parfois la haine. Et même quand ces personnes ont voyagé en Europe, et ont affronté la froideur de l’européen face à l’étranger, ils n’en créent aucune vengeance. De retour chez eux, ils donneront encore tout ce qu’ils peuvent au visiteur.
C’est sans doute pour cela que l’ouest a pu coloniser et asservir si facilement les populations dites ‘‘non civilisées’’. Elles se soumettent pour le confort de leur visiteur, tandis que le visiteur en profite crapuleusement, il ne se pose pas de questions. Pour lui, ce sont des animaux, car ils ne vivent simplement pas comme lui, rien à comprendre de plus.
Retournons chez John, où j’eus un agréable réveil vers 5h30, lorsque l’aurore pointe ses couleurs, et que tous les oiseaux de la jungle y vont de leur plus beau chant. C’est une cacophonie agréable, qui annonce un lever de soleil superbe sur la montagne qui surplombe toute la plaine.
Malheureusement, de tous les animaux de la jungle je n’en ai pas vu beaucoup, ou plutôt, je n’ai pas vu les plus majestueux, mais il parait que c’est très rare : l’éléphant et le tigre sauvage. Cependant, les éléphants, en surnombre ici, sont si sauvages qu’ils en sont meurtriers. Certains sont domptés, et il n’y a rien à craindre, mais ceux des bois tuent, et seulement pour le plaisir, puisqu’après il vont manger les branchages des arbres. On croirait que c’est gentil, ils sont tous mignons, nonchalants qu’ils marchent. Mais ils peuvent vous atteindre en trois secondes depuis les quarante mètres qui vous séparent. Et ils ont tués deux personnes dernièrement, une canadienne, et son fils un mois après.
Ça fait un peu peur ces histoires. Puis quand une araignée qui ressemble à une mygale se promène doucement sur le plafond de la véranda où nous mangeons le soir, je perds un peu mon calme et ne peux plus suivre une seule conversation. Elle est là-haut, elle attend, elle n’attaquera personne, et n’est pas dangereuse, mais elle est là, et moi ça me terrifie. Je voulais dormir sur la véranda ce soir-là, mais je me suis bien ravisé!
Voilà donc les seuls animaux sauvages que j’ai pu voir, la promenade en jeep nous ayant approché seulement de quelques singes, faons, et surtout d’un tas de rochers et d’arbres sauvages. Et puis quelques éléphants, mais domestiqués. Enfin c'est beau un éléphant quand meme.
ah fallait la mettre celle-là!
Après ces deux jours, je remontai à Ooty, mais cependant, j’ai pris le bus, qui était bien rempli. Debout dans la foule, dans ce véhicule autorisant 50 personnes mais transportant le double, je n’ose pas regarder le vide des précipices, alors que nous ne roulons pas à plus de 10km/h!
Je fus content d’arriver en haut, pour la sécurité, et pour la fraicheur...

2 commentaires:
la nature humaine réserve heureusement pluisieurs surprises plutôt positives..
Spin
Kind words, Xavier! It was my pleasure to meet you and share a beer with you!
Best wishes,
Johnnie
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