lundi 24 mai 2010

Des noix de cocos en veux-tu en voila

Après Coimbatore, la route vers le sud-est passe à travers des champs de cocotiers, à perte vue. Il y en a sur des centaines de kilomètres carrés.

J’ai trouvé une petite route peu fréquentée qui traverse ces forêts aux rangées bien ordonnées d’arbres géants, et ce fut un vrai plaisir de naviguer là paisiblement. Toute la région a l’air de vivre des cocos, et un bon nombre d’établissements qui jalonnent les routes en utilisent toutes les ressources possibles. Sur des dizaines de kilomètres, je me posai un tas de question sur la filière coco et sur ces machines par-ci et tas de cocos usagées par-là. Mais alors une crise de timidité a trouvé le moyen de m’empêcher d’aller poser mes questions.
J’ai toujours été timide, mais trouvé petit à petit des moyens de contourner ce problème. Et lorsque je voyage, je travaille énormément à cela sans m’en rendre compte. Puisqu’il faut s’adresser aux gens, puisqu’il faut aller chercher l’humanité qu’il y a en eux et non pas l’attendre comme un bon client, j’efface mes appréhensions, et je fonce, j’oublie mes peurs injustifiées. Mais elles reviennent parfois, et aujourd’hui encore plus fortes.
Du coup je me maudis de cette attitude de retrait alors qu’il y a tant à découvrir tout autour de moi, quand un type à mobylette fait lui le pas de venir vers moi et de m’inviter dans son champ de cocotiers. Il est cultivateur et possède quelques hectares de cette ressource utilisée tant pour un en-cas dans la rue, que pour offrir à un dieu ou un autre dans les milliers de temples disséminés partout. Heureux de cette rencontre, je reprends petit à petit confiance en moi, et lui pose toutes les questions qui me trottaient dans la tête depuis des kilomètres. Voila le cycle de la noix de coco :
Un cocotier donne une cinquantaine de cocos tous les 45 jours. Une noix est vendue 6 roupies (0,1€), et coute sur le marché 10 roupies. Mon nouvel ami est étonné et impressionné quand je lui dis qu’en France nous l’achetons dans les 300 roupies! Les noix sont chargées dans des camions, j’ai vu ses employés en charger 6000 en quinze minutes. Le chef est assis à côté et fait des petits nœuds à une feuille de cocotier tous les 200, rustique mais efficace.
La noix de coco est consommée, puis les coquilles reviennent dans la forêt, où des entreprises, parfois les producteurs eux-mêmes, les passent dans des sortes de tambours géants qui vont les déchiqueter. On en extrait une sorte de laine qui servira pour rembourrer des coussins ou des matelas.
Voilà en gros, ce que j’ai pu comprendre. Pendant qu’il me raconte tout cela, il a envoyé l’un de ses employés chercher des noix de coco en haut d’un arbre. Il en dégotte une bonne dizaine, les ouvre avec une machette, et ce sera un festin pour moi, et presque l’overdose. Pour couronner le tout, il me remplit une bouteille de deux litres avec le lait de 6 ou 7 noix, que je pourrai consommer sur la suite de mon chemin!

Puis comme la journée passe, il m’invite même à manger dans un petit boui-boui d’un village proche. Cependant, lorsque je lui fais comprendre que je ne sais pas trop où je vais dormir, il me fait lui comprendre, après avoir discuté avec son beau-frère qui nous avait rejoint, que ce n’est pas une bonne idée de rester chez lui, pour des raisons obscures de langue et autres choses que je n’ai pas compris. Et en fait, c’est vrai que depuis que je suis passé plus au sud du Tamil Nadu, les invitations se font plus rares, les gens se font plus distants. Toujours intrigués et amicaux, mais plus timides et réservés. Et surtout, il devient plus difficile de passer dans le cercle familial. Même dans le nord, c’était aussi un peu comme cela, mais après quelques conversations, la confiance venait. Les esprits changent, mais je ne peux pas tirer de conclusions tout de suite, je verrai plus tard ce qu’il faut en penser.
Je continue alors en fin d’après-midi, et, las de penser que la providence me trouvera un bon petit coin où dormir, je me dirige vers une ville où je pensai trouver un chambre.
Udumalaipettai est une ville de passage dans laquelle je suis passé dans tous les petits hôtels (une dizaine) pour que l’on me dise à chaque fois qu’aucune chambre n’était disponible, ou alors une double, et bien sûr pour bien cher. Ils en avaient des chambres, et des chambres simples, je le sais. Mais il y a quelque chose dans cette région, et surtout dans le sud (je le verrai plus tard dans les villes suivantes jusqu’à Rameswaram), qui rend les gens réticents à louer une chambre à un homme seul, et je pense surtout étranger. Il y a un tas de raisons qui sont parvenues à mes oreilles, mais jamais très concluantes. J’en parlerai plus tard, car c’est à Rameswaram que la goutte d’eau a débordé.
Je me trouve finalement une chambre, après avoir gestuellement bavardé longuement avec un tenancier de la dernière chance.
Le lendemain, une quarantaine de kilomètres seulement me font arriver vers 10h à Palani, ville de liaison pour Kodaikanal. En effet, je me suis dit que je pourrais faire la liaison vers Madurai par une autre ville de montagne, Hill Station comme on les appelle ici. A Palani donc, je charge mon vélo sur un bus, et c’est parti pour 4 heures de montée ennuyeuse, empaqueté dans un bus trop chargé, afin de grimper les 60km qui nous séparent de la fraicheur, à 2200m d’altitude.

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