La descente de Kodaikanal, vers le sud, direction Madurai avait des airs de celle d’Ooty, mais franchement beaucoup plus amusante.
En roulant les cheveux au vent, je me suis dit que j’ai bien fait de passer par là finalement. La route est parfois un peu plus étroite et mal entretenue, mais il y a beaucoup moins de trafic, ce qui laisse la voie libre pour descendre serein et prendre un peu de vitesse lorsque ce n’est pas trop dangereux. Les paysages sont magnifiques, à flanc de montagne, vue sur des vallées immenses, des cascades, des forêts...
J’ai croisé des indiens qui remontaient en roller, les fous. Eux ils ont dit que c’était moi le fou! Il y a donc des indiens qui font du sport pour le plaisir. C’est vrai qu’ils sont plus d’un milliard, mais on n’en voit pas beaucoup gagner des médailles aux jeux olympiques.
La descente s’est étendue sur près de 60km, un bonheur. Mais lorsqu’arrive la plaine, c’est un autre climat qui m’attend, chaud, brûlant même. Dans les derniers kilomètres en roue libre, l’air ne me caresse plus la peau, il me la racle, tellement il crame. Au début, je peux bien le dire, c’était un enfer. Je ne m’attendais pas à ce qu’il fasse encore plus chaud qu’auparavant plus au nord et dans les terres. Je m’habituai et les nuages m’aidèrent en créant un voile entre le soleil et moi.
La route que j’empruntai était un raccourci non indiqué sur ma carte. Malheureusement aussi, c’était une route à peu près principale, qui menait à une grosse autoroute nationale. Moi ça ne me plaisait guère et je voulais passer sur une petite route secondaire qui mène à Madurai. Mais il me fut impossible de faire comprendre aux gens à qui je demandais mon chemin (les panneaux sont presque tous en alphabet tamil dans la région) que je préférais les voies secondaires. Ils me dirigèrent tous vers la grande autoroute. Je finis donc les 30 derniers kilomètres sur cette 4 voies où l’on ne s’étonnera pas de croiser vélo, puisque même des chars à bœufs y circulent, et parfois à contre-sens.
Ces autoroutes, c’est vraiment l’anarchie, il y a de tout : le gros camion chargé trois fois son poids autorisé, le tracteur avec une grosse remorque transportant un gros tas de bois ou de paille, le bus plein à craquer d’où déborde de la porte arrière une demi-douzaine de types bien cramponnés, le plus petit bus aux mêmes particularités, le SUV Tata ou Mahindra des privilégiés, la petite voiture bon marché Suzuki Maruti ou Tata Nano pour les classes moyennes dans lesquelles s’entasse toute la famille et les mascottes de Dieux hindous, la moto transportant deux, trois voire quatre personnes, parfois cinq avec le nouveau-né (et sans casques bien entendu), le scooter ou la mobylette TVR, le vélo avec un français dessus et un gros sac vert bizarre à l’arrière, le char à bœufs qui avance à moins de 8km/h, et enfin les piétons errants en bout de chaine. Ah j’ai oublié le type sur un vélo à trois roues dont les pédales sont à portée de main car il doit être paralysé des jambes. On croise tout cela sur l’autoroute, parfois à contresens même, pas casuellement, mais vraiment délibérément. Parce que ça embête les gens, quand ils arrivent sur l’autoroute à un point d’entrée sans carrefour, de faire deux kilomètres dans le sens contraire pour choper le croisement qui leur permette de faire demi-tour (il n’y a pas souvent de ponts). Alors ils préfèrent le contre-sens jusqu’au prochain carrefour.
Enfin, au terme d’une échappée de 120km, ma plus longue performance en une journée, j’étais bien content d’aller me reposer dans une chambre propre d’un hôtel qu’on m’avait conseillé. C’était 315 roupies la nuit, soit le double de ce je prends d’habitude sur mon budget, mais parfois, ce n’est pas du luxe de s’octroyer un confort relatif, surtout que cet hôtel en plein centre possédait la plus belle vue sur le grand temple de Madurai et ses tours colorées de centaines de Dieux miniatures.

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