lundi 19 avril 2010

Mais, ils sont où les hindous?

A l’aube du troisième jour, de vélo, je suis toujours en forme et motivé. Mes jambes sont un peu molles et se posent des questions,
‘‘il est devenu fou le boss? Il va continuer longtemps comme ça?’’, mais elles tiennent bon, et tiendront bon encore. Et c’est reparti, pédaler, observer la campagne si différente de celles que je connais, de France, d’Europe ou du Moyen-Orient, respirer, répondre aux salutations, sourire aux regards étonnés, faire le pitre en passant pour provoquer le rire des enfants, ou le rêve. Plus j’avance dans les routes de campagne où peu d’étrangers choisissent de s’aventurer, plus les gens se rendent familiers à mon égard, plus curieux et intéressés. Je suis invité à manger de bonnes dosai (crêpe de riz un peu épaisse que l’on ‘‘sauce’’ dans des currys épicés), à boire un thé, à discuter à l’ombre.
Je n’avance pas trop, vu les nombreux arrêts que je fais aujourd’hui, et quarante kilomètres après le départ, il est 12h30 et je m’arrête obligatoirement, le soleil me brûlant la peau que j’ai oublié de protéger, en plus, ce jour-là. Tient, ça tombe bien, je me trouve devant un réparateur de bicyclettes, comme il y en a partout, dans chaque village. J’en profite pour faire une révision, resserrage de boulons, changement de roulement déjà cassé au niveau du guidon, et en prime ajout de couleurs autour des axes de roues, tout cela pour 1,60€!
Je repars sur 100m, mais il fait décidément trop chaud. Deux musulmans indiens me proposent de rester à l’ombre, m’offrent des pois chiches et fruits à manger. Je leur dis que j’arrête là, c’est trop dur. Où vais-je dormir, me demandent-ils? Je ne sais pas. Ils me proposent alors instantanément, de les accompagner dans leur petite ferme qu’ils sont en train de monter, à une dizaine de kilomètres et bien loin de tout village, au calme. Une invitation en or, que je saisis.
Encore 10km à vélo, le soleil à mon exacte verticale me fait griller, mes bras sont tous rouges. En arrivant à la petite maisonnette, sous l’auvent en feuilles de cocotier séchées, je profite de l’ombre pour piquer une sieste bienvenue. Ici, c’est un repos incroyable : pas de bruit, pas de foule, de petits champs autour, quelques vaches, un grand puits d’eau presque asséché, des broussailles, un vent plutôt frais (dans les 30 degrés). Je dormirai sur un lit-hamac dehors, pas de moustiques dans ce coin reculé au pied d’une petite montagne, où le crépuscule autant que l’aurore revêtent des couleurs encore inconnues à mes yeux, le bonheur.
Mes hôtes, très heureux de m’accueillir, sont donc musulmans, l’un disciple de l’autre qui est grand imam de la région voisine. Ils me feront très vite un traditionnel rappel des principes de base de l’islam, sans que je leur demande, parce que c’est une forme de ‘‘bonjour’’, pour beaucoup de musulmans. Un refrain réflexe, un discours rodé, appris par cœur, inséré dans le cerveau comme base avant même l’apprentissage de la langue. C’est un message désuet, pris comme tel, dont on n’a que l’envie d’ignorer. Moi, je l’ai déjà entendu un bon paquet de fois, car comme j’ai dit, c’est comme un ‘‘bonjour’’, je le laisse passer, je le connais, avant d’orienter la discussion sur des questions plus essentielles. Puisqu’un imam m’accueille chez lui, c’est l’occasion où jamais de lui poser les questions, les vraies, sur le coran, sur les paroles de Mahomet qu’ils suivent avec tant de ferveur. Car la plupart des personnes que j’ai rencontrées jusque-là répétaient ce discours aveugle, sans vraiment pouvoir répondre à mes questions d’une manière plus théologique. J’en ai donc profité, et j’ai appris pas mal de choses, qui donneront peut-être lieu à un développement ultérieur (dans un prochain article). En gros, deux heures à parler avec eux m’ont permis de mieux comprendre pourquoi l’islam est une religion qui crée une telle foi, et qui a une telle puissance sur les hommes qui reçoivent cette foi. Des principes de base, et un discours construit d’une manière différente de ceux de la bible ou d’autres écrits religieux, sont une puissance extraordinaire. Cela ne veut pas dire que j’adhère aux dogmes et principes de cette religion, ni d’ailleurs de quelque autre religion, mais il est je pense nécessaire de comprendre comment ça fonctionne : c’est la compréhension qui fait la paix entre les hommes.

Alors, la veille, c’est un chrétien qui m’accueillait, aujourd’hui, des musulmans, à Mahabalipuram, des chrétiens qui se faisaient entendre dans tout le village, à l’heure où j’écris, je suis dans un orphelinat géré par des chrétiens... Et encore d’autres musulmans et chrétiens dans mes contacts dans le Tamil Nadu. Pourtant, il y a aussi beaucoup d’hindous! Ils sont sans doute plus discrets, plus timides, que sais-je... Mais je vais en rencontrer, il faut du temps. Les choses sont comme elles sont, on peut tenter de les provoquer, mais on ne peut pas les commander !

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