J'arrivai le premier soir chez une fille, en Couchsurfing encore. Cette fois, ce ne fut pas top. Je sentis dès les premiers instants que je la dérangeais, et qu'elle acceptait de me loger par gentillesse seulement. De plus, elle avait un caractère qui ne permettait pas la discussion, ainsi, le soir même je recherchai un autre couchsurfeur, afin de libérer cette fille du poids que je semblais être. D'autant plus que de fortes pluies étaient annoncées, je préférais m'assurer d'avoir un toit pour la suite à Istanbul. J'atterris donc le lendemain chez un autre type de mon âge, avec qui nous avons sympathisé très rapidement. Ouvert à toutes les discussions, nous avons vraiment passé de bons moments. C'est donc ainsi que je rentrai plus tôt que prévu en Europe : ma première hôte habitait coté asiatique d'Istanbul à Kadiköy, alors que le second, Selcuk (prononcer ‘‘Seldjouk’’), vit côté Européen, et centre historique de la ville (située sur le détroit du Bosphore, séparant les deux continents). Ce seront donc quelques jours que je passerai de nouveau dans ce que l'on appelle l'Europe géographique.
Je suis venu à Istanbul pour essayer de reporter mon visa indien au consulat, car il expire au 11 novembre (je ne pensais pas que je prendrais autant de temps en Europe, et puis demander ce visa à Paris marquait en quelque sorte ma décision de partir sur la route), et peut-être demander le visa pour l'Iran. Une chose à laquelle je n'avais pas pensé : la fin du ramadan! Je savais être arrivé en Turquie pendant le jeûne, mais je venais d'apprendre que je devrai attendre mardi ou mercredi, soit la fin des vacances de Baïram (fête de fin du ramadan) avant de pouvoir faire quoique ce soit dans un consulat... Ce qui me ferait rester encore plus longtemps car le visa iranien s'obtient en une, deux, trois semaines parfois. Autant dire que je n'étais pas très enthousiaste à l'idée de rester dans cette énorme ville (je me fatigue très vite des klaxons, foules à l'infinie, etc.). Mais pendant ce temps, pourtant, Selcuk me montra plusieurs visages d'Istanbul à sa façon.
Dimanche, c'était la fête de Baïram, un peu le Noël de chez nous. Les gens se réunissent en famille, et puis les plus pratiquants (c'est à dire un gros pourcentage de la population) vont à la mosquée pour faire la prière. J'ai accepté avec plaisir que Selcuk m'emmène à cette messe à la mosquée du quartier. Donc lever 6h30, pour arriver à 7h à la mosquée, on se déchausse, puis on entre dans le lieu sacré, en marchant sur des tapis tellement doux qu'on a l'impression de marcher sur des chats. L’imam (un peu le prêtre musulman) a déjà commencé sa messe, on écoute. Les musulmans arrivent au compte-goutte, des hommes seulement, car cette prière leur est exclusivement dédiée, et s'installent sur le sol à genoux les uns à côté des autres, jusqu'à remplir la salle. Les derniers s'installeront dehors. Je suis un peu gêné d'être l'intrus qui ne sait pas comment se comporter, mais Selcuk guide mes gestes pour que je ne dérange personne. De toute façon, tout le monde est tellement absorbé par sa dévotion qu'on remarque à peine ma présence « infidèle ». Puis le moment du Hazan arrive, c'est la prosternation qui doit se faire tous en même temps. L'imam récite la prière plusieurs fois. Tous en même temps, les gens portent leurs mains autour des oreilles, sans les toucher, puis à chaque « allah hu akbar » (Dieu est grand), un nouveau geste. La salle s'agenouille, et dans la mosquée résonnent les centaines de genoux contre le sol dans la même seconde! « allah hu akbar », on se prosterne, front et nez touchent le sol, pendant quelques secondes. « allah hu akbar », on relève le buste. « allah hu akbar », on se remet debout, et cela continue trois ou quatre fois, de la même manière. Bon, je ne retranscris peut-être pas exactement la vraie manière de faire, car elle est très procédurière. Il ne faut pas s'écarter de la procédure de chaque prière, pour des raisons purement coraniques. Je ne vais pas me lancer maintenant dans l'argumentation favorable ou non à ces pratiques qui pourraient sembler stupides pour nous catholiques de l'ouest (qu'on le souhaite ou non, on a été éduqués dans ce standard), car c'est un long sujet avec beaucoup de choses sensées mêlées à certaines impression de désuétude. Pour en revenir à cette célébration, après ces prosternations, c'est fini, l'imam récite quelques paroles du Coran, et enfin tout le monde ressort tranquillement et s'éparpille dans la ville. Les boulangeries et les petits marchés à fromages sont pris d'assaut par les fidèles qui enfin peuvent manger et boire durant le jour, après trente journées à attendre le soir, la faim au ventre. Tout le monde y va de son brunch, Selcuk et moi aussi! Il m'explique que la raison de ce jeûne est de faire comprendre la douleur de la faim, pour ainsi cultiver la compassion envers les pauvres, qui eux subissent cette faim toute l'année.
Il m'emmènera aussi visiter plusieurs quartiers de la ville. Taksim, quartier populaire où se concentrent les bars et les restaurants. Sultan Ahmet, vieille ville et ses innombrables et gigantesques mosquées. Beşiktaş, où il habite, et les bords du Bosphore, les petits ‘‘Büfe’’ où l'on savoure les meilleurs plats, presque exclusivement à la viande, tripes d'agneau, pide, kebab (le vrai, en fait, n'a rien à voir avec notre kebab européen, mais vraiment rien!), etc.
Le mardi, j'allai au consulat indien, et on me refusa poliment le report de la date d'entrée de mon visa. Il faudra donc que j'arrive à l'heure à la frontière, ou bien que je refasse la demande d'un visa, deux photos, soixante euros, le passeport, et cette fois dans une ambassade étrangère il faut aller faire une lettre de recommandation auprès de l'ambassade française. Je choisis donc à ce moment-là de faire cela à Téhéran, en Iran, si je décide vraiment de prendre mon temps dans ce dernier pays ou au Pakistan. Cela me laisse un peu de répit pour choisir. Donc changement de plans, je vais traverser rapidement la Turquie, pour ne pas trop m'y attarder. Je reviendrai sans doute plus tard, un jour ou l'autre, car je suis déjà assez séduit par son accueil et de plus ce pays immense ne manque pas d'intérêt culturel ou naturel.
Le fameux bazar d'Istanbul est très beau. Mais je ne parle pas des marchands, je parle des arches et des murs qui sont décorés et grandioses. Ce n'est pas là bien évidement qu'il faudra venir faire des emplettes, car c'est peut-être le lieu le plus touristique de la ville, donc le plus arnaqueur (les prix peuvent par exemple être vingt Liras quand on demande en turc, vingt €uros ou Dollars selon la langue étrangère que l'on parle. 20 Liras = 10€). Je me promène ce jour-là avec Lilo (allemande) et Bijan (Iranien), un couple qui sera le soir hébergé aussi par Selcuk. Ce jour-là, les vacances sont finies et notre hôte doit aller travailler, c'est pour cela que c'est moi qui accueillis Lilo et Bijan le matin à l'arrivée du bateau (qui traverse le Bosphore, c'est plus pratique et rapide que de prendre le grand pont) et que nous visitions le bazar ensemble. Tous trois, nous nous dirigeons plus tard dans des rues à l'extérieur où les étrangers ne se promènent habituellement pas, et c'est là que l'on se fond beaucoup mieux dans la véritable ambiance stambouliote. Des marchands ambulant, un mélange culturel et respectueux de turcs décontractés, superficiellement voilés ou bien totalement drapés de noir ne laissant apparaître que les yeux. C'est néanmoins si peuplé que l'on ne peut avancer dans ces rues, et l'on est sans cesse au coude à coude pour passer et faire un pas en avant. Cela en devient bien fatiguant. Nous faisons un détour par le marché aux épices dont les couleurs nous enchantent avant de décider de rentrer, bien fatigués, en préférant le bateau au tramway, pour nous donner un peu d'air frais et une vue plus belle sur ce détroit légendaire.
Le mercredi 23 septembre s'est avéré être mon anniversaire. Merci à ceux qui m'ont envoyé un message parce qu'ils s'en sont souvenus, à ceux qui ont trouvé une utilité à Facebook pour me transmettre un petit copié-collé (ou non) du message qu'il ont envoyé la veille à un autre « ami » Facebook, et à tous les sites promotionnels de vente de cartouches d'encre, de voyages ou de pilules viagra d'avoir si bien programmé l'agréable message qui m'a souhaité en ce jour spécial ses meilleurs vœux pour ma vingt-huitième année, moyennant l'achat inutile de ses produits à prix imbattables. Sans rancune pour ceux qui n'y ont pas pensé (et dont je ne sais même pas moi-même leur date d'anniversaire, car je ne sais pas bien utiliser Facebook), car il s'en est fallu de peu que je n'y pense pas même, Fanny me l'ayant rappelé au préalable par mail :) Quoiqu'il en soit, j'avais néanmoins prévu de cuisiner des crêpes pour ce soir-là, enfin des galettes bretonnes bien entendu! Donc une petite soirée bien agréable, mais toutefois pas aussi exotique et déjantée que l'année passée. A croire que vingt-sept ans se fêtent plus fort que vingt-huit ans. Pourquoi pas d'ailleurs, qui a décidé que les chiffres ronds étaient ceux avec un zéro ou un cinq à la fin?
Jeudi, c'est le jour du départ, je veux aller à Ankara, pour voir une couchsurfeuse que j'avais déjà rencontrée lors d'un voyage précédent en Autriche. Ce n'était pas difficile, il fallait aller au deuxième grand pont (Fatih Sultan Mehmet ou FSM) où une grande barrière de péage me tendait les opportunités. Je partis donc et décidai de m'y rendre en dolmuş, sorte de minibus collectif à 0,75€ la course, que l'on trouve partout, car il y en avait pour une heure et demi de marche logiquement. Je rencontre un type qui me demande ce que je fais, de l'autostop pour Ankara, et il s'arrange pour expliquer au chauffeur du dolmuş de me déposer au bon endroit. Ce dernier me fait descendre après une course qui me semble bien courte. En effet, il m'avait arrêté au premier pont enjambant le Bosphore, car il y a ‘‘Ankara’’ d'indiqué dans cette direction. Un type faisant du stop ici me confirme ce que je pensais déjà, c'est-à-dire que le meilleur endroit, c'est au deuxième pont un peu plus loin. Je commence cette fois à marcher dans cette direction, pensant à une demi-heure de marche. La journée est déjà bien avancée, environ 12h30. Un type avec qui on n'a pas réussi à échanger un mot, à part ‘‘otostop’’ et ‘‘Ankara’’ peut-être, m'accoste et veut m'aider. Ici tout le monde t'accoste pour t'aider, ça ne me surprend plus, et c'est parfois agréable. Il me conduit au pont (qui s'avèrera, je le saurai plus tard, être toujours le premier pont) et me fait comprendre qu'il vaut mieux que je ne fasse pas de stop ici, et il me met dans un bus, explique je ne sais quoi au chauffeur qui m'autorise à ne pas payer, et lui indique l'arrêt où il doit me laisser. A 14h je commençai à lever le pouce sur ce qui me semblait être la bonne route. A 17h je venais d'apprendre que je n'étais pas vraiment sur la bonne route, même s'il y avait un panneau de direction ‘‘Ankara’’. Je décidai de tenter une ultime chance en revenant sur mes pas, de l'autre côté du pont. En gros, je venais de passer trois heures coté Asie pour encore retourner côté Europe! Décidément, je ne veux pas le quitter ce bon Vieux Continent... Je tentais le pouce pendant quarante minutes avant d'abandonner, 18 heures sonnant, trop tard pour tenter un ultime essai sur le deuxième pont lequel d’ailleurs je ne savais pas comment rejoindre rapidement, alors qu'Ankara était à 4 ou 5 heures de route. Je rentrai alors chez Selcuk de nouveau pour ce soir-là, un peu désabusé et aigri par une journée au milieu des klaxons!
Je décidai alors de ne pas aller à Ankara, autre grosse ville où je n'avais pas grand-chose à faire finalement, pour me diriger vers l'est direction Trabzon le lendemain.

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