La première personne qui me prend en autostop en Grèce me pousse sur Itéa, petite ville balnéaire sans intérêt au nord du golfe de Corinthe. Là, je m'installe sur le bout de la plage de galets pour y passer la nuit. Ce serait le paradis s'il n'y avait pas une tonne de mégots de cigarettes. Sans mentir, mathématiquement, il y en a plus que de galets! Et aussi ces chiens errants. Ils sont beaucoup de chiens abandonnés ou sauvages errant dans la Grèce continentale. On ne risque rien, ils sont ultra-peureux et ne sont pas trop affamés car les touristes les nourrissent. Mais ils passent et repassent dans la nuit, ce qui par réflexe nous réveille. En effet, même si je n'éprouve pas de peur particulière pour dormir dehors, l'esprit, par réflexe, reste tout de même à l'affut du moindre bruit suspect, et les nuits ne sont donc pas aussi reposantes que dans un vrai lit sous un toit...
Le lendemain, je me lève vite et me mets en route à 8h30. Là, ça commence presque comme en Italie. Sous un soleil de plomb déjà au matin, j'attends des heures pour de petits sauts de puce. Heureusement qu'au moins les personnes qui m'emmènent sont toutes très sympathiques. Après dix heures de route ou d'attente, j'avais parcouru moins de 200km, et arrivai à Patras (Πάτρα) , célèbre pour son carnaval, mais c'est en février malheureusement! La dernière personne à me ramasser y allait pour voir un ami en passant, et me propose de se retrouver un peu plus tard dans un café du centre. Je me promène alors insouciant dans cette ville qui parait avoir seulement le mérite d'une très belle vue sur le coucher de soleil et sur la mer, du haut de sa colline. En arrivant au café, mon conducteur me présente son ami Petros, qui m'apprend être membre de couchsurfing. Il ne peut pas m'héberger mais me met en contact avec Theodoris, un autre ami, qui ce soir-la ira dormir chez sa petite amie pour me laisser son lit et son appartement! J'expérimente pour la première fois l'hospitalité grecque. Déciment, voyager seul et sans destination précise, cela permet de faire confiance aux rencontres, et de laisser place à la spontanéité qui ne nous apporte que de bonnes choses, et on comprend que la vie est belle, quand on n'attend rien, il suffit de se laisser porter...
Le lendemain, départ en début d'après-midi, rapidement une fille qui venait de faire quatre mois d'Erasmus à Bordeaux m'emmène sur quelques kilomètres. Elle parlait français comme on zozote, les grecs transformant le "j" en "z", et très lentement, ce qui procurait un certain charme à son langage que j'ai beaucoup aimé. Puis un jeune kéké dans une voiture mi-tunée mi-ruinée ne me pousse pas bien loin, mais il a été d'une extrême gentillesse, allant jusqu'à pousser une patrouille DDE autoroutière à s'arrêter sur le bord de l'autoroute pour aller leur demander s'ils n'allaient pas plus loin pour me prendre! Ce ne fut pas le cas et je montais dans deux autres voitures dont la dernière m'avance assez loin cette fois, jusqu'à Kalamata, petite ville au sud-ouest du Péloponnèse.
Là, j'avais contacté, au cas où, un couchsurfeur, qui m'accueille donc chez lui directement. Un ami et lui étaient en train de faire une répétition de bouzouki, instrument typiquement grec, et je commençai, à ce moment-là, à découvrir la tradition du pays, par l'intérieur, et à apprendre le folklore qui ici est toujours très fortement ancré dans la culture. Agelos, mon hôte, me propose ensuite d'aller rejoindre des amis à lui, avec qui nous passons la soirée à discuter, écouter de la musique sur la plage, à chanter (ou essayer)...
Le lendemain, je reprends de nouveau la route, j'ai hâte d'aller vers le sud. Je projetai d'aller à Gythio (Γύθειο) , sur la péninsule centrale du Péloponnèse (Mani), où je pourrai ensuite prendre un bateau pour la Crête. Oui, parce que je ne l'ai pas expliqué, mais quand je voyageais avec mes amis, j'ai pensé que je pouvais rejoindre la Turquie en passant par la mer et les iles grecques, plutôt que par la classique route macédonienne qui mène à Istanbul. C'est ainsi que mes plans changent encore une fois et que je me retrouve sur la route du sud.
Bref, je me retrouve sur la sortie de Kalamata, direction Sparte. Deux heures d'attente me font enfin monter dans la voiture d'un vieux aimable qui ne fit que 7km (sur 60km de route paumée dans la montagne), et qui m'invita même à faire une petite sieste une heure chez lui. Je refusai poliment, étant plus ou moins attendu à Sparte. Je craignais de regretter mon refus pendant des heures, lorsque la première voiture passant par là s'arrêta. Et ce fut un très beau trajet, chargé d'émotion, avec une personne passionnée par sa région. La route passe dans des montagnes très abruptes sur 60km, où des ravins vertigineux nous forcent à lever les yeux sur des aplombs tout aussi effrayants. Le conducteur, originaire de Sparte, me raconte dans un anglais mêlé de francais hésitant mais compréhensible, l'histoire et les anecdotes de cette région. Comment par exemple les Spartiates, peuple de guerre de la Grèce antique, avaient en une seule nuit parcouru ces montagnes sur les 60km pour massacrer les habitants de Kalamata au matin... Brrr!
Beaucoup moins anecdotique était le spectacle de désolation laissé par les feux, quelques kilomètres avant Sparte.
En été 2007, plusieurs régions de Grèce (surtout autour d'Athènes et de Sparte) furent ravagées par des incendies détruisant je ne sais combien d'hectares, mais beaucoup, et supprimant plus de soixante-cinq vies humaines. Le conducteur se souvient avec tristesse de ces moments tragiques qui ont duré plus d'une semaine sans qu'aucun avion ou aucune aide extérieure n'intervienne, et il m'en parle avec le cœur déchiré, même après être passé des centaines de fois sur cette route. J'en ai presque les larmes aux yeux, de le voir si touché, et peut-être cela me rappelle aussi ma belle forêt des Landes couchée à moitié par la tempête de janvier dernier. Je découvre des montagnes entières, des sommets aux vallées, toutes pelées, arides et toujours noires des arbres carbonisés. C'est effarant, des maisons effondrées, des petits villages supprimés de la carte dans leur presque totalité...
Quelques champs ou coteaux d'oliviers ont su résister et cela offre un peu de réconfort dans cette région désolée. En discutant avec le conducteur, mais aussi avec d'autres personnes rencontrées avant ou après, tous s'en prennent au gouvernement (pour ce sujet mais aussi pour beaucoup d'autres), qui d'après eux n'a rien fait pour prendre en main rapidement la menace. Quand je demande « probablement que ces incendies sont criminels? », on me répond du tac o tac avec conviction « ils SONT criminels » et on m'explique que pour beaucoup, ils sont déclenchés pour que ces zones protégées deviennent constructibles. Parfois cela entraine des conséquences dramatiques, car en été, avec le vent, et un ciel bleu sur plusieurs semaines, la situation n'est rapidement pas maitrisable...
Dernièrement les environs d'Athènes ont encore été la proie des flammes, et il ne reste quasiment plus, si ce n'est plus du tout, d'espaces verts autour de cette mégalopole déjà invivable et trop peuplée. Tout Athènes et toute la Grèce est en colère...
Puis j'arrive enfin a Sparte, où Stavros, toujours un couchsurfeur, m'attendait pour parcourir les derniers kilomètres jusqu'à Gythio.

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