En sortant du festival de Guča, je voulais monter dans un bus qui nous emmenait 20 km plus loin, là où il serait facile de faire de l'autostop. Malheureusement je n'avais plus suffisamment de Dinara (monnaie serbe) pour payer et je fus refusé. Je commençai donc à faire du stop quand une minute plus tard, un véhicule immatriculé en Bulgarie passe, je crie : « Sofia? », et ils s'arrêtent! En une minute, j'avais trouvé une voiture qui m'emmènerait exactement où je voulais! La vie est trop belle. C'était une jeune bulgare et son père qui étaient venu assister au festival et rencontrer des amis français à eux.
Arrivée à Sofia, capitale de la Bulgarie, je retrouve Gérald et Cécile, Steph et Stef, qui m'attendaient là. Petite nuit en auberge de jeunesse pour récupérer et le lendemain lundi, départ pour les montagnes du Rila, un massif abrupt au sud de Sofia. Des bus nous emmènent à Majlovica, petit refuge a 1000m environ. Nous partirons de là pour faire la fameuse randonnée des "7 lacs" qui passe par les plus hautes crêtes de Bulgarie, pour finir sur un monastère vieux de plus de 1000 ans.
Avant de partir, nous nous accordons une bonne soupe du montagnard, en fait une soupe aux haricots accompagnée d'une salade de concombres, fêta et tomates (ce ne sera pas la dernière!). Le chef nous renseigne et conseille sur l'itinéraire à suivre puis on commence à randonner... en descente! C'était bien la peine de monter là. Une heure plus tard nous remontons enfin sur un chemin abrupt vers le refuge de Lovna. Tout ceci se fait dans la forêt, et nous constatons que celle-ci reste encore bien haut dans la montagne, la limite de la forêt nous parait beaucoup plus haute que dans nos massifs alpins français. Passé cette limite, la végétation se fait plus rase mais non moins verte, laissant place à des rochers clairs. Toute cette ambiance, ce massif, nous fait penser aux Pyrénées, nous nous y croyons presque, si ce n'est que la végétation, les pins sont légèrement différents.
Arrivés au refuge d'altitude, il s'agit en fait d'un gros hôtel tout moche desservi par un télésiège, où de nombreux touristes viennent faire un tour et jeter leurs déchets. Nous décidons de bivouaquer un peu plus loin, et d'aller faire un tour un peu plus haut avant le coucher du soleil. 150 à 200m plus haut, nous arrivons cette fois sur une sorte de grande plaine d'altitude, en fait un sommet plat et qui ferait penser à une plaine mongole! La nuit vient, nous essayons de faire un petit feu et des grillades de carottes sans grand succès! On essaie de dormir malgré le froid et les cloches des chevaux alentour.
Au petit matin, le soleil réchauffe un peu les tentes, mais nous devons plier pour partir aux sommets. Nous grimpons donc jusqu'à un autre refuge, autour duquel, bizarre pour un parc naturel des centaines de tentes sont posées ici et là, toute la journée. En fait des gens qui sont venus avec le télésiège et restent quelques jours là, comme en vacances! Nous ne nous attardons pas trop et grimpons vers ces fameux 7 lacs. Ils méritent tout de même leur popularité car un beau spectacle s'offre à nous, et nous prenons plaisir à barboter, embêter les petits poissons et essayer de mettre les pieds dans l'eau... mais c'est trop froid!
Puis, alors que nous grimpons vers le sommet, le temps se brouille soudain. Nous faisons la fin de l'ascension dans le brouillard et après les conseils d'un bulgare que nous croisons, nous décidons de changer d'itinéraire pour en prendre un plus court vers un refuge à une heure de là. Autour de nous éclate alors un gros orage, que nous ne pouvons éviter, des éclairs tout autour nous font hâter le pas, tandis que des pluies torrentielles éclaboussent toutes les parties de nous qui ne sont pas protégées par nos ponchos. Le brouillard se lève mais la pluie et les éclairs très proches ne cessent pas, et nous arrivons en haut d'un grand plateau qui descend doucement. Encore une demi heure de marche dans cette grande plaine où des torrents ont remplacé les petits ruisseaux et envahi les chemins pédestres. Au début j'évitais de mettre les pieds trop profond dans l'eau, mais il fallu vite se rendre a l'évidence, mes petits baskets de ville furent trempés en dix minutes et il ne servait plus à rien d'éviter les torrents, mieux valait continuer au plus vite pour rejoindre le refuge.
C'est marrant, lorsque nous descendons, nous voyons les chevaux tout autour qui ne font pas une grande histoire de tout cela. Stoïques, ils ne sont pas effrayés par l'orage et restent là, à brouter l'herbe mouillée. Sans doute leurs sabots sont en alu, ils ne craignent pas la foudre!
Nous arrivons à ce fameux refuge d'Ivan Vasof, et il était temps, nous nous débarrassons de nos affaires trempées et voyons que quelques autres groupes de randonneurs arrivés peu avant s'étaient déjà pris au piège. Ce soir nous ne bivouaquons pas, et pour cause, de bon lits douillets nous attendent à l'étage et nous avons même un dortoir pour nous tous seuls! C'est vraiment un refuge que je conseille pour ceux qui veulent aller faire cette randonnée, car l'ambiance était vraiment géniale. Des jeunes s'occupent de la baraque, cuisinent les plats qui leur chantent pour leurs hôtes et c'est parfois meilleur que ce que l'on peut trouver a Sofia! Ils écoutent du Reggae ou du Dub et ne sont vraiment pas exigeants.
Troisième jour. L'heure de la descente vers le monastère. En fait, il nous faut remonter la grande plaine gorgée d'eau. De petites averses de pluie fine ne nous font pas peur, nos chaussures étant encore trempées de la veille, et nous continuons à marcher, tout en philosophant et théorisant sur la bienfaisance de la bière après l'effort ou sur d'autres sujets tout aussi intéressants! (Comme le nouvel adage "Les petits malheurs font les grands récits", n'est-ce pas Gérald?!).
Ensuite nous arrivons sur une crête abrupte et nous stoppons machinalement nos discutions philosophiques, pour faire attention où nous mettons nos pieds. Le paysage change subitement, et tombent devant nous des pentes abruptes sur lesquelles une végétation étrange nous interpelle. Chez nous, nous sommes habitués à nos plantes et arbres, insectes et bêtes, et nous croyons ne pas les connaitre. Mais c'est lorsque l'on se retrouve ailleurs, dans la même situation, que l'on se rend compte que les plantes sont différentes. Ici, de mystérieuses plantes lunaires, sorte de gros choux d'où jaillit une grande tige phallique d'un mètre, étoffée de pétales jaunes, nous font penser à ‘‘l'étoile mystérieuse’’ de Tintin.
On descend ensuite dans des chemins boueux, où l'on glisse et se ramasse le cul par terre, différentes ambiances nous entourent : tantôt une jungle d'herbes hautes tisano-olfactives nous trempent les jambes, tantôt nous pénétrons une forêt à l'allure mystique plongée dans la brume, tantôt des passages périlleux sur des branchages sommairement arrimes au-dessus de cascades ou de boues mouvantes...
Après cinq heures d'une descente fatigante, nous arrivons enfin à ce fameux monastère de Rila, qui valait la chandelle, il est grand et bien beau. On essaie d'imaginer la vie des moines ici durant des siècles, puis on part observer les fresques orthodoxes de l'église centrale. Pour le moins étrange, toutes représentent des scènes de torture des saints ou des hommes, des images de l'enfer, et toutes les tortures ou manières de tuer imaginables. Nous ne connaissons pas grand chose à l'église orthodoxe, donc ne faisons pas de conclusions hâtives, mais pourtant il est assez désagréable d'observer ces représentations du mal sous ses formes les plus horribles...
Nous décidons ensuite de cela de prendre le dernier bus pour Sofia, et d'avancer notre départ pour la Grèce au lendemain 7h. Dans le bus, en entrant, nous plaisantons sur ce qui semble être un métier : une fille est assise à l'avant du bus, juste pour distribuer les tickets aux passagers et les faire payer! Ce que le chauffeur fait lui-même dans les autres bus en général. Encore une curiosité. On s'est fait des théories la-dessus que j'ai la flemme de raconter...
On voulait le soir réserver une voiture à louer pour le lendemain en Grèce, sur l'internet de l'auberge de jeunesse, mais un Québecois à cassé l'ordinateur et est parti sans rien dire! Donc on décide d'aviser le lendemain... On se lève à 5h30 du matin, pour choper le train de 7h qui nous emmènera à Thessalonique, nord-est de la Grèce, après 6h de trajet. On fait les romanos dans notre compartiment où les gens n'oseront pas rentrer, en pendant nos affaires lavées la veille, pour les faire sécher!
La suite, c'est la Grèce qui commence...

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