Le soir même de mon arrivée, Fabien m'avait prévenu, il y avait une fête avec son club de foot, pour la fin de la saison, l'abschlussfeier. Il m'a aussi prévenu que dans ce petit village, la plupart des gens n'ont pas fait d'études, et n'ont pas connu grand chose de plus que leur coin de Bavière. Ceci pour dire qu'ils ne parlent pas autre chose en général que l'allemand, voire seulement le bavarois! Mais tout se passa bien, et ce fut une très bonne soirée de fête. Je parvins à parler un peu plus avec certaines personnes, et il faut dire qu'après quelques bières, c'est toujours plus facile! En effet, l'alcool levant les inhibitions, on se moque de prononcer mal, voire de se tromper de mot, on parle sans trop réfléchir mais ça nous apprend néanmoins. Enfin c'est bien pour un premier pas, mais il y a d'autres manières de progresser : parler parler parler, sans arrêt ! Maintenant voici quelques impressions relevées au cours de la soirée, en immersion dans un groupe de personnes locales :
Premièrement, ce qui m'a marqué, c'est l'absence d'affection lorsqu'on se rencontre ici. En France, on fait une, deux ou trois (selon la région) bises aux femmes, on se serre la main entre hommes si ce n'est la bise aussi lorsqu'on se connait bien. Au Mexique on va même jusqu'à se donner l'accolade à chaque fois. Et j'avais déjà remarqué ces derniers jours qu'en Allemagne, on serre la main aux filles. Mais là ce qui m'a marqué lorsqu'on est arrivé dans la salle où tout le monde était déjà là, c'est qu'on esquisse un timide "Servus" (Salut dans la région), et puis on s'assoit et discute avec les gens en face de nous (ce qui fut bien sympathiques pour moi puisque je tombais amoureux de la jolie fille devant moi... mais son copain ne serait sans doute pas d'accord, dommage!). Bref, même pas un tour de table pour dire salut à tout le monde en lançant à chacun une petite blague tout en rigolant grassement, comme on le ferait en France. Je ne juge pas cela, ce n'est pas mieux ou moins bien, c'est la coutume ici simplement et c'est très intéressant d'observer cela.
Il s'avèrera qu'ensuite cette attitude réservée s'estompe considérablement, on trinque à chaque phrase prononcée, et la soirée se passera en franche rigolades, au restaurant du club, au bar ensuite. J'ai donc parlé un peu plus allemand, et j'en ai éprouvé un réel plaisir. Non pas que la langue soit super jolie, puisque j'avoue que le son n'est pas des plus jolis sur terre à mon goût (et ça n'engage que moi), mais ce que j'ai le plus apprécié était cette sensation qu'on éprouve lorsqu'on commence à apprendre des mots, des phrases en se plongeant dans le milieu et les discutions. Cette immersion dans un monde où on est obligé de comprendre et de s'exprimer. J'avais la sensation de revenir 5 ans auparavant, lorsque je m'efforçais de faire rentrer l'espagnol dans ma tête, plongé en plein dans la culture mexicaine et où je n'avais pas d'autre alternative que de parler la langue. Ce n'est pas la même langue, et je suis moins plongé dans la nécessité de l'apprendre, mais c'est cette même sensation qui revient et que j'aime vraiment, le passage du flou total à la compréhension saccadée. C'est un délice!
En Bavière, on ne fume généralement pas dans les bars, mais certains bars possèdent l'autorisation si chaque client achète une carte de membre à 1 euro et signe un registre avec son nom et son adresse. Facile! Maintenant le bar Roxy à Straubing, compte parmi ses membres le Général de Gaulle, habitant rue de la grosse commission, à Saint-Putois-en-Chalosse. Bah oui, c'était la fin de soirée, et puis, y'a peu de chances pour que j'y revienne un jour :)
J'ai aussi aimé ce cocktail bavarois, le Goaß, servi dans un verre à bière de 3 litres, avec de la bière blanche sombre (oui-oui), du coca et du schnaps!
Les autres jours seront passés en diverses promenades. Dimanche, Straubing et ses nombreuses églises, appartenant à tout autant de congrégations. La Bavière est une région encore très marquée par la religion. Ce sera pareil lundi à Regensburg (Ratisbonne en français) sur le Danube. Des églises à chaque coin de rue! Chaque heure les cloches qui couvrent la rumeur de toute la ville parviennent toutefois à imprimer une atmosphère bien pittoresque à ces petits villages. Attention : en France, quand on doit se retrouver dans un village ou une petite ville, on se donne rendez-vous sur la place de l'église. Ne faites pas ça ici! En gros, même un village de 2000 habitant comme Rain possède 2 églises. De plus, la plupart des églises sont bulbiques (elles ont un chapeau en forme de bulbe). On en a même vu des bi-bulbiques, c'est dire ! Sinon, j'ai trouvé Regensburg très charmant et il est très agréable de se promener dans son centre tout piétonnier.
Mardi, pendant que Fabien travaillait, je lui ai emprunté sa voiture pour aller faire un tour dans les montagnes de la forêt bavaroise, où il y a de très belles vues de la plaine du Danube, et une nature intacte. Tout ici est propre aussi, il faut le mentionner. On voit très rarement traîner des papiers ou des cannettes, les rues sont conservées et on s'y sent bien. Il règne aussi dans cette région un grand sentiment écologique, et peut-être 50 pour cent des maisons sont couvertes par des panneaux photovoltaïques.
Puis le soir nous allions nous balader dans les environs, observant le Danube depuis des promontoires toujours ornés d'une église même si aucune habitation n'est présente sur ces collines! Puis un passage dans les Biergarten inévitables du coin (comme le Sturmkeller si quelqu'un passe par là) pour une schnitzel ou un pfanzerl-machin-chose (avec tous ces noms bizarres pleins de lettres, il est aisé d'oublier!).
Enfin le petit déjeuner bavarois achevait de me convaincre que les traditions gastronomiques d'ici sont aussi très appréciables! Je faisais mercredi ce petit déjeuner avec une Couchsurfeuse de Straubing que j'avais contactée, Michaela, et qui était très sympathique. Puis un autre le jeudi matin férié avec Fabien qui ne travaillait donc pas. Il consiste à faire bouillir des sortes de saucisses blanches de veau (Weisswurst), de les savourer avec une moutarde sucrée bavaroise (un régal), et ceci en se délectant d'une fraîche bière blanche, Straubinger Rörl si l'on veut boire local (il est d'ailleurs difficile de faire le contraire, chaque ville ayant sa brasserie au moins).
Vendredi, enfin venu le temps de repartir. Je suis attendu le soir chez une fille de Couchsurfing qui était déjà venue chez moi à Lausanne, très gentille, habitant à Halle. C'est une ville à côté de Leipzig, ancienne Allemagne de l'est, industrielle, et tout le monde me dit que c'est moche. Mais moi je m'en fiche en fait. Il y a cette copine qui habite là, et puis voir des bâtiments historiques encore et encore, j'aurai certainement plus que l'occasion plus tard. Si j'écoutais tout le monde, il faudrait que je passe dans chaque ville de chaque pays, car ceci, car cela, mais ce n'est pas mon but. Moi je ne veux pas tout savoir, tout connaître (et puis c'est pas possible, faut se rendre à l'évidence !). Je voudrais seulement filer au gré du vent, comprendre ce qu'on me dit, et non pas avaler ce qu'on nous impose de savoir.
J'avais contacté une personne pour faire le trajet sur le site allemand de covoiturage (www.mitfahrgelegenheit.de), mais cette personne n'est pas venue, et au bout d'une demi-heure je décidai de partir finalement en autostop. C'est la première fois qu'on me pose un lapin sur un site de covoiturage, mais faut pas se formaliser, c'est rare, et il y a sûrement une raison... peut-être seulement un retard, mais nous n'avions pas pris le soin de noter les coordonnées pour appeler au cas où... Donc je commence à lever le pouce vers 3h de l'après-midi pour les 380km à venir. Et ce fut une aventure : je n'arrivai à Halle qu'à minuit, après un détour de bien 200km!
D'abord une dame qui me parlait super vite en mi-allemand mi-bavarois mais super sympa m'emmène à Regensburg où j'aurai plus de chance de trouver quelqu'un pour prendre l'autoroute. A 16h30 elle repasse et me reprend en me voyant toujours en train d'attendre. Elle m'emmène à une station essence sur l'autoroute, où un type bizarre, un DJ écoutant de la musique ‘‘house’’ plutôt douteuse, m'emmène dans son A3 à 200km/h! J'avais parcouru la majorité du trajet lorsque qu'il me posait avant Chemnitz. Je regarde sur une carte et ce n'était pas exactement la bonne direction! Bon je décide d'aller un peu plus loin et de changer de direction sur un embranchement qui fait un détour mais ce n'est pas grave. Je vais pour regarder les plaques d'immatriculations, essayer d'en trouver une pour Halle ou Leipzig. Un polonais me propose spontanément de m'emmener. Il me dira que c'est super courant l'autostop en Pologne et que c'est plus facile là-bas. Enfin bon je ne vais pas là-bas, et puis j'arrive finalement à Dresde, mais c'est définitivement pas la bonne route ! Je relève le pouce une heure, et j'étais près à abandonner pour aller me trouver un coin au chaud au centre-ville, quand un jeune me ramasse finalement pour m'emmener à la prochaine station essence. Ce n'est pas fini, je demande à un tchèque s'il passe par Halle, et ça marche, après un petit moment de méfiance. Parfois il était douteux, et je me demande même si les trucs dans son fourgon n'était pas un chargement illégal, mais au final ce fut surtout je pense le choc des cultures qui provoquait cette méfiance mutuelle, et nous avons passé un bon moment de route à discuter surtout de voyages car il avait fait quelques aventures en autostop étant plus jeune, lui aussi. Nous parlions en allemand, et parfois lorsque je ne comprenais pas, il me parlait en italien. Décidément, on peut vraiment se comprendre d'une manière ou d'une autre. Il me posa dans une station essence à 15km de Halle. Et là, il s'avéra que ce n'était pas la bonne direction encore une fois; 23h40, je songe à aller au village suivant, 2km à pied, voir s'il y a encore des trains. Sur le point de partir, deux policiers, en civil, me demandent ce que je fais. Je leur explique et ils décident de m'emmener à Halle même si ce n'était pas leur direction. Il m'ont même déposé exactement à la bonne adresse ! Décidément, on rencontre des gens vraiment sympa, pourquoi se priver de cela en se barricadant dans nos petites boîtes à roues, en détournant le regard lorsqu'on aperçoit un autostoppeur, de peur d'éprouver une quelconque culpabilité ?
Peut-être la culpabilité de ne pas oser vivre et partager...

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