lundi 15 juin 2009

Allemagne - Halle - Un tour à l'Est

Il est minuit quand j'arrive chez Luise. C'est une fille qui était venue chez moi à Lausanne avec Couchsurfing. Comme nous nous sommes bien entendus, j'ai pensé qu'il serait bien sympa de passer en retour chez elle. Mon passage dans la région en est l'occasion ! Tout le monde m'a dit « mais que vas-tu faire à Halle ? C'est moche, on voit des grosses raffineries de pétrole en passant à côté sur l'autoroute. Tu devrais plutôt aller à Leipzig, à 40km de là, c'est plus joli et intéressant ». Et bien je ne regrette pas du tout de n'avoir suivi les conseils de personne sauf moi-même ! Et voici pourquoi :

Luise avait un peu de travail en retard, des projets pour son école de dessin textile, et elle me laisse le premier jour flâner suivant mes envies dans la ville. Alors après avoir fait un petit tour rapide dans le centre historique, pareil à tous, orné d'églises et de rues propres et refaites à neuf pour accueillir l'éventuel touriste, je me perds avec délice dans les rues à l'écart, délaissées. C'est là que je constate la réalité de la ville et que j'appréhende plus ou moins son histoire, en me raccrochant au peu que j'ai entendu et aux vieux cours d'histoire sur la guerre froide et les deux Allemagne. Halle est en effet une ville d'ex-RDA, et on le sent. Passer de la Bavière, propre et fleurie, peut-être trop parfaite, à ce terrain de jeux visuels, est une belle expérience si l'on aime observer. Je me promène donc dans ces ruelles à l'écart du centre, aux pavages irréguliers, aux maisons délabrées et abandonnées côtoyant sans gêne les immeubles refaits à neuf, parfois à la va-vite. Les vitres cassées, les poutres usées, les briques éventrées par le temps, parfois un arbre ayant élu domicile sur un toit, ou même jaillissant d'entre 2 briques d'un mur, ses racines dans un salon et son tronc cherchant le soleil à l'extérieur, les tags plus artistiques les uns que les autres jonchant les murs délabrés, dispensent une atmosphère de ville fantôme, alors même que les passant rappellent par leur sourire que cette cité vit pourtant. On y est à l'aise, sauf peut-être si on s'attache trop à la futilité des apparences, si l'on croit que le bonheur ne peut se vivre que si tout autour de nous est à la dernière mode. Finalement, j'en conclus que j'aime cette ville. Mais il est trop tôt pour conclure, je viens seulement d'arriver. Je retire donc ma conclusion et continue mon chemin. J'arrive dans un parc près de la rivière, la Saale. Je me pose et observe les gens, et je me sens bien. Je m'endors dans l'herbe, au soleil légèrement masqué par de timides nuages. Puis je reviens le soir chez Luise et nous projetons d'aller à une fête donnée par certains de ses amis.
Nous nous retrouvons donc dans une maison, où tous les étages sans exception sont dédiés à la soirée. Il y a des centaines de jeunes et moins jeunes qui se trimbalent dans les couloirs, dans les nombreuses pièces transformées pour l'occasion en pistes de danse ou en coins canapés pour discuter et changer le monde en une soirée. Je me balade aussi dans cet étrange théâtre et rencontre un tas de personnes parlant tantôt allemand, tantôt espagnol, tantôt français. C'est une ambiance alternative, celle qui ne se laisse pas convaincre par les clubs « branchés » et le piège des apparences. Il semble qu'il y ait souvent des soirées de ce genre. J'ai passé un très bon moment, qui ajoute un argument positif à ma précédente conclusion : j'aime cette ville.


Le lendemain, Luise, sa colocataire, ses parents, un autre ami Hannes et moi, nous préparons à 13h du matin pour le brunch du dimanche. Je fais les crêpes, à la bretonne, et nous nous retrouvons tous assis dans la cour de l'immeuble, dans un décor d'immeubles abandonnés et d'herbes folles courant ça et là. Certains diraient que c'est moche ou sale. Moi j'ai trouvé cela agréable, discuter et déjeuner tranquillement, avec des gens heureux et souriants, et tout ce qui est autour de moi ne fait que s'ajouter au charme du moment !
Le soir, dimanche (si je me souviens bien, car je commence à me perdre dans les dates, c'est bon signe !), nous nous retrouvons chez des amis de Luise au bord de la rivière. Un appartement donnant sur une petite avancée en bois sur pilotis. Ceci au milieu de vieux bâtiments industriels abandonnés, terrains de jeux pour les artistes dessinateurs. Nous sommes trois mecs à oser la baignade dans cette rivière, en pleine nuit, préférant ne pas savoir ce qu'il y a dedans ! D'ailleurs, dedans on y verra plus tard des loutres ou peut-être des ragondins, l'obscurité ne permettant pas de vraiment savoir, passant d'une rive à l'autre. Nous leur avons tenu compagnie quelques instants ! Nous finissons la soirée à la lueur des bougies, discutant sans regarder l'heure que personne ne connaît d'ailleurs, sous une tour au sommet de laquelle scintille l'insigne de VolksWagen rappelant l'origine est-allemande de la firme.


C'est avec toutes images et ces tranches de bon temps que je quitte le lendemain cette ville. La conclusion est d'autant plus forte que rien ne m'a déplu pendant ces 2 jours. Je suis content d'avoir suivi mon instinct et non pas les conseils touristiques. On ne peut pas tout connaître. Je ne connaîtrai donc pas Leipzig, ni Dresde, malgré nombre de recommandations. Mais je connais et j'aime Halle, et j'aurais pu passer à côté de ces plaisirs où le temps s'arrête, sans même le savoir.
Lundi 15, je repars en stop direction Hambourg. Oupss ! J'ai oublié de prévenir Yvan que j'arrive. Il sait toutefois que je devrais arriver plus ou moins dans ces dates. Et son adresse? bah j'ai le temps d'y songer : une journée de plus sur la route !

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