mardi 29 juin 2010

La grande blague des antibios

Tout d’abord, je souhaiterais vous présenter mes excuses à l’avance, car il est très possible que ce qui va suivre trahisse mon humeur bougonne.
Je suis souvent enthousiaste et souriant, mais il m’arrive d’être d’un pessimisme et d’un manque de respect inconcevables dans une certaine situation, quand je suis malade en fait. Je ne peux m’en empêcher, je sais que ce n’est la faute de personne si je suis tombé sacrément malade, si je suis faible et inutile, pourtant j’en veux à la terre entière et je fais payer mon entourage, qui est par ailleurs bien patient.
Donc je suis malade. Et sacrément malade oui! Jeudi soir, je sentais les courbatures envahir mon corps tout entier. En quelques heures je passai les 40°C de fièvre, je transpirai à grosses gouttes, j’étais devenu une bouillotte humaine et pourtant j’avais froid comme si je faisais du stop sous la neige en Suisse (je peux comparer). Au matin, j’étais vraiment mal, et de plus, fait étrange, j’éprouvai des douleurs articulaires aux pieds, un peu aux genoux et au bas du dos. Plus tard, ces douleurs atteignirent même les doigts des mains, et c’est parce que la douleur s’est un peu calmée aujourd’hui, 4 jours après, que je peux faire l’effort de taper ces mots sur mon clavier.
Depuis le début de la semaine déjà, les enfants de l’orphelinat commençaient à tomber malades l’un après l’autre, atteints d’une forte fièvre. Cependant cela ne leur a pas duré plus de trois jours et aucune douleur articulaire pour eux. Alors, suis-je sur la liste épidémique, ou ai-je contracté une autre maladie? Daddy a fait toute la semaine les aller-retour vers l’hôpital et la pharmacie, vendredi matin il m’y emmena aussi. L’hôpital apparemment est gratuit ici, payé par le gouvernement, et accessible à tous, sans formulaires ou quoi que ce soit. Ça parait incroyable. Mais après avoir vu comment ça fonctionne, je suis bien content de lutter avec les formulaires et les mots compliqués de la sécurité sociale française.
Bref nous arrivons, après avoir zigzagué en moto dans un dédale de petites ruelles, à une maison sur laquelle un panneau 1m sur 2m indique que c’est bien un hôpital. Nous entrons, et un homme en peignoir (ou presque) nous accueille et nous dit de nous asseoir dans le salon autour de la table basse. C’est un salon classique de maison. Il y a une servante qui fait le ménage dans la cuisine attenante, une autre dame qui vient s’asseoir avec nous et un jeune enfant qui passe dans le salon de temps en temps. Assis tous là autour de la table basse, avec cet homme et cette femme qui me dévisagent en souriant, j’ai l’impression que nous rendons visite à des amis et qu’ils vont nous proposer l’apéro: «Martini? Porto? Suze? Désolée, les Bonnault ont fini le Ricard la semaine dernière!»
Il n’en est rien, et je comprends après un long moment d’environ deux minutes que nous ne sommes pas dans une salle d’attente, mais dans le cabinet médical (si l’on peut dire) et que le médecin est cette femme en sari. Alors elle me demande mes symptômes. Fièvre, faiblesse générale, douleur articulaires dans les pieds surtout, j’ai du mal à marcher. Elle me pose quelques questions rapides, toujours à distance, sans rien observer de moi, comme si j’étais venu pour un simple rhume et que c’était évident. Je me souviens qu’à 12 ans environ, j’ai découvert ce que signifiait ‘‘aller à la selle’’, au grand désarroi de mon médecin général qui se vit obligé de me demander si je ‘‘faisais caca’’ normalement. À 28 ans, je me suis retrouvé dans la même situation en anglais, je ne connais que le vocabulaire vulgaire malheureusement! Joyeux moment quand je vis l’assemblée des spectateurs de l’entrevue gênés de devoir expliquer cela. C’est vrai que ce n’est pas très joli d’en parler à l’apéro.
Bref, madame le docteur sort donc un papier et note trois médicaments à prendre. Un anti-douleurs articulaires, un paracétamol pour je ne sais quoi, et des antibiotiques. Ah, alors ce n’est pas un virus me dis-je. Je tente la demande : «Alors, quel est le diagnostic?» Elle me répond avec un sourire: «prend ces tablettes pendant cinq jours, ça devrait aller». Je retente «oui, merci, mais je suis atteint de quoi? Quelle est ma maladie?». Un sourire encore, mais regard fuyant: «Oh, me répond-elle, tu as de la fièvre. Ça ira mieux avec ces médicaments». J’ai abandonné : je sais bien que j’ai de la fièvre, tout de même.
Maintenant, voilà la blague. Tous les enfants, on leur a prescrit des antibiotiques et du paracétamol. J’ai vu les tablettes, c’est les même que les miennes. Helena une des filles naturelles de Daddy a une sorte de bouton de fièvre sur la joue, elle a été voir un médecin dans un hôpital qui soi-disant est un meilleur hôpital, avec des meilleurs médecins. Le type a à peine observé son bouton et il lui a prescrit... du paracétamol et des antibiotiques! Cependant, pas la même marque. Enfin, tout le monde semble persuadé autour de moi, car j’ai insisté pour savoir si quelqu’un saurait quel type de maladie les enfants et moi avons contracté, que nos fièvres sont d’origine virale. J’ai été navré de leur dire que les antibiotiques n’ont aucun effet sur les virus. Mais ils ne sont pas médecins, ils n’auraient pas pu le savoir. Par contre, c’est une belle farce qu’ils nous font les médecins indiens. Mais où ont-ils eu leur diplôme? Faut pas faire cinq ans d’études pour savoir que les antibios sont sans effet sur les virus. En réalité, et c’est le plus sordide, ils prescrivent telle ou telle marque d’antibio parce que telle ou telle compagnie les a payé pour une telle prescription. Sordide, je savais que ça l’était déjà chez nous, où les compagnies pharmaceutiques ont le pouvoir d’influencer les décisions politiques ‘‘légalement’’, mais je ne m’attendais pas à voir une telle facilité dans la corruption de la santé ici. Luke m’a raconté que pendant dix ans, on lui a prescrit des médicaments pour ulcère. Une équipe de médecins européens est passé dans la région, il en a profité pour vérifier. Ils ont ri. A grand éclats de rire, ils ont découvert qu’il n’y avait rien à découvrir, pas un seul indice d’ulcère. Juste un petit mal qui n’a rien à voir et qui a été guéri avec les bons médicaments en un mois seulement!
Non, mais je n’ai pas été voir les vrai hôpitaux bondés des villes et tout ça, je sais que je ne parle que pour ce district de cet état de l’inde, alors je ne veux pas trop généraliser. Mais c’est tout de même une belle blague tout ça! Du coup, je me suis un peu renseigné sur internet hier, et il semblerait que j’ai été atteint du chikungunya. Les symptômes sont à peu près semblables et tandis que la dengue sévit au nord, c’est le chikungunya qui préfère le sud de l’Inde. Mes hôtes m’ont dit que c’était tout à fait possible, et cela confirmerai la belle blague des médecins : le chikungunya est un virus, donc les antibios ne peuvent rien contre lui. D’ailleurs, il n’y a pas d’autre traitement que le repos. Au bout de cinq jours est-il décrit sur internet, la fièvre tombe, les douleurs restent mais s’estompent dans les dix jours à un mois selon l’âge. En effet, aujourd’hui je me sens mieux, et la douleur arthritique de mes doigts s’est retirée un peu, ce qui me permet de reprendre l’écriture aujourd’hui.

Tout de même, je hais la maladie. Je la hais car je ne suis plus gentil, je ne suis plus souriant, je suis un esclave de mon incapacité et j’en fais pâtir les autres. Cependant ici j’ai fait tous les efforts possibles pour être moins désagréable. Je ne sais pas comment ils l’ont pris, mais ils étaient aux petits soins (comme d’habitude en fait), et moi, ces quatre derniers jours, j’ai juste plané sur un nuage de fièvre, je ne sais même plus quel jour on est.

2 commentaires:

Manah a dit…

Courage ma Tourte ! La vie est une chienne quand c'est ton corps même qui te trahit. C'est comme çà on n'y peut rien, remets-toi vite et porte-toi bien.
Tu as de la chance de pouvoir profiter et de passer au travers des mailles du filet, fais de chaque jour (même malade) une expérience inoubliable (et je crois que là-dessus, tu n'est pas trop mal parti je crois...). ;)

Manah, loin mais en pensée avec toi.

toortoth a dit…

Ouai merci manah!
En tous cas, je sais que ça passe au bout d'un moment, je suis pessimiste mais d'un autre côté je sais que ça passe, je suis conscient que c'est ephémaire. Aujourd'hui, ça va beaucoup mieux. Et je revois la vie en rose :) Enfin presque, car je crois qu'encore un tournant dans mon voyage se profile, hors de ma volonté. Ah mystère encore, que de mystères...

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