Dimanche 4 avril, au matin, le ventilateur s’est éteint depuis deux heures déjà avec la coupure de courant,
mais j’ai trainé au lit car les derniers jours n’ont pas été très copains avec mon sommeil. Je suis alors réveillé par un chant qui vient d’une centaine de mètres derrière ma guest-house.
Puis après ce chant joyeux, un homme qui parle dans un micro, faisant une sorte de discours, en tamoul (la langue de la région). Je suis curieux, et je me lève vite pour aller voir. Je me précipite dehors, un gosse se propose de m’emmener à la source de ces chants, qui semblent alors être une messe. En effet, je me retrouve devant une petite cahute, murs en terre, toit en feuilles de cocotier, qui sert d’église. Je décide de pénétrer à l’intérieur, puisque le prêtre au fond m’a déjà vu. J’ôte mes sandales, me signe de la croix (c’est bien la première fois que je le fais en rentrant dans une église), et m’installe debout sur la partie gauche de l’assemblée, avec quelques six hommes. Les femmes, plus nombreuses, avec quelques enfants sont à droite.
J’ai fait ce signe de la croix, car en Inde, j’ai appris qu’il n’est pas très compréhensible de prétendre n’avoir pas de religion. D’après la majorité des gens, on nait affublé d’une foi que l’on devrait garder toute sa vie. L’athéisme ne semble pas très commun. Ainsi, je mets au placard mes pensées et théories personnelles à propos des religions et accepte en général d’être chrétien catholique, comme l’a décidé ma lignée. C’est bien plus pratique. C’est un petit mensonge, mais de bonne foi!
Les discours du prêtre sont entrecoupés tous les trois mots d’un Alléluia bien fort, presque violent, qui sera répété par les plus fidèles. Il parle avec force et conviction, un peu à la manière d’un politicien démagogue qui aurait trouvé le moyen de changer le monde (moyennant un vote pour son parti). Puis on passe au chant, tapant dans les mains, un homme assis par terre tambourine sur une percussion. Ce chant est joyeux, une sorte de gospel à l’indienne.
J’ai voulu enregistrer cela grâce à mon nouvel enregistreur portable, mais j’ai commis la stupidité de le laisser en marche après la dernière utilisation, et les piles étaient donc vides.
Le prêtre fait alors une pause dans son discours en tamoul, pour m’introduire en anglais : «Nous accueillons dans la maison du seigneur, celui qui partage notre sang, bienvenue à toi.» Je me gêne des applaudissements, et de ces mots un peu désuets qui me font plutôt peur quand je les entends que de me rapprocher de Jésus ou sa famille.
Dans l’assemblée des hommes, il y a le lèche-cul, à ma droite, qui répète bien fort ALLELUIA! après chaque fois que le prêtre le fasse. Celui-là remplacera sans doute celui-ci dès qu’il en sera temps!
Devant, un type s’ennuie, s’endort même parfois, mais je vois sa femme qui le surveille furtivement depuis l’autre côté de la petite cahute. Je souris à la pensée que les hommes (et femmes) sont bien les mêmes partout dans le monde!
A un moment, un téléphone portable sonne. A l’entente de cette sonnerie intempestive, je frissonne : «Mince, ai-je éteint le mien?» Puis je me souviens que je n’ai pas de portable. C’est fou comme la dépendance à cet objet peu s’ancrer dans le mental. Comme un réflexe de perroquet, une sonnerie lointaine et nous sursautons, nous réagissons comme si la nature nous avait programmés à cela.
Après un chant, le prêtre demande à quelques personnes de réciter quelque chose, en rapport avec la bible. Enfin je n’ai pas compris, c’est tout en tamoul. Puis enfin il me demande si je veux dire quelque chose. J’hésite, que dire? Alors je dis un ‘‘Notre Père’’ en français, puisqu’ils ne comprendront pas de toute façon quand je fais des fautes. En gros, je le connais plus ou moins par les films, mais j’en ai inventé la moitié. Veuillez m’excuser chers fidèles chrétiens, mais je n’ai pas pensé à mal. Après mes mots, l’assemblée semble contente et je respire un peu.
A la fin de la messe, les gens s’en vont, une femme reste pour ce qui semble être une confession. Mais bon je ne comprends pas grand-chose, même lorsque le prêtre me dit qu’il est en fait pasteur, que cette petite église est pentecôtiste (je n’ai aucune idée de ce que c’est en fait), et qu’il m’explique dans un anglais approximatif les particularités de sa branche du christianisme.
Nous discutons, et ce pasteur, puisque c’est son titre alors, croit bon de m’inviter à diner chez lui un soir. J’eccepte bien entendu avec grand plaisir.
Deux jours plus tard, je l’appelle alors, et il m’invite à manger chez son fils. Il n’est plus très enjoué. Sa belle-fille me fait à manger mais je serai le seul à manger. Je suis un peu gêné, car visiblement, le pasteur avait fait une invitation peut-être seulement pour la forme. Enfin, il m’avait donné toutes ses coordonnées, et fait promettre que je l’appellerais. Donc gêné, je prie pour que ça ne dure pas très longtemps. En même temps il est bien absorbé par le match de cricket qui se joue. J’en profite pour essayer de comprendre les règles encore une fois, mais décidément, il n’y a rien à faire, ça ne rentre pas. Le pasteur m’emmènera voir sa maison, grande mais sobrement décorée et meublée, puis nous nous quitterons rapidement. En gros, une invitation n’est pas toujours un grande partie de plaisir. Mais c’est quand même un petit moment qui valait d’être vécu, à mon gout.

3 commentaires:
Et ben on trouve donc ces évangéliste jusque là-bas... ça a du te faire bizarre !
Pas mal ton témoignage. Mais je ressens que tu restes bizarement en retrait du vécu que je crois le tien.
ça me rappelle des épisodes lointains de ma vie.
Abhishi Jacques
Je n'ai pas vraiment de vécu chrétien. Je n'ai jamais été au catéchisme, et mes parents possèdent autant de foi que les poissons rouges de mémoire... Je suis depuis quelques temps curieux de toutes les religions, un peu trop soudainement pour les comprendre toutes à la fois, et sans toutefois vouloir adhérer à l'une d'entre elles. Ce que je fuis surtout, ce sont les dogmes et pratiques aveugles. Je suis cependant intéressé par les messages originaux, les pensées mystiques.
Ainsi, si il y a un retrait, c'est surtout parce que j'ai peur, en soulignant certaines beautés, de m'éloigner d'une vision objective. Il y a des pour et des contre, et je crois qu'il est difficile de garder l'équilibre.
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