en bord de mer, et ça risque d’être plus fort dans les terres. J’ai donc décidé, et je fus appuyé dans cette décision par les indiens abasourdis de mon audace en pareille saison, de ne rouler que le matin. Il faudra que je me lève aux aurores pour parcourir les distances prévues durant les heures fraiches, c’est-à-dire quand la température est censée ne pas d’excéder les 35°C. J’avais oh combien raison!
6h30, mon réveil tout neuf que j’ai acheté la veille sonne.
7h, je me lève, tout étourdi de cette soudaine volonté, et d’un rare éveil de si bonne heure.
7h20, mon sac est en bas, devant le vélo, il ne reste plus qu’à charger. Mais c’est une petite poussée de couardise qui charge : Est-ce vraiment bien utile? Ai-je vraiment envie de me lancer dans cette épopée qui n’est pas faite pour moi? Il fait déjà bien chaud au dehors. Et si j’allais par la côte plutôt (où je serai abrité par le confort des abris à touristes)?
7h30, j’ai repris confiance en moi, je veux y aller, et suivre le plan que je me suis fait, car oui, j’en ai envie. Le doute est bien là pour me le signifier : si j’ai un peu peur, c’est que ça en vaut la peine! Le sac est bien arrimé. Les deux boites latérales que j’ai faites installer la veille sont remplies de quelques babioles et de nourriture énergisante au cas où. Je crois que je suis prêt. Je fais quelques photos.
7h40, je donne mon premier coup de pédale dans mon ‘‘tour du Tamil Nadu’’!
Dans la première étape que je me suis conçue, j’ai opté pour la sécurité, la patience. Seulement 40 kilomètres, pour voir si mon corps tient bien, et si ma bicyclette, Hercule, est à l’aise avec sa trentaine de kilos en matériel et bouffe qui pèsent sur la roue arrière, et les 75 kilos de masse poilue qui lui sert de moteur. Je ne sais absolument pas quelle moyenne de vitesse je peux avoir, et compte aussi m’arrêter de temps en temps faire des pauses tchaï, eau ou banane.
Je pédale, je pédale, le long de cette tentacule urbaine qui s’étire après Pondichéry. Elle semble interminable. Mais quelques arbres, et quelques champs de riz surgissent, effaçant ainsi les traces de la ville. Ce sont plutôt des tentacules de villages que je traverse de temps en temps, alors que je roule vers l’ouest. En fait, tout le long de la route, c’est une fourmilière humaine sans discontinuer, ou presque, qui s’étend de Pondy à Vilupuram, ma destination. Ce que je craignais n’est plus à craindre : ne pas trouver de nourriture ou d’eau entre les villes, et devoir emporter de lourdes provisions. On m’a dit que ce n’était pas très nécessaire, ce qui s’avère vrai. Finalement, ce n’est pas une aventure si folle que ça, pourquoi tout le monde avait l’air si abasourdi de mon entreprise?
J’ai la réponse à cette question au fur et à mesure que la température monte, que le soleil s’affirme dans mon dos et s’élève plus haut que les arbres. Ses rayons me tapent bien sur les mollets, heureusement que j’ai mis de la crème, j’y ai pensé cette fois.
Je demande mon chemin plusieurs fois. À 8h40, on me dit qu’il reste 20km; à 10h, il reste 25km; à 10h10, il reste 8km. Oui, il faut vraiment demander à beaucoup de gens, parfois même à la suite. Ici il n’y a qu’une route vers Vilupuram, mais quand il s’agira de trouver la bonne bifurcation, il faudra être aux aguets, car les indications ne sont pas toujours très claires! Cette route, c’est la NH45, soit la National Highway. En fait d’autoroute, c’est une deux voies, assez large en général pour que l’on puisse passer un nombre à deux chiffres de véhicules de front. En général, deux bus, un tracteur, un char à zébus et quelques motos et vélos passent, de justesse. C’est une grande artère, mais je n’avais pas trop le choix pour ma première étape. J’essaierai les petites routes lorsque je m’enfoncerai dans les terres.
Quizz : en Inde, on roule : 1/ à droite
2/ à gauche
3/ au milieu
PS : ne vous aidez pas des photos!
10h40. Au bout de trois heures, et ayant fait quelques petites pauses ravitaillement, j’avais déjà parcouru les 40km prévus. J’ai donc fait du 15km/h environ en pédalant, ce qui est bien au-dessus de mes prévisions. En comptant entre des bornes, j’ai même pu compter du 17km/h à un moment donné. Il faut dire que la route est assez plate aussi, car dès que la pente excède les 2%, je rame. Mais je suis assez fier du résultat, même si je ne cours pas après les résultats, surtout en ce premier jour.
Je décide alors de trouver une chambre quelque part pour me reposer et entamer la nuit prochaine sereinement. Je demande d’abord à un vieux dans un hôtel. Il me dit 150Rs pour la chambre simple, mais il semble suspicieux, vraiment à l’extrême. Il examine à l’infini les données de mon passeport, me pose d’innombrables questions sur ma raison de passer par là. Je le sens, il voudrait presque vérifier mon vélo pour voir s’il n’y a pas une bombe cachée. Finalement il me dit qu’il n’y a que des chambres doubles à 250Rs. Bon, je vois, ce n’est pas la bonne ambiance, je le remercie et file dare-dare. Je repère une guest-house plus loin, on me dit 250Rs pour une chambre, je dis 150Rs, il dit OK. J’aurais dû dire moins aussi, parce qu’en réalité, en réfléchissant, même à 150Rs (2,5€), je me suis fait avoir. Enfin ce n’est pas grave, j’installe mes affaires, puis je sors pour me trouver à manger. Je m’installe dans un boui-boui, pour manger un Thali. A midi, on ne mange que du Thali ici, tous les jours. C’est du riz avec des sauces épicées et des légumes à verser dessus, servis sur une feuille de bananier. C’est bon, vraiment. Et les sauces sont à discrétion. Mais comme c’est fort, on y va tout de même avec parcimonie. Dans ce boui-boui, les ventilateurs sont éteints, ce doit être la période de coupure de courant, comme chaque jour. La chaleur commence à être bien forte. Je perle du front, du dos, de partout en fait. En vélo, la transpiration n’était pas un gros problème, car le vent créé par la vitesse aère bien, comme un ventilateur permanent. Mais à l’arrêt, c’est dur. Des gens qui m’invitent à leur table, et avec qui je passe un bon moment dans un coin un peu plus frais, m’indiquent qu’à l’ombre, il fait 38°C! Sortir au soleil? Non, vraiment il ne faut pas, on bout littéralement. Je reste un moment puis me précipite à ma chambre, mais le ventilateur ne fonctionne toujours pas. La coupure sera effective jusqu’à 15h. Je m’endors sur le lit une demi-heure, en suant à grosses gouttes, rêvant de cette matinée passée à pédaler. Il était vraiment indispensable de partir tôt et de profiter des heures ‘‘fraiches’’ du matin. L’après-midi n’est définitivement pas envisageable. Et sans lumières, il ne faut pas même songer au risque de partir en soirée : la nuit ici tombe d’un coup sec, en dix minutes, pas une de plus. Il fait tellement chaud, que lorsque je souffle sur ma peau, cela crée un courant d’air frais! On fait le contraire, d’habitude, en cas de froid.
15h, le ventilateur se remet en marche. En moins de 5 minutes, un air plus frais me caresse la peau et mon corps se sèche un peu, la sueur s’évaporant rapidement. Je ne ressortirai pas avant 18h30, au crépuscule, afin d’aller manger quelque chose dans cette ville bien trop bruyante. Mais quelle ville ne l’est pas en Inde?
Prochaine étape, je rentre un peu plus en campagne, et je ne pense pas passer dans une grande ville d’ici les prochains jours, d’après mon plan. Coucher tôt, afin de me lever aux aurores, une habitude à prendre. Mes jambes ne semblent pas fatiguées, pas trop. On verra bien ce qu’elles en disent le lendemain.

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