Je suis hébergé chez Molly de nouveau pour ces quelques jours de transit à Mumbai. Un finlandais, Pete, est
aussi là, par le site de Couchsurfing. Mon premier jour est passé à me faire un plan de route pour la suite, à m’acheter un nouvel appareil photo (le mien a cassé en France, et j’en ai trouvé ici un neuf, dernier modèle pour moitié prix), et à réserver un billet de train pour Chennai, ma première destination après Mumbai. Le deuxième jour, nous décidons Pete et moi d’aller visiter un coin que l’on ne connait pas encore, Molly devant elle aller travailler dans des cours de justice (elle est avocate).
Voici comment s’est déroulée cette journée.
Pete est un finlandais de 24 ans, qui a travaillé dans le bâtiment assez dur pendant un an afin de récolter assez de fonds pour voyager un maximum. Il voyage depuis maintenant deux ans et demi. Je ne l’ai pas apprécié. Il est impoli, et sans manières. Les conversations avec lui ne dépassent pas quelques phrases et il semble totalement dédaigneux de tout ce que les autres peuvent être. Il n’a pas un mauvais fond, tout de même, mais ce n’est pas très supportable. Molly lui a donc fait comprendre assez rapidement qu’il faut qu’il se trouve un autre endroit où dormir. Et moi, pendant la journée, je n’ai pas trop aimé son comportement (en demandant de l’aide ou des renseignements, jamais bonjour, jamais s’il-vous-plait, jamais merci, dédain pour ceux qui l’aident), et j’étais la plupart du temps gêné d’être avec lui. Comme il prenait toujours les devants pour demander des renseignements, j’ai finalement pris plus d’avance quand je pouvais, afin de placer les commodités d’usage (bonjour, s’il-vous-plait, merci, sourire, signe de la main). On est des touristes, mais tout ne nous est pas dû.
Nous commençons donc cette journée tous les deux. En sortant de l’appartement, nous prenons un rickshaw vers la station de train de banlieue.
Je me suis amusé à faire quelques videos, soyez indulgents sur la qualité, ce sont mes premiers montages (et peut-être les derniers, c'est long à faire!)
Nous montons dans le train qui nous emmènera au centre-ville, où Pete devait poster un colis par courrier maritime (plus long mais moins cher). Il était midi, le train n’était pas très surchargé et nous eûmes aisément des places assises. Je dois rajouter que beaucoup d’indiens sont très gentils avec nous, nous aidant à trouver une place, nous donnant toujours les bons conseils pour ne pas rater notre station, de quel côté redescendre du train (il faut anticiper, car si on n’est pas du bon côté, le temps de traverser le wagon en largeur seulement, et il est trop tard, car le courant de gens rentrant est trop fort).
Une fois le colis posté, nous prenons un bus en direction de Malabar Hill, une péninsule à l’ouest.
Des enfants sont montés a l'arrière avec nous, ils étaient tout contents.
Le bus nous dépose vers la fin, là où les véhicules ne peuvent plus aller. Cette partie de la ville est connue pour accueillir les appartements de gens plutôt aisés, mais moins connue pour un quartier un peu à l’écart, peu accessible et où les véhicules ne circulent pas. Ce quartier est une sorte de bidonville amélioré. Nous sommes allés nous promener dans ces rues peu fréquentables pour les gens de la haute, mais pas dangereux pour autant. Tout d’abord, une rue principale pavée est bordée de baraques un peu bétonnées, toutes collées sauf en quelques ouvertures étroites. Nous nous engageons dans une de ces ruelles traversantes, où un américain moyen ne passerait pas, en fermant bien la bouche pour éviter que ne rentrent ces mouchent qui pullulent dans cet endroit puant. Cela donne sur une sorte de grand réservoir rectangulaire bordé de marches, à l’eau peu encourageante, et où (Molly nous l’expliquera plus tard) les gens viennent prendre leur bain le matin, dans une sorte de rituel.
Ensuite, nous continuons dans des ruelles qui vont en direction de la mer, dans une petite cour terreuse que nous traversons, des enfants et adolescents jouent au cricket pieds nus à l’aide de vieilles planches de bois et de bouteilles en plastique. Un peu l’équivalent des brésiliens pour le football. Nous continuons et tombons alors sur les abords de cette mini-ville aux maisons faites de bric et de broc soudé et cimenté, de sorte que le mur extérieur parait comme une forteresse. Nous allons nous hazarder sur les rochers à fleur d’eau, sur quelques centaines de mètres, qui doivent être recouverts par la mer à marée haute. Bien pratique cette marée car ces rochers, ce sont un peu les toilettes communes du bidonville, et la marée en est la chasse d’eau. Tout ne doit pas partir, car un filet est tendu en travers sur une centaine de mètres pour permettre de recueillir, parmi toute sorte de détritus les quelques poissons aventureux qui se sont laissé piéger.
Ça ne parait pas très sale quand on regarde naïvement, mais ce n’est pas un coin où on aimerait trainer longtemps. Nous remontons dans cette petite ville excentrée, où les habitants ne sont pas forcément pauvres, certains étant plutôt bien sapés (pour la moyenne), en chemise et pantalon propres. Une petite pause dans un parc calme (ici, on est loin des klaxons et de la fureur sonore de la ville, séparée par une colline),
puis nous reprenons un bus direction la plage de Chowpatty afin de profiter du soleil couchant sur les Malabar Hill, aux côtés de nombreuses famille indiennes.
C’est assez joli, même si la plage est envahie de déchets de toute sorte et que la rumeur furieuse de la ville parvient facilement à nos oreilles en ce lieu.
Enfin, la nuit est tombée, il est temps de rentrer chez Molly, le soleil et la chaleur, et quelques heures de marche nous ayant bien fatigué. Nous reprenons le train vers le nord, mais cette fois-ci à l’heure de pointe, pendant laquelle les travailleurs rentrent en banlieue. C’est étouffant, c’est presque amusant, mais ça ne l’est pas pour beaucoup, pour tous les gens ici présents.
À la sortie, cela m’a fait rire, Pete a eu son petit moment de sympathie en remerciant un gars qui l’avait aidé à sortir à temps du train en le poussant à travers la masse d’épaules et de bras cramponnés. Ce qui est marrant, c’est que la seule fois que Pete fait un remerciement dans la journée c’est à un gars qui n’en a strictement rien à faire, car il voulait simplement sortir lui aussi et était coincé derrière!
Fin de la journée (sans mentionner que j’ai mangé plein de choses succulentes, et bu un tas de boissons rafraichissantes, faites naturellement dans la rue pour une poignée de rupies). Je me suis enfin posé cette question : Pete ayant voyagé pendant deux ans et demi dans le sud-est asiatique, entre Bangkok, Kuala Lumpur et Delhi, son caractère impoli et son manque de manière a-t-il toujours été? Ou le voyage dans ces pays où il faut sans cesse négocier, se démerder, s’attendre à ce dont on ne s’attend pas, l’a mené à agir de la sorte? En d’autres termes, est-ce en voyageant qu’il est devenu si imbu et si peu agréable? S’est-il blasé en menant cette vie dans laquelle il reçoit sans donner? Cela, en un sens, me fait un peu peur. J’espère ne pas évoluer dans ce sens, et je vais même me surveiller...

4 commentaires:
Genial , avec les petites vidéos : ca fait vraiment "Reporter" !! :)))
Coucou la tourte !! Merci pour ces vidéos et ces commentaires, ça fait plaisir de voyager avec toi, c'est tout simplement énorme, on pense a toi!!!
Bonnes aventures !!
Auré et Ben
Merci beaucoup pour vos messages :)
Je commence a prendre un rythme,et a me fixer des buts maintenant. C'est plus simple mais pas facile. Allez comprendre! Deviens-je fou? Oh oui :-D
un vrai plaisir que de lire et voir ton voyage.
spin
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