Mon premier trajet de Bordeaux à Paris ne fut pas en autostop, mais dans le camion d'un ami de ma mère. J'ai apprécié ce premier voyage haut en couleurs. Je n'étais jamais monté dans un de ces ogres de la route, et celui-ci était bien confortable. La route a défilé sans que je m'en aperçoive. Pierre le chauffeur, m'a raconté un tas d'histoires intéressantes sur son métier, sur les différentes rencontres, et donné des conseils pour se faire ramasser par les chauffeurs routiers.
Le mardi, je n'avais trouvé encore personne parmi mes connaissances, qui puisse m'héberger pour la nuit. Enfin, je pensais vers le soir aux parents de Stéphanie, une amie de Lausanne, dont elle m'avait donné le numéro de téléphone au cas où. Ce fut justement le ‘‘cas où’’, et malgré l'improvisation, j'ai été immédiatement très bien reçu par la famille.
Le lendemain, ayant fait ma demande de Visa à l'ambassade d'Inde, je décidai de ne pas trop m'attarder à Paris et d'aller en Bretagne passer le week-end. Avant de partir je jetai un coup d'œil sur un site proposant le covoiturage, c'est-à-dire où l'on propose d'emporter d'autres personnes dans sa voiture en partageant les frais du voyage. Je pratiquais beaucoup cette méthode pour mes longs trajets lorsque j'avais une voiture, en utilisant le site 123envoiture.fr. Ce qui est intéressant, c'est bien sûr de partager les frais de carburant et (éventuellement) de péage; Mais c'est surtout de pouvoir faire un trajet avec d'autres personnes, avec qui le temps passe parfois beaucoup plus rapidement si l'on se trouve des conversation intéressantes!
Donc je trouve au dernier moment une personne qui fait le trajet jusqu'à Rennes et dont il reste une place dans sa voiture. Il s'avéra que cette fois les personnes du voyage n'étaient pas très intéressantes, et je prétextai rapidement une grosse fatigue, suivie très vite d'un profond sommeil. Je fus vite déposé près de Rennes, à 30km de la maison d'une amie, Élise, qui m'avait proposé de passer chez elle. Je levai donc mon pouce pour la première fois depuis mon départ, et fut très rapidement ramassé à chaque fois par différentes personnes. De petits sauts de puces de village en village me firent arriver à Saint-Aubin-du-Cormier, petite bourgade aux portes de la Bretagne. Ce fut très sympa de revoir Élise que je n'avais pas rencontrée depuis que le petit Lucien, joyeux petit bonhomme est né l'été dernier.
Le lendemain, je repars dès le matin direction Finistère. J'ai attendu tout d'abord près de 45 minutes avant qu'un jeune très sympathique m'avance 10km plus loin sur un lieu où j'aurai plus de chances d'être pris. Puis tout se fit rapidement. L'autostop, au moins en Bretagne me fut d'une facilité déconcertante! Quatre voitures, un camion et 250 km plus tard, sans avoir attendu plus de 15 minutes entre chaque véhicule, j'arrivai à Moëlan sur mer, quelques kilomètres avant la maison de la famille Messager. Et le hasard me sourit encore lorsqu'à peine arrivé, une petite voiture s'arrête, d'où descend Dominique, maman Messager!
Je passai donc un week-end reposant et agréable en bord de mer breton, faisant quelques ballades ressourçantes sur les chemins côtiers battus par les vents. Lorsqu'il fut temps de repartir, mardi 19 mai, vers Paris, ce fut encore plus simple!
A peine sorti du village de Moëlan qu'une dame me ramasse et me dépose à l'entrée de la voie rapide. Comme il commençait à pleuvoir, je décidai de brandir un panneau LORIENT, qui se situe à 30km d'ici, afin d'accroitre mes chances d'être pris rapidement (et d'éviter la saucée). La deuxième dame qui s'arrêta se dirigeait finalement vers Laval, entre Rennes et Paris! Nous avons tellement bien bavardé, que nous avons oublié de regarder les panneaux, et au lieu d'aller sur Rennes, nous nous sommes dirigé vers Nantes! Un détour de 80 km au moins, et de nouvelles discutions plus loin, Viviane, me déposa à la barrière de péage de Vitré, peu après Rennes. Je me munis alors de mon carton portant l'inscription "PARIS", ainsi que d'une bonne dose de patience. Cette dernière fut inutile car cinq minutes à peine s'écoulèrent avant qu'un livreur parisien ne me prenne dans son fourgon! Là aussi la rencontre fut folklorique. Un immigré algérien supportant Le Pen, et aimant d'autres personnes dont je ne préfère même pas parler, autoritaire jusqu'à n'accepter aucune divergence d'opinion, mais au demeurant pourtant très sympathique. Autant dire que je n'ai pas abordé de sujets "chauds", sachant d'avance que je n'étais absolument pas d'accord, mais qu'il n'y avait rien à faire pour lui expliquer. Je ne regrette pas ce bout de chemin, car justement il m'a permis de connaître un peu mieux cette personne à laquelle je ne me serais jamais intéressée normalement. Quand on est dans cette boîte roulante, ensemble pour quelques heures, on apprend vraiment beaucoup, car on doit forcément interagir, et on n'a pas le temps de s'engueuler. On veut que tout se passe pour le mieux, alors on s'intéresse au lieu de contredire... et on comprend. On n'est pas forcément d'accord, mais on augmente notre champ de vision sur les composantes humaines.
...et cette expérience de l'autostop ne fait que commencer!
Une fois sur Paris, j'ai été hébergé chez Tin, un ami de Keykey, avec qui les soirées furent arrosées et empreintes d'une saveur locale. Durant la journée, passée à flâner dans la ville et ses squares verts cachés au milieu de petits quartiers populaires, j'en ai profité pour accomplir ma tâche : récupérer mon passeport muni de son visa pour l'Inde. Quand je suis sorti de l'ambassade avec ce visa, je me suis dit: "ça y est, maintenant, tu y vas!". Et je ris immédiatement en repensant au nombre incalculable de fois où je me suis dit la même chose ces derniers temps! Et je me le suis encore dit en passant la frontière de la Belgique, et je me le dirai encore, comme pour mieux m'encourager!
Si ma vie est un éternel départ, mon voyage semble aussi être un éternel départ!
mercredi 20 mai 2009
France - Paris - Mes débuts en autostop
Je n'avais pas fait beaucoup d'autostop avant, tout au plus quelques petites distances. J'avais toujours ma voiture, et j'ai toujours aimé prendre les gens qui levaient le pouce sur la route, car il y avait toujours matière à apprendre. Des personnes et des destins que l'on a pas l'occasion de rencontrer dans notre vie quotidienne, où l'on choisit nos amitiés.

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